« Conseil de la paix » de Donald Trump : Gaza riviera à l’ordre du jour

19 février 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : AP Photo/Markus Schreiber

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« Conseil de la paix » de Donald Trump : Gaza riviera à l’ordre du jour

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  • Le « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump doit réunir une coalition variée d’alliés et de partenaires des États-Unis, sans la participation des principales grandes puissances mondiales.

  • Le projet prévoit un financement massif pour Gaza, avec une première enveloppe de 5 milliards de dollars et l’objectif d’atteindre 70 milliards, afin de reconstruire le territoire et de soutenir une force internationale de stabilisation.

  • Le plan apparaît toutefois difficile à appliquer en raison des risques de détournement des fonds, de la persistance du conflit israélo-palestinien et de la nécessité d’un engagement international sur plusieurs décennies.

La très attendue réunion inaugurale du « Conseil de la paix » initié par Donald Trump pour se substituer à l’ONU se tient ce jeudi 19 février. Les membres fondateurs seront présents, principaux alliés politiques du président américain – l’Argentine de Javier Milei, la Hongrie de Viktor Orban, le Paraguay de Santiago Peña -, plusieurs pays où la diplomatie américaine est active – Pakistan, Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie -, les grands partenaires stratégiques des États-Unis – Israël, Arabie saoudite -, quelques pays qui veulent peser sur la scène internationale – Turquie, Kazakhstan, Albanie, Vietnam, notamment -, l’Indonésie, premier pays musulman au monde avec ses 240 millions de fidèles, qui compte utiliser cette force pour peser sur le monde musulman. S’ajoutent aussi le Cambodge, la Mongolie et l’Ouzbékistan.

Sont attendus également des représentants de pays « observateurs ». C’est le cas de l’Italie, qui a refusé d’adhérer au Conseil pour des raisons constitutionnelles « insurmontables », de la Grèce, de la Tchéquie, de la Roumanie. L’Union européenne envoie également la commissaire à la Méditerranée, Dubravka Suica, pour « porter la position de l’Union européenne à Gaza »…

Parmi les absents, les principales puissances du globe. France, Allemagne, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, même le Saint-Siège… ont tous décliné ou laissé lettre morte. Cela tombe mal. Le président américain avait pourtant annoncé un « Conseil de dirigeants le plus prestigieux jamais réuni ».

Les principaux intéressés, les Palestiniens, n’ont pas été conviés. Le Conseil de la paix discutera de leur avenir, mais sans eux. Cela rappelle une histoire qui se raconte en faculté de droit. Au XVIIIe siècle, un père arrangeait le mariage de son fils. Ce dernier, à qui la jeune fille ne plaisait pas, protestait, faisant savoir qu’il était assez grand pour décider de son avenir. Le père aurait répondu « mêlez-vous de ce qui vous regarde ».

Pour le Canada, c’est un peu spécial. L’invitation lui a été retirée. D. Trump qui rêve d’en faire une province des États-Unis a pris la mouche après le discours du Premier ministre canadien Mark Carney, qui a appelé les « puissances moyennes » à s’unir contre les forces « hégémoniques ». « Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens. Nous sommes maîtres chez nous, c’est notre pays, c’est notre avenir », avait-il ajouté. Déception pour Trump qui se voyait bien empereur de l’Amérique. Car après tout, « l’Amérique », n’est-ce pas TOUTE l’Amérique ?

La question du ticket d’entrée est aussi sensible. Le prestige, ça se paye. Les frais d’inscription pour le club très privé s’élèvent à 1 milliard de dollars, qui seront ensuite gérés par Donald Trump… for shure. Une bricole, qui ne représente finalement que 0,1 % de la fortune d’Elon Musk. Mais certains tarifs spéciaux ont sans doute été prévus, c’est le problème des clubs un peu trop privés. L’Albanie, par exemple, a fait savoir qu’elle ne paierait rien du tout, invoquant le privilège du membre fondateur. Habile.

Lire aussi : Mark Carney – Discours à Davos

Un acompte de 5 milliards de dollars, puis 70 milliards pour la reconstruction

Dans un entretien au New York Post, Donald Trump a annoncé que le Conseil de la paix débloquerait dans un premier temps 5 milliards de dollars pour les efforts humanitaires et pour reconstruire Gaza. Ce ne serait qu’un acompte… promettant au total 70 milliards de dollars.

