<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> De l’actualité internationale réduite au virus

17 avril 2022

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Photo : Transfert d'un patient atteint du coronavirus, Auteurs : CAMILLE POIROT/ZEPPELIN/SIPA, Numéro de reportage : 00956074_000008.
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De l’actualité internationale réduite au virus

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L’épidémie de coronavirus a capté toute l’attention médiatique, mettant de côté les autres sujets internationaux. Le traitement de l’information a été saturé par l’épidémie qui a occupé l’ensemble de l’espace d’information.

Si, comme l’écrivait McLuhan, les médias sont le prolongement de nos sens, alors notre champ visuel s’est bien rétréci ces derniers mois.

L’univers au-delà de nos frontières n’existait plus que dans la mesure où il nourrissait l’actualité sanitaire, les autres pays que le nôtre n’ayant droit de cité dans le discours médiatique que pour fournir des points de comparaison en rapport direct avec le sujet « Covid » : proportion d’hospitalisés, quantité de morts, application de telle ou telle restriction, choix de l’obligation vaccinale, nombre de doses imposées, etc.

À quoi s’ajoute un suivi de l’information encore plus parcellaire qu’à l’accoutumée, les informations apparaissant et disparaissant au gré de la nécessité de susciter l’angoisse. Si certains journalistes ont la lucidité de rappeler que leur métier ne consiste pas à assurer la propagande gouvernementale en faveur du vaccin, dans les faits, le traitement de l’information réduit l’évocation des pays étrangers au statut d’argument anxiogène censé inciter à la vaccination, non par raisonnement logique, mais par réflexe magique résultant d’un instinct de peur. C’est ainsi que l’an passé, la situation en Inde tenait de l’apocalypse ; ce qui ne l’empêcha pas de disparaître tout bonnement des titres en quelques jours. Au début de la pandémie, c’était l’Afrique qui allait forcément être ravagée par le virus, et l’on semblait égrener un compte à rebours morbide avant la catastrophe… qui n’a pas eu lieu ; et l’Afrique disparut des titres. Plus rien n’existait que le virus.

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Cette approche totalement distordue de l’actualité internationale a culminé avec la place hyperbolique accordée à l’affaire Djokovic. On se rappelle que le champion de tennis serbe a finalement été contraint de renoncer à participer à l’Open d’Australie, pour avoir refusé de se plier à l’obligation vaccinale en vigueur localement, dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Les rebondissements de ce petit scandale et les suspicions malveillantes diverses, complaisamment relayées dans notre presse révulsée par la méfiance de principe qu’affiche ce sportif vis-à-vis du vaccin, ont occupé les gros titres de l’actualité des jours durant, faisant même l’ouverture des journaux radiophoniques et télévisés ! Croyant sans doute bien faire leur travail en dénonçant un rebelle, les médias ont provoqué l’agacement de nombreux auditeurs et téléspectateurs, outrés de cet emballement médiatique. Le 16 janvier, la médiatrice de Radio France faisait ainsi état à l’antenne de l’ampleur des réactions d’auditeurs surpris par ce choix éditorial. Mais appelé à réagir, Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de France Info, se défend en arguant du caractère « symbolique » de ce « feuilleton », eu égard à la longueur du confinement imposé en Australie. La responsabilité morale de ces journalistes est énorme au regard de l’histoire, eux qui ont aveuglément pris parti, sans réserve aucune, pour des mesures qui eussent mérité de leur part un traitement équilibré, autorisant le doute et – c’est leur métier après tout – la vérification (qu’ils pratiquent de manière pourtant obsessionnelle quand il s’agit de nuire aux déviants idéologiques).

Et puis soudain…

Soudain la mort du brigadier Alexandre Martin est venue nous rappeler la propagation d’un virus bien plus dangereux que le coronavirus, un virus mortel pour les civilisations : cet islam puissant et conquérant qui progresse en Afrique à une vitesse inquiétante. Celui-là même contre lequel aucun peuple n’est vacciné, mais que nous affectons de reléguer au rang de « problème parmi tant d’autres » quand il est sans doute le plus dangereux de tous, nous acharnant à l’oublier comme si notre mémoire était le seul gage de son existence. Nous devrions pourtant nous souvenir – sans quoi le destin nous le rappellera cruellement – que la violence des hommes surpasse de loin la nocivité d’un virus, si dangereux soit-il.

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À propos de l’auteur
Ingrid Riocreux

Ingrid Riocreux

Agrégée de lettres modernes et docteur de l'université Paris IV-Sorbonne, Ingrid Riocreux est spécialiste de grammaire, de stylistique et de rhétorique. Elle a publié La langue des médias (L'Artilleur, 2016) et tient un blog consacré à l'étude du discours médiatique.
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