Les livres de la semaine

26 novembre 2021

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Les livres de la semaine

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Au programme des livres de cette semaine : la marine et l’Antiquité, l’Afrique et le XIXe siècle.

 

Jean-Yves Delitte, Jean-Benoît Héron, À bord des galères, Glénat, 2021.

Glénat poursuit sa collection d’albums maritimes. Après les sous-marins et les frégates, voici venu le numéro consacré aux galères avec toujours les mêmes ingrédients du succès : des dessins réalistes et plein de mouvement de Jean-Yves Delitte, peintre officiel de Marine, et des textes historiques clairs et précis de Jean-Benoît Héron. À bord de ces galères, on voyage dans toutes les époques et sur toutes les mers. Les Phéniciens, les Grecs et les Romains pour l’Antiquité, les Byzantins et les Vikings au Moyen Âge, Venise bien sûr et le rôle des ports et des arsenaux. L’album nous conduit également en Asie et en Océanie pour découvrir les galères d’ailleurs. De quoi faire rêver les amoureux de la mer, des voyages, des belles planches et des beaux bateaux.

MC

Laurent Theis, François Guizot, Perrin, Tempus, 2019.

L’homme est peu connu. Né en 1787 et décédé en 1874, il a vécu sous tous les régimes, de la monarchie absolue à la République installée. Historien, il a brillé à la Sorbonne et ses cours furent écoutés et lus avec grande attention. Homme politique, il fut l’homme d’un régime, celui de la Monarchie de Juillet, prenant sa retraite en 1848. Il n’a pas, comme Thiers, poursuivi sa carrière en dépit des régimes. Protestant des Cévennes, passé par Genève, il est resté fidèle au roi des Français Louis-Philippe et fut un consciencieux député de Lisieux. Cette biographie de Laurent Theis est plus sentimentale et romantique que politique. On y découvre le Guizot humain et intime, amoureux de ses femmes, plusieurs fois veuf, aimant de ses enfants, dont beaucoup sont morts de son vivant. Un homme fidèle à ses amis, à ses causes, habile politique et victime d’un système parlementaire rabougri qui visait plus au maintien des privilèges d’une caste qu’au bien du pays. L’auteur consacre peu de pages à la politique conduite par Guizot, notamment sa politique étrangère, mais s’attarde sur son rôle en matière éducatif. Sa loi de 1833 qui permet la création de nombreuses écoles et la scolarisation de milliers d’enfants, sa rénovation de l’université, son soin à restaurer les Académies. Guizot était de cette génération d’historien qui a eu une grande aventure politique, comme Broglie, Thiers, Tocqueville. À une époque où l’histoire fut particulièrement tragique, il l’a à la fois écrite et vécue.

JBN

Yann Le Bohec, César et la guerre. Études d’histoire militaire, CNRS éditions, 2021.

Après avoir consacré un ouvrage à César chef de guerre, Yann Le Bohec poursuit son compagnonnage avec le général romain pour s’intéresser à son rôle dans la guerre. César a connu la guerre conduite contre d’autres peuples, comme celle des Gaules, mais aussi celle menée contre son propre peuple, la guerre civile conduite contre Pompée. S’appuyant sur les textes et les fouilles archéologiques, l’auteur étudie l’apport de César à la guerre, notamment la poliorcétique, l’économie de guerre, l’usage des esclaves et des troupes indigènes. Apport magistral à l’histoire militaire et à l’histoire de l’Antiquité, le livre vient compléter la vie d’historien de Yann Le Bohec, consacrée à Rome et à l’histoire militaire. Preuve qu’après tant d’études et de livres sur César il est encore possible de découvrir des choses et d’apporter des réflexions neuves sur celui qui fut l’un des premiers fondateurs de l’Empire.

ABF

Marie-Françoise Baslez, L’Église à la maison. Histoire des premières communautés chrétiennes. Ier-IIIe siècle, Salvator, 2021.

Marie-Françoise Baslez a consacré sa carrière d’historien à l’étude de l’Antiquité chrétienne, de la naissance de la nouvelle religion à sa diffusion dans l’Empire. Des sujets autant culturels, religieux que politiques tant l’émergence de cette foi a transformé l’Empire, lui permettant à la fois de se poursuivre et de muter. Ce dernier ouvrage, écrit d’une plume alerte, étudie cette période cruciale où le christianisme passe d’une religion persécutée à une religion autorisée. Après avoir vécu leur foi à la maison, les chrétiens la vivent publiquement et librement, inscrivant désormais leurs pratiques dans de vastes monuments publics, qui sont souvent des temples païens réaffectés. De cette période, il reste des traces archéologiques, des mosaïques, des textes, des gravures et des habitudes. Il reste aussi une église domestique, structurée et centrée autour des familles et des communautés locales. Ce moment de l’histoire du christianisme est aussi celui de l’histoire de l’Europe.

JBN

Jean -Pierre Angelier, Léopold Sédar Senghor, Perrin, 2021.

Que de personnages il y eut chez le premier agrégé de grammaire, condisciple de Georges Pompidou à l’ École Nationale supérieure , avec lequel il partageait le goût de la poésie et de la belle langue. Ce fut tour à tour et tout à la fois un intellectuel révolté par la colonisation, mais produit de son système. Un chantre de la fierté noire, de la négritude et un apôtre du brassage des humains et de leurs sagesses. Un amoureux  de la culture africaine et de la langue française. On connaît bien l’homme politique, premier président du Sénégal en 1960. Fervent catholique à la tête d’un peuple musulman à plus de 80%, il fit enfermer ses opposants et son Premier ministre, interdire les partis hostiles. Quittant volontairement le pouvoir à la fin de 1980, il a laissé son pays comme un rare modèle démocratique sur le continent. Dans ses Mémoires d’espoir, de Gaulle avait, d’une phrase, résumé Senghor avec pertinence : « Ouvert à tous les arts et, d’abord, à celui de la politique, aussi fier de sa négritude que de sa culture française et qui gouverne avec constance le remuant Sénégal. » La négritude ? Vingt ans après la mort de son chantre le plus éloquent, le mot est usé, le concept a trop servi. Mais Senghor avait déjà depuis longtemps délaissé cette « fille de l’histoire », sans jamais la renier, lui préférant la quête de la civilisation de l’universel. Edgar Faure, l’accueillant à l’Académie, constatera : « Votre loi est celle de la gravitation universelle. » Tout au long de sa vie pleine à craquer, débordante d’écrits et de paroles, de rencontres et d’actions, Senghor aura contribué plus que d’autres à « réveiller l’Afrique de son sommeil millénaire ». Sédar, « celui qu’on n’humilie pas », aura aidé son peuple à s’affirmer, à s’assumer, à défendre sa dignité. Et si, comme le lui avait dit un jour Maurice Schumann, sa vie avait été le plus beau de ses poèmes.

Eugène Berg

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