L’objectif est de reconstruire progressivement l’espace côtier, en commençant par le sud, avec 100 000 logements disponibles d’ici trois ans.

Le président américain n’a pas abandonné son idée de faire de Gaza une « riviera ». Son gendre, Jared Kushner, membre du comité exécutif du Conseil de la paix, avait présenté un plan urbain à Davos pour le moins ambitieux. Parsemée de gratte-ciels, baignée par un flamboyant coucher de soleil et bordée par une mer scintillante, Gaza pourrait ressembler à Dubaï après la prise en main du Conseil.

Tous les projets devront être approuvés par le Conseil, mais D. Trump se réserve la décision finale. Interrogé sur la question de savoir si l’argent servira à loger les deux millions de Gazaouis, Trump a répondu : « Nous n’avons pas encore décidé… ce sera au conseil d’administration de trancher. » Diplomatie oblige.

Il a également précisé qu’une partie des fonds débloqués pourrait servir à d’autres régions. Pour combler le déficit français, par exemple ?

Déploiement d’une « force internationale de stabilisation »

Depuis le cessez-le-feu, les combats n’ont pas totalement cessé à Gaza. L’armée israélienne continue de bombarder et maintient sa présence sur la moitié de la bande, le Hamas refusant de déposer les armes. Chacun s’accuse de violer l’accord. Depuis l’entrée en vigueur de la trêve en octobre 2025, environ 600 Palestiniens auraient été tués, alors que le cessez-le-feu est censé entrer dans sa deuxième phase.

Trump souhaite donc la présence d’une force de stabilisation et, compte tenu de la situation inextricable, il voudrait qu’elle soit massive. Le président américain a annoncé sur Truth Social prévoir des « milliers de personnes» pour assurer « la paix et la sécurité des Gazaouis».

Saisissant l’occasion, l’Indonésie a fait savoir que 8 000 soldats seraient prêts d’ici fin juin pour un éventuel déploiement à Gaza. La Turquie, qui travaille à recouvrer son influence au Proche-Orient, devrait également se dire prête à envoyer des troupes et des humanitaires. Elle s’était déjà proposée en octobre au moment du cessez-le-feu.

Lire aussi : Le Conseil de sécurité de l’ONU vote pour une force internationale à Gaza

Un plan difficilement applicable

Très idéaliste, on peut douter de la mise en œuvre et du résultat futur de ce plan. Cela fait des dizaines d’années que les fonds occidentaux se déversent abondamment pour financer le développement des territoires palestiniens, pour un résultat plus que mitigé.

D’abord parce qu’une partie a été détournée : les contrats ne sont pas toujours respectés, ce qui explique les innombrables immeubles et parcs immobiliers inachevés de la bande de Gaza.

Ensuite, parce que l’équipement peut être capté par le Hamas ou d’autres groupes pour être transformé en armes. Ainsi les tuyaux de canalisation civils ont-ils été utilisés par le Hamas pour en faire des roquettes.

Il faudrait donc que le Conseil de la paix – l’administration américaine – soit extrêmement vigilant quant à l’utilisation des fonds, à l’aboutissement ainsi qu’à l’entretien des projets financés pour que les Gazaouis puissent effectivement en bénéficier.

Ce plan pour Gaza présuppose également que la hache de guerre puisse être enterrée entre l’État hébreu et les Gazaouis. La probabilité est maigre. Les massacres du 7 octobre 2023 et les 70 000 personnes tuées dans les bombardements israéliens ne s’oublient pas. Il est plus probable qu’à Gaza le Hamas va continuer une guerre latente, et, en Israël, les groupes orthodoxes, les colons, ne cessent d’alimenter la violence. S’ajoute à cela le fait que la menace arabe soit structurante pour Israël et cache une grave crise ethnico-religieuse intérieure que le gouvernement tente de retarder.

Entre les Israéliens et les Palestiniens, un véritable mur anthropologique s’est dressé, et il faudrait plusieurs générations pour l’écrouler. Enterrer la hache de guerre nécessiterait une force internationale de stabilisation déployée pendant au moins trente ans… et un Conseil de la paix capable de maintenir le projet, malgré le fait qu’il soit organisé par un président élu pour quatre ans, clivant, et qu’il soit boudé par les autres grandes puissances.

Lire aussi : Israël : frontières mentales et murs anthropologiques

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À propos de l’auteur
Guy-Alexandre Le Roux

Guy-Alexandre Le Roux

Journaliste