Livre – Guerre froide. Menace, paranoïa et manipulation du rideau de fer à la chute du communisme

25 décembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Commémorations célébrant le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 2019, Auteurs : Markus Schreiber/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22397308_000037.
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Livre – Guerre froide. Menace, paranoïa et manipulation du rideau de fer à la chute du communisme

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Bien connue à travers les livres d’Histoire, la Guerre froide demeure, à bien des égards, mystérieuse sur bien des points. L’auteur, de nationalité américaine, vient nous éclairer en nous livrant le dessous des cartes. Tout en élucidant certains événements et en montrant à quel point le monde a frôlé la catastrophe nucléaire, il montre en quoi cette époque n’est pas tout à fait révolue tant la situation actuelle, en bien des endroits, lui ressemble. 

 

Cet ouvrage, qui contient plus de 200 photos et 11 cartes en couleurs, relate la période de tension qui a divisé le monde en deux sphères d’influence moins d’un demi-siècle. De la fin de la deuxième guerre mondiale à l’ère de la Perestroïka sous Gorbatchev, dans les années 1980, la géopolitique mondiale fut largement déterminée par ces deux superpuissances ou « super Grands ». Ce récit précis s’étend sur le déroulement des faits : la guerre de Corée (1950-1953), les crises de Berlin de 1948-1949 et 1961, la crise de Cuba d’octobre 1962, durant laquelle le monde a réellement frisé l’apocalypse atomique. Des photographies et témoignages, et surtout des copies de notes top secret, éclairent ces années troubles d’espionnage et de complots, avec des cartes détaillées des opérations militaires et des fac-similés de documents d’époque, tels que carnets, journaux, télégrammes, lettres, messages codés ou brochures. Il reste cependant difficile de fixer les limites chroniques précises de la guerre froide. Doit-on la faire débuter dès le lendemain de la signature de la capitulation allemande le 8 mai 1945, à Reims, ou le 9 mai à Berlin comme semble l’impliquer le titre du premier chapitre « Échec à la paix » ? Ou la guerre froide date-t-elle réellement du discours de Churchill à Fulton, en mars 1946, où il évoque le rideau de fer qui s’est instauré de Stettin à Trieste ? Ou plutôt du message du président Truman, du 12 mars 1947 au Congrès (qui apparaît au troisième chapitre), lorsqu’il lui demanda d’octroyer une aide à la Grèce et à la Turquie, menacées à leur tour, par la menace communiste ? Ce débat sur les origines de la guerre froide, qui a opposé des générations d’historiens, ne semble pas clos, mais en un sens, il est loin d’être purement historique, car il pose les questions aiguës de sécurité, d’intérêts légitimes des puissances au premier chef de l’URSS et de la Russie. De même, il semble tout aussi délicat, bien que la question soit moins brûlante, de fixer la date précise de la fin de la guerre froide. Doit-on la fixer à la chute du Mur de Berlin ? Aux révolutions à l’Est, que l’auteur place après alors que ces dernières l’ont précédé dès le début de l’année 1989 en Pologne ou en mai, lorsque la Hongrie a cisaillé la barrière métallique la séparant de l’Autriche ? Quoi qu’il en soit, une lutte globale, stratégique, militaire, idéologique, économique, culturelle s’engagea entre les camps communistes et capitalistes. S’agissait-il réellement d’une lutte pour la suprématie mondiale ? Car le Tiers monde, que l’on ne doit pas assimiler au Non-alignement, entendît, autant que faire se peut, se tenir à l’écart de cette lutte entre puissances du Nord, faisant sienne ce proverbe africain « quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ».

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Pourtant, on ne peut nier que la guerre froide a imprégné l’ensemble de la planète et occupé tout l’échiquier mondial. La grande majorité des événements majeurs du XXe siècle, de la construction du rideau de fer à travers l’Europe au Blocus de Berlin et à la guerre de Corée ou à la répression des insurrections hongroises et est-allemandes durant les années 1950, sont liés directement au conflit Est-Ouest, autre manière de la qualifier en l’opposant aux relations Nord-Sud. On y retrouve aussi la construction du mur de Berlin (12 août 1961), la crise des missiles à Cuba (22-28 octobre 1962), la course aux armements et la Guerre des étoiles (1983). Quant à la Glasnost, la Perestroïka et les révolutions en Europe de l’Est, on devrait plutôt les classer dans une période intermédiaire au cours de laquelle l‘esprit de la guerre froide disparaissait sans que l’on ait déclaré officiellement sa fin. Un des intérêts de cet ouvrage sont les plus de 30 fac-similés de documents rares intégrés au fil du texte. Pour la première fois pourtant, comme le diable est dans les détails, on peut relever quelques interprétations relevant de la position idéologique de l’auteur. Dans la carte décrivant la constitution du bloc soviétique, il est indiqué que des coups d’État ont eu lieu dans tous les pays du bloc oriental. Si cela est indubitablement le cas de la Tchécoslovaquie (coup de Prague, février 1948), peut-on parler de coup d’État en Yougoslavie où l’armée des partisans de Tito a libéré le pays ? De même, l’auteur écrit que dans le cas de l’Afghanistan, les Soviétiques crurent à tort que l’Occident finançait la rébellion afghane. Ce fut le cas, car le président Carter signa un executive ordre dès le 4 juillet 1979, octroyant une aide à la rébellion, bien avant l’intervention soviétique du 25 décembre.

Norman Friedman, Guerre froide. Menace, paranoïa et manipulation du rideau de fer à la chute du communisme, Eyrolles, 2019, 160 pages.

À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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