<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> L’UE atomisée par la covid

13 mai 2021

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : L'UE atomisée par la covid

Abonnement Conflits

L’UE atomisée par la covid

par

On attendait plus de succès de l’Union européenne dans cette crise sanitaire, mais le miracle n’a pas eu lieu. D’une efficacité contestable en temps normal, l’UE n’a pas su gouverner par gros temps. Bousculée par la pandémie, elle a perdu sa crédibilité sanitaire, dégradé sa stature géopolitique et abandonné en route quelques dogmes, comme la libre circulation.

L’UE n’a même pas su se montrer solidaire des pays les plus démunis. Elle sort de cette année de crise plus divisée que jamais, toujours aussi dépendante de ses fournisseurs non européens.

Conçue par la Commission européenne, la lutte contre la Covid-19 a été tardive et chaotique, marquée par l’autisme de la bureaucratie bruxelloise et la cacophonie entre les Vingt-Sept. Le fiasco est patent. L’UE avait pourtant des atouts : des laboratoires d’excellence, une logistique de qualité, des moyens financiers importants. Cela n’a pas suffi. En dépit de l’autosatisfaction d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, l’UE a été à la traîne. Aux États-Unis, la mobilisation politique et financière avait démarré sous Donald Trump. Poursuivie par Joe Biden, cette stratégie ambitieuse a permis aux Américains de lancer très vite leurs grands labos dans la bataille des vaccins. À des degrés divers, la Chine (avec ses vaccins Sinopharm et CoronaVac), la Russie (Spoutnik V) et le Royaume-Uni (avec l’anglo-suédois AstraZeneca) ont procédé de la même façon. Ils ont donc obtenu des vaccins de façon massive. Cela n’a pas été le cas de l’UE qui avait d’abord voulu « extraire le vaccin des lois du marché », selon l’idée généreuse exprimée par Emmanuel Macron. Le résultat de cette stratégie laisse pantois : l’Amérique a le quasi-monopole des vaccins en Europe ; le français Sanofi est devenu sous-traitant pour le conditionnement de l’américain Pfizer ; la Chine et la Russie inondent le monde de leurs vaccins. Les Vingt-Sept ont préféré déléguer leur stratégie de vaccination à la Commission européenne. L’UE a alors découvert l’existence de la Chypriote Stella Kyriakides, la commissaire à la Santé, une bien modeste personnalité pour créer cette « Europe de la santé ». Désigné « monsieur vaccins » de l’Europe, le commissaire européen à l’Industrie Thierry Breton a mené la négociation avec les laboratoires pendant presque quatre mois, ralenti par la pusillanimité des responsables politiques et les lenteurs de la bureaucratie européenne. Ni l’enveloppe financière (2,7 milliards d’euros) ni la mobilisation industrielle n’ont été suffisantes. Commentaire désolé de Stéphane Bancel, président-fondateur de Moderna : « L’équation industrielle ne colle pas avec la lenteur de l’administration européenne. »

Entre août 2020 et janvier 2021, les promesses d’achat de vaccins par la Commission ont concerné six laboratoires, mais les premiers mis sur le marché ont été Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca, alors que plusieurs États – comme le Royaume-Uni ou les États-Unis – prenaient l’UE de vitesse : ils captaient préventivement les stocks de vaccins, notamment au moment des difficultés de production chez Pfizer-BioNTech. Privée de produits, l’UE est devenue la variable d’ajustement des industriels.

La pandémie a aussi atomisé la solidarité européenne, notamment sur le dossier du vaccin russe Spoutnik V, que Thierry Breton voulait refuser, au nom de raisons plus idéologiques que sanitaires : « L’Union européenne n’a pas besoin du vaccin russe Spoutnik V, elle pourra atteindre une immunité collective d’ici le 14 juillet avec les vaccins disponibles, si leurs calendriers de livraison sont respectés. » Plusieurs États n’ont pas vraiment cru ces belles paroles. Six membres (Autriche, Bulgarie, Croatie, Lettonie, République tchèque, Slovénie) contestaient aussitôt la répartition inégale des vaccins, cinq suspendaient, pour un temps, l’AstraZeneca, quatre (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Pologne) n’en faisaient qu’à leur tête en décidant d’agréer les vaccins russe ou chinois. Parmi les poids lourds de l’UE, l’Italie décidait d’implanter sur son sol une usine de fabrication du Spoutnik V et Berlin se disait prêt à le commander. « L’Allemagne devrait agir pour elle-même », confirmait Angela Merkel. D’autres pays n’attendaient que cette décision pour adopter à leur tour le « vaccin Poutine ».

À lire aussi : L’Occident devrait envier la réponse du Japon à la Covid 19

À propos de l’auteur
Frédéric Pons

Frédéric Pons

Journaliste, professeur à l'ESM Saint-Cyr et conférencier.

Voir aussi

Le pétrole du voisin brésilien fait des envieux en Guyane

De part et d’autre du fleuve Oyapock, le contraste est saisissant. Tandis que la ville brésilienne d’Oiapoque bénéficie du dynamisme suscité par les explorations pétrolières de Petrobras, la commune guyanaise de Saint-Georges reste à l’écart du développement. Une situation qui relance...

Les marines grecques antiques : emplois et stratégies

Narrant les événements de 374-373 avant J.-C., l’auteur athénien Xénophon place ce discours dans la bouche d’ambassadeurs de Corcyre (aujourd’hui Corfou) venus chercher de l’aide à Athènes, alors que leur île est victime d’une agression lacédémonienne : c’était l’intérêt d’Athènes de la secourir, car « Corcyre était avantageusement située par rapport au golfe de Corinthe et aux États qui touchent à ses rivages ; elle l’était également pour causer des dommages à la Laconie ; elle l’était mieux encore par rapport à l’Épire qui lui fait face et à la navigation de la Sicile au Péloponnèse » (Helléniques VI 2, 8-10). On ne s’étonne pas que la mer soit passée au premier rang de la pensée stratégique des Grecs : dès la première œuvre occidentale en prose, les Enquêtes d’Hérodote, est apparu le concept de thalassocratie, et le fait maritime est omniprésent dans le récit de Thucydide, qui voit dans la force navale le principal étalon d’une puissance politique et économique. À grands traits, retraçons le développement des stratégies navales en Grèce antique, un parcours d’environ six siècles.

Les relations Chine / États-Unis après l’annonce de Power of Siberia 2

Pendant plus d’une décennie, Vladimir Poutine a fait pression sur Xi Jinping pour qu’il approuve le projet de gazoduc de Gazprom connu sous le nom de « Power of Siberia 2 ». Pendant des années, Xi a tergiversé, préférant approfondir les relations de la Chine avec l’Iran, investir au Kazakhstan et dans d’autres pays d’Asie centrale, et injecter des fonds dans la production d’électricité nationale (solaire, éolienne ou nucléaire).