Gil Lorenzo, directeur général adjoint des douanes, reconnaît à son tour l’échec de la taxe sur les petits colis : loin de freiner les flux du e-commerce, la mesure les a simplement déplacés, révélant l’impuissance d’une politique coercitive face à la réalité du commerce mondialisé.
Ces 26 et 27 mars, l’UNIFAB (Union des Fabricants) tenait son forum consacré à la propriété intellectuelle en Europe. Les « taxes petits colis », pensées pour affaiblir les plateformes d’e-commerce, notamment chinoises, y ont été largement débattues. Le verdict est sans appel : c’est un fiasco. Gil Lorenzo, directeur général adjoint des douanes et droits indirects, l’a admis sans détour à la tribune, évoquant, selon une source présente, un « échec majeur ».
Gil Lorenzo a aussi reconnu que les nouvelles prérogatives issues du décret du 23 mars ne constitueraient pas un « game changer ». Selon lui, le principal intérêt du dispositif réside dans la « data » : des données fines sur les transactions et la logistique des différents acteurs, qui pourraient à terme servir la lutte contre les contrefaçons dans les secteurs de la maroquinerie et de l’horlogerie.
Une consolation bien mince face à l’ampleur du ratage opérationnel.
Roissy, Vatry, les routes : la réalité des flux déplacés
L’information principale reste que la taxe ne fonctionne pas — et ce n’est pas une surprise. Le maire de Cannes David Lisnard l’avait alerté dès les premiers jours suivant l’entrée en vigueur de la mesure, dans un message très commenté sur X :
Le mécanisme est classique : une taxe unilatérale ne supprime pas la demande, elle déplace l’offre. Les plateformes chinoises — rompues à la réactivité logistique — ont simplement réorienté leurs flux vers d’autres aéroports européens moins contraignants, avant de les réacheminer par route vers la France. Résultat : les colis arrivent quand même, le fret aérien français perd des volumes, et les emplois logistiques trinquent.
Une vieille loi smithienne contre une politique mal calibrée
Cet échec illustre une réalité que les économistes connaissent bien depuis Adam Smith : dans une économie mondialisée, il est impossible de soumettre durablement les flux commerciaux par des taxes coercitives unilatérales, surtout quand une offre correspond structurellement à une demande. Les consommateurs européens, dont le pouvoir d’achat s’érode d’année en année, ont des raisons concrètes de recourir aux plateformes chinoises — et aucune taxe sur les petits colis ne changera cette réalité tant que l’écart de prix demeurera aussi significatif.
La mesure est d’autant plus paradoxale qu’elle contredit la philosophie commerciale de l’Union européenne. Le libre-échange est la pierre angulaire de la puissance économique du Vieux Continent — la balance commerciale de l’UE affichait 150 milliards d’euros d’excédent en 2024. Adopter un réflexe protectionniste sectoriel, face à des acteurs extrêmement agiles qui auront toujours un coup d’avance, c’est risquer d’ouvrir la voie à des mesures de rétorsion chinoises qui, en bout de chaîne, pèseront sur les exportateurs et les consommateurs européens.
L’Italie, qui avait emprunté une voie similaire, est d’ailleurs revenue en arrière. La doctrine et l’expérience, comme le rappelait Lisnard, sont « limpides ».










