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Éclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping

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Éclipse sur l'Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping

Éclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping

Pascal Gauchon

Pascal Gauchon

Historien de formation, j'ai été amené à me spécialiser en économie, puis en géographie. Par ailleurs, je suis venu à l'écriture par l'enseignement. J'en garde le souci, dans les ouvrages que je rédige et que je fais rédiger, de l'utilité : pas de prétention "scientifique", pas d'originalité de principe, mais le souci de publier des livres efficaces. Je dirige la collection Major aux PUF depuis 1992.
Pascal Gauchon
Cette recension a été publiée dans le numéro 3 de Conflits. Si vous souhaitez acheter ce numéro au format numérique, rendez-vous sur la e-boutique de Conflits en cliquant ici.

Éclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping : un livre dédié aux fauteurs de guerre en Libye

Éclipse sur l'Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping

Éclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi ? de Jean Ping

On ne peut pas dire que Jean Ping apprécie beaucoup BHL ! À plusieurs reprises, il fait de lui le symbole d’une politique qu’il n’hésite pas à qualifier de néocoloniale et d’une intervention en Libye qui a fait plus de 50 000 morts, civils pour la plupart, et détruit totalement ce pays.

Jean Ping est un grand diplomate gabonais qui a exercé des fonctions internationales comme la présidence de l’OPEP ou la direction de la Commission de l’Union africaine de 2008 à 2012. C’est dans ce contexte qu’il a travaillé avec Kadhafi, alors président de l’Union africaine. Il ne cache pas les heurts qui l’ont opposé à ce dernier, il se fait même moqueur envers celui qui s’était proclamé, à la stupeur générale, « roi des rois d’Afrique » lors de son intronisation à la tête de l’U.A. en 2009.

Cela n’autorisait pas les Occidentaux à le renverser, pense-t-il. Il se montre très critique envers Nicolas Sarkozy et son conseiller : « C’est alors que la France, apparemment fascinée par le modèle américain, abandonnait les fondamentaux de sa politique traditionnelle […] Comme en proie à des débordements émotionnels, Paris venait en effet de décider, tambour battant, de partir en guerre et de mener, par devant et par procuration, les hostilités, sous le manteau de la légitimité onusienne et sous le parapluie militaire de l’Amérique et de l’OTAN ». Il n’est pas loin non plus de penser que les efforts de médiation de l’Union africaine, auxquels il a participé, ont été volontairement sabotés par les Occidentaux.

Tout cela réveille en lui le souvenir des années de colonisation. Il s’emporte, citant un jeune diplomate africain dont il ne donne pas le nom et dont on est fondé à croire qu’il s’agit de Ping lui-même, se souvenant de son passé panafricaniste : « Ils sont toujours comme cela nos voisins européens. Tous sont d’indécrottables va-t-en guerre qui, après d’être tapé dessus pendant des siècles les uns contre les autres et tous contre tous…, font la paix entre eux, mais s’entendent sur notre pauvre dos pour se jeter à bras raccourcis sur nous… L’Afrique est ainsi devenue leur punching ball favori… »

C’est le néocolonialisme moralisant qu’il met en cause, n’hésitant pas à critiquer Barack Obama lorsqu’il demande publiquement à son hôte Macky Sall, à Dakar en juillet 2013, d’accepter l’homosexualité dans son pays. « Tout cela réveille parfois chez certains Africains de vieilles blessures mal cicatrisées » explique-t-il.

Ce n’est pas que J. Ping adopte des idées systématiquement conservatrices ; il se proclame démocrate et partisan de l’égalité. Mais l’Afrique doit prendre son temps ; les Occidentaux qui « réagissent sous la pression des émotions et des passions immédiates qui emportent leurs opinions » sont trop impatients. L’Afrique a son rythme et ses fondamentaux : « Chacun sait que c’est l’ethnicité qui constitue l’élément le plus important dans les conflits internes en Afrique ». C’est pourquoi la démocratie ne peut y être implantée d’un coup. « Trop souvent en effet les élections en Afrique se sont malheureusement transformées en simples recensements ethniques… L’instauration de la démocratie est un processus d’une très grande complexité qui ne se décrète pas instantanément de l’extérieur, comme du Nescafé et du prêt-à-porter ».

Des paroles de sagesse et de modération qui rejoignent les analyses de Bernard Lugan. Et que les pays occidentaux ne devraient pas oublier, au risque d’éveiller la colère du jeune diplomate cité par J. Ping, et de bien d’autres…

P.G.

Jean Ping, Éclipses sur l’Afrique : Fallait-il tuer Kadhafi ?, Michalon 2014, 217 pages, 17 €

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