Livres 27 février

27 février 2026

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Livres 27 février

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Guerre en Europe, guerres à Rome, Templiers, Aristide Briand, sionisme : aperçu des livres de la semaine.

Arnaud Blin, 1566-1659. La guerre des nations, Passés Composés, 2026, 25 €

Ne pas penser la séparation, mais la continuité. C’est ce que propose Arnaud Blin dans ce livre magistral consacré aux guerres européennes entre le XVIe et le XVIIe siècle. Des guerres dites « de religion », des guerres « de nations », des guerres « de familles », avec la première d’entre elles, les Habsbourg, qui ont la prétention de dominer le continent. De ces choses militaires surgissent de nouvelles nations, s’affirment de nouveaux pays et se recomposent les équilibres européens amenés à diriger l’Europe et une partie du monde pour deux siècles.

C’est ce vacarme de guerres et de confrontations qu’analyse Arnaud Blin pour proposer une synthèse originale et novatrice de ces conflits.

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Thierry Leroy, Naissance des Templiers, Passés Composés, 2026, 24 €

Loin des romans de gare et des séries d’été, Thierry Leroy revient sur la véritable histoire des Templiers, celle qui s’est bâtie entre la Terre Sainte et la Champagne et qui a vu la création d’un ordre de chevalerie original, entre prière, combats et finance. Revenant aux sources des textes et des documents, Thierry Leroy analyse les raisons de cette naissance si particulière, qui tiennent beaucoup aux rapports complexes entre l’Orient et l’Occident et à la nécessité pour le monde chrétien de défense ses projections territoriales et ses pèlerins. Loin d’être un mystère, la naissance des Templiers s’explique par le contexte et par la rencontre d’hommes extraordinaires, comme Hugues de Payens et Bernard de Clairvaux.

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Yann Le Bohec, Les Romains au combat. Grandes batailles et grands stratèges, Tallandier, 2026, 24,50 €

Yann Le Bohec est le spécialiste magistral de l’histoire militaire romaine, des batailles et des modes de vie des soldats. Dans cet ouvrage, l’auteur s’attaque à un angle mort de la recherche : celui de la vie des soldats et de ses pratiques de guerre. Maniement du javelot, création de sièges, disposition des batailles, mais aussi paquetage, organisation et mise en marche, c’est ce quotidien qui est étudié pour comprendre le rôle social de l’armée romaine et son évolution tout au long de l’Empire.

C’est toute une longue série de batailles qui est ici retracée, des origines de Rome jusqu’aux transformations de l’Empire, des batailles glorieuses comme des défaites retentissantes. Et, à travers elles, c’est l’histoire de Rome, dans ses grandeurs et ses failles, qui se dessine.

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Georges Bensousan, Une nouvelle histoire du sionisme 1860-1950, Folio Histoire, 15,10 euros.

L’auteur, historien reconnu pour ses travaux sur les relations entre monde juif et Europe, replace l’émergence du sionisme dans le contexte historique, social et intellectuel du XIXᵉ siècle, loin des reconstitutions apologétiques ou des jugements contemporains simplistes. L’occasion d’aller au-delà de la mystification.

L’auteur commence par montrer comment la condition diasporique des Juifs – marquée par l’exclusion, les accusations religieuses et les violences répétées – s’est progressivement transformée en aspiration à une libération nationale : non pas seulement tolérer le monde, mais s’y affirmer comme nation souveraine. Le mouvement s’inscrit, selon lui, dans la logique des transformations du siècle : révolution française, sécularisation, émergence des nationalismes.

L’ouvrage raconte l’évolution du sionisme depuis ses origines dans l’Empire russe et la Palestine ottomane, en passant par l’influence des penseurs et militants (de Theodor Herzl aux leaders des premières aliya), jusqu’aux étapes décisives de l’entre-deux-guerres. Bensoussan met en lumière les tensions internes au mouvement, entre courants politique, religieux, culturel ou social, et les débats sur la nature même de l’État à créer.

L’intérêt de cet ouvrage tient aussi à son regard nuancé sur la réception du sionisme : loin d’être une idéologie monolithique, il fut tour à tour perçu comme une solution moderne à la condition juive, mais aussi comme un objet de critiques virulentes, assimilé à tort ou à raison à des formes de nationalisme exclusif ou de « colonialisme » par certains de ses adversaires. Bensoussan ne récuse pas ces lectures contemporaines, mais les situe dans leurs contextes intellectuels et politiques, évitant ainsi l’écueil d’une histoire morale ou téléologique. À travers plus d’un millier de pages, l’auteur engage le lecteur dans une réflexion profonde sur ce que signifie penser une nation, une langue, un territoire à une époque où les cadres traditionnels de la foi et de l’appartenance sont profondément transformés. Si le format volumineux peut intimider, l’ouvrage s’impose comme une référence essentielle pour qui veut comprendre les fondements historiques du sionisme et les multiples enjeux dont il fut porteur entre 1860 et 1950. TY

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Christophe Bellon, Waldeck-Rousseau. Sauver la République, CNRS Éditions, 2025, 544 p. 26 euros.

Dans une époque où l’on interroge sans cesse les fondements et la vitalité de nos démocraties, le magistral portrait que dresse Christophe Bellon de Pierre Waldeck-Rousseau est une lecture essentielle, passionnante, et profondément actuelle.  Loin de n’être qu’une biographie académique, Waldeck-Rousseau — Sauver la République est une œuvre qui redonne chair et souffle à l’un des artisans les plus méconnus de la Troisième République française. Historien rigoureux de la période et auteur d’une remarquable biographie d’Aristide Briand, Christophe BELLON, réussit un tour de force : faire d’un homme que l’histoire a trop souvent laissé dans l’ombre une figure vivante, complexe et profondément humaine.  Car Waldeck-Rousseau n’est pas seulement « l’homme qui a mis fin à l’affaire Dreyfus », ou l’auteur des grandes lois qui structurent encore notre droit social (liberté syndicale en 1884, droit des associations en 1901) : il est ici présenté en stratège politique et moral, tiraillé entre ses convictions, les tempêtes de son temps et l’exigence républicaine.

Ce qui frappe d’emblée dans ce livre, c’est la double intensité de l’écriture de Bellon : érudition précise et narration élégante. L’auteur nous transporte dans les coulisses de la République menacée à la fin du XIXᵉ siècle, alors que crises sociales, scandales politiques et antagonismes religieux secouent la France. Waldeck-Rousseau apparaît comme l’homme du centre — non par convenance, mais par conviction profonde — qui a su incarner un compromis républicain, conciliant fermeté et ouverture, autorité et liberté.  Le portrait que Bellon trace est celui d’un républicain attachant et courageux, dont la timidité naturelle et le désintéressement impressionnent autant que l’intelligence politique. Il est à la fois le garant de l’ordre républicain, capable de tenir les rênes du pouvoir avec sang-froid, et le bâtisseur discret de réformes sociales durables. L’occasion pour le lecteur de revisiter l’histoire politique française avec une acuité renouvelée, et comprendre comment une figure oubliée a forgé des institutions et des équilibres encore vivants.

Tigrane Yégavian

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