La population de Mayotte, française ou comorienne ?

14 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Mayotte, août 2025. © Bertrand Fanonnel/SIPA

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La population de Mayotte, française ou comorienne ?

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En 1841, le sultan de Mayotte a souhaité se placer sous la souveraineté de la France pour ne plus subir la pression des autres îles des Comores. Depuis, il est incontestable que la volonté de Mayotte de rester dans la République française s’est exprimée à l’occasion de quatre référendums en 1974, en février et avril 1976, et en 2009. 


Un article à retrouver dans le N61. Outre-mer : La France des 13 fuseaux horaires. 

Gérard-François Dumont. Professeur émérite à Sorbonne Université, Président de la revue Population & Avenir.


Cette volonté s’exprime à chaque élection où l’on ne voit pas de partisan du rattachement de Mayotte à l’Union des Comores obtenir des voix. Les natifs de Mayotte, dont au moins un des parents est de nationalité française, sont donc Français par attribution au titre du code de la nationalité française.

Toutefois, entre 1976 et 1994, l’ONU a voté plusieurs résolutions considérant comme nulle et non avenue toute consultation menée à Mayotte séparément du reste de l’archipel, résolutions signifiant implicitement que les habitants de Mayotte sont des Comoriens. De son côté, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a maintenu sa position initiale de 1974, condamnant sans discontinuer la présence française à Mayotte. Devenue l’Union africaine (UA) en 2002, elle a réaffirmé à plusieurs reprises la souveraineté de l’Union des Comores sur Mayotte et condamné la tenue du référendum de 2009. En revanche, l’Union européenne a validé la souveraineté de la France sur Mayotte d’abord en considérant ce territoire comme PTOM (pays et territoire d’outre-mer), ce qui signifiait par exemple que les électeurs mahorais votaient pour les élections au Parlement européen et, ensuite, en lui donnant le statut de région ultrapériphérique au 1ᵉʳ janvier 2014 à la suite du statut de département que la France lui a donné en 2011.

Mais il faut considérer l’importance des diasporas présentes à Mayotte compte tenu des flux fortement élevés d’immigration au fil des dernières décennies. Certes, les données sont anciennes, puisque les derniers résultats de recensement datent de 2017 et qu’il n’a pas été possible de conduire à terme des enquêtes annuelles de recensement prévues sur la période 2021-2025, notamment en raison du cyclone Chido. Et, bien entendu, les résultats du recensement exhaustif réalisé du 27 novembre 2025 au 10 janvier 2026 ne sont pas encore disponibles. Mais rien n’indique que les tendances constatées lors du recensement de 2017 aient changé. Mayotte se caractérisait alors par deux éléments essentiels. D’une part, un tiers de la population était composé d’immigrants, donc de personnes nées à l’étranger, aux Comores, mais aussi à Madagascar ou dans d’autres pays africains. D’autre part, près de la moitié de la population était de nationalité étrangère, car s’ajoutaient aux immigrants de nationalité étrangère les enfants nés à Mayotte de parents étrangers. Depuis, dans la mesure où les deux tiers des naissances à la maternité de Mamoudzou sont de nationalité étrangère, il n’est pas impossible que les Mahorais de nationalité française soient minoritaires sur leur archipel.

Mayotte, août 2025. © Bertrand Fanonnel/SIPA

Certes, la France a pris deux décisions en 2025. D’une part, le droit du sol a été limité en renforçant une précédente décision de 2008 : un enfant né de parents étrangers à Mayotte ne peut désormais prétendre à la nationalité française à ses 18 ans que si les deux parents résidaient en France de façon régulière au moment de la naissance de l’enfant et qu’ils y résidaient depuis au moins un an. La seconde décision vise à mettre fin à l’horizon 2030 aux visas territorialisés, ces visas accordés à Mayotte à des étrangers, mais qui ne valent pas pour d’autres départements français.

La première décision a pour objet de diminuer l’attractivité de Mayotte en raison d’une moindre facilité de naturalisation, mais pourrait paradoxalement augmenter le nombre d’étrangers si les frontières ne sont pas contrôlées.
La seconde décision, si elle est mise en place, a pour objectif de diminuer le nombre d’étrangers réguliers à Mayotte, ces derniers pouvant quitter l’Île aux parfums pour aller habiter à La Réunion ou en France métropolitaine. Mais cela peut rendre plus attractive Mayotte comme pays de transit plus ou moins temporaire vers des territoires français. Le fait que la population de Mayotte ne soit française qu’aux environs de 50 % et dans une proportion en diminution ne peut donc se trouver modifié par de simples ajustements législatifs. Seuls des changements législatifs structurels, couplés avec un contrôle effectif des frontières, pourraient changer la donne. Mayotte offre une loupe des questions migratoires qui pourrait aussi servir de réflexion pour les autres territoires français, y compris la métropole.

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