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Ils ne voient pas, ils n’entendent pas, ils ne parlent pas. Éditorial du n°7

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Ils ne voient pas, ils n’entendent pas, ils ne parlent pas. Éditorial du n°7

Ils ne voient pas, ils n’entendent pas, ils ne parlent pas. Éditorial du n°7

Pascal Gauchon

Pascal Gauchon

Historien de formation, j'ai été amené à me spécialiser en économie, puis en géographie. Par ailleurs, je suis venu à l'écriture par l'enseignement. J'en garde le souci, dans les ouvrages que je rédige et que je fais rédiger, de l'utilité : pas de prétention "scientifique", pas d'originalité de principe, mais le souci de publier des livres efficaces. Je dirige la collection Major aux PUF depuis 1992.
Pascal Gauchon

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Les deux visions peuvent se défendre. Ce qui ne le peut pas, c’est la cécité et le silence de tant d’observateurs français. Faut-il incriminer l’idéologie, le manque de curiosité ou l’aboulie ?

Ils ne voient pas, ils n’entendent pas, ils ne parlent pas. Éditorial du n°7

Conflits n°7 : Inde-Chine, un même horizon ?

Les moteurs de recherche donnent une photographie instantanée de l’état de l’opinion, ou plutôt de l’état des faiseurs d’opinion.

Tapez sous Google « sommet d’Oufa » en sélectionnant la vignette « Actualités ». Le moteur vous annoncera 139 occurrences (et 22 si vous tapez « sommet d’Ufa », souvent les mêmes). Tapez « Ufa summit » et vous en trouverez 12 900, et même 271 pour « vertice Ufa » en italien. Si vous cherchez par pure curiosité COP 21, la conférence sur l’environnement qui se tiendra à Paris de la fin novembre au début décembre, vous obtiendrez 196 000 réponses.

La conférence sur l’environnement est-elle mille fois plus importante que le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai) qui s’est déroulé à Oufa en juillet dernier ? C’est ce que semblent penser les journalistes et les commentateurs francophones. Leurs homologues anglophones ne partageaient pas leur point de vue, visiblement. Ils n’oublient pas que la plupart des réunions internationales sur le climat se sont clôturées par des vœux pieux.

Le manque d’intérêt de nos compatriotes surprend. Moscou avait réussi à organiser en même temps et au même lieu le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai et celui des BRICS. La création de la Nouvelle banque de développement, rivale de la Banque mondiale, décidée par les BRICS l’année précédente à Fortaleza, a été entérinée et pourrait accorder ses premiers crédits l’an prochain. Xi-Jinping a annoncé la construction dans la région de 4 000 km de voies ferrées et de 10 000 km d’autoroutes ; il a promis la participation financière de son pays, y compris pour des projets de l’Union eurasiatique rassemblée autour de la Russie. Parallèlement l’adhésion de l’Inde et du Pakistan à l’OCS a été acceptée et se concrétisera en 2016, celle de l’Iran suivra. Souhaitons que la COP 21 accouche de résultats aussi importants, ce qui n’est pas certain, la baisse du prix du pétrole n’encourageant pas à se tourner vers les énergies renouvelables.

On peut diverger sur l’analyse. Pour Pascal Marchand, ce double et même triple sommet constitue un véritable tournant : les BRICS se donnent les moyens de résister à la puissance américaine et de se mettre à l’abri des sanctions économiques qu’elle peut décréter à tout moment, comme elle l’a fait en Crimée. Un véritable front anti-hégémonique serait en cours de constitution pour faire de « l’espace eurasiatique […] notre maison », selon la formule de Vladimir Poutine, à l’abri des intrusions étrangères. La coopération permettra de résister aux pressions américaines et d’assurer le développement. Une sorte de sphère de coprospérité eurasiatique !

À l’inverse François Godement, dans le « grand entretien » de ce numéro, pointe les divisions latentes de cet ensemble composite et souligne le déséquilibre entre la Chine et ses partenaires. À ses yeux l’Inde ne peut s’arrimer à une alliance dominée par Pékin et même la Russie, un jour, découvrira qu’elle a plus à perdre qu’à gagner dans ce mariage forcé. Il pronostique le retour vers l’Europe de la Russie, échaudée, à condition bien évidemment que Bruxelles et Washington ne le lui interdisent pas.

Les deux visions peuvent se défendre. Ce qui ne le peut pas, c’est la cécité et le silence de tant d’observateurs français. Faut-il incriminer l’idéologie, le manque de curiosité ou l’aboulie ? D’une certaine façon, nous ne pouvons que nous en féliciter car, à elle seule, cette attitude justifie l’existence de Conflits.

Pascal Gauchon

Crédit photo : Ekarin Apirakthanakorn / Shutterstock.com

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