Le 12 mai 2025, le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) annonçait sa dissolution. La fin de cette organisation, fondée en 1978 et qui pratiqua la lutte armée depuis 1984 en Turquie et dans quelques autres pays voisins et européens, est un fait important qui est passé relativement inaperçu dans la sphère médiatique française. Pourtant, on a ici affaire à un complexe terroriste responsable directement ou indirectement d’environ 40 000 morts, et suscité des conséquences géopolitiques non négligeables tant au Moyen Orient qu’en Europe¹.
Un article à retrouver dans le N61. Outre-mer : La France des 13 fuseaux horaires.
Pour éclairer cet événement, le document que nous présentons ici permet de visualiser trois éléments essentiels de l’espace-temps de cette organisation aux multiples activités politiques, militaires (guérilla et terrorisme qui sont ici regroupés dans les données de la Global Terrorism Database jusqu’en 2011) et criminelles (surtout trafic de drogues).
En premier lieu, la carte qui concerne la Turquie et ses voisins montre deux faits majeurs. D’abord, une concentration de la violence armée dans le sud-est de la Turquie, et dans les zones frontalières de peuplement kurde des pays voisins ; cette distribution correspondant principalement aux efforts du PKK en vue d’un contrôle des territoires et des populations locales. Ensuite, l’activité sans doute plus clairement terroriste, car dirigée vers diverses audiences, dont le gouvernement turc, se distribue dans les principales villes du pays en conformité avec la nature de cette forme de violence politique. Par ailleurs, bon nombre des actes diffus qui se produisent dans le reste du territoire peuvent correspondre à des actes de vendetta liés à des pratiques enracinées dans la culture principalement rurale turque de la « vengeance de sang » pour les crimes et atteintes à l’honneur des groupes de parenté plus ou moins étendue, et qui suivant les contextes reçoit un habillage politique de convenance.
Ensuite, la carte de l’Europe de l’Ouest montre le rapport évident entre les zones d’implantation de la diaspora kurde (Allemagne principalement) et les actes de violence politique, notamment sous forme d’assassinats de représentants de l’État turc, plutôt que d’actes hostiles envers les pays d’accueil, dont la neutralité est essentielle pour assurer la permanence des activités politiques et criminelles de la mouvance liée au PKK.
Le troisième constat porte sur la temporalité de la violence politique en Turquie telle qu’elle ressort de l’histogramme qui figure au bas du document. Si on tient compte d’une très probable sous-estimation de la violence antérieure à 1980 dans la GTD, les données montrent deux moments d’activité particulièrement intense. Le premier entre 1989 et 1995, voit l’apogée de la capacité de guérilla et de terrorisme du PKK, dans un contexte géopolitique favorable issu de la seconde guerre du Golfe (1990). Il est aussi à noter que le déclin de l’activité du PKK vers 1996 est antérieur à la capture d’Abdullah Öcalan, son chef charismatique en 1999, et ce, contrairement à ce qui est parfois affirmé. Le deuxième moment, qui commence vraiment en 2015 et s’étiole rapidement, est lié à la présence de l’État islamique en Irak et en Syrie aux frontières de la zone de peuplement kurde en Turquie, ce qui engendre une brève période d’affrontements avec des jeux d’alliances compliquées dont les Kurdes termineront en condition de grands perdants.
Ces quelques indications permettent donc de disposer d’informations de base pour évaluer la signification de la dissolution récente du PKK, et donc de mieux pouvoir appréhender les prochaines évolutions de la question kurde, notamment en Turquie.
¹ Pour une bonne analyse contextuelle réalisée « à chaud », voir ; Nur Bilge Criss, « The Nature of PKK Terrorism in Turkey », Studies in Conflict and Terrorism, Vol. 18, N°1, 1995, 17-37.











