Livres 6 février

6 février 2026

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Livres 6 février

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CIA, Mossad, espionnage, Union européenne, Uzbin. Aperçu des livres de la semaine

Antoine Mariotti, L’agence. Histoires secrètes de la CIA, Texto, 2026, 11 €

Après l’épisode du 11 septembre 2001, la Central Intelligence Agency (CIA) doit plus que jamais être présente afin de comprendre comment un tel drame a pu se produire. Dans cet ouvrage, qui retrace les vingt-cinq années suivant cet événement, le journaliste Antoine Mariotti plonge le lecteur dans les coulisses de la CIA à travers des dialogues, des entretiens ou encore des témoignages d’anciens espions et directeurs de l’institution. Grâce au travail de Mariotti, les secrets de la plus grande agence de renseignement du monde sont enfin dévoilés, tant dans leurs réussites que dans leurs échecs.

Michel Bar-Zohar, Nissim Mishal, Les Amazones du Mossad : au cœur des services secrets israéliens, Texto, 2026, 11,50

Les Amazones du Mossad : au cœur des services secrets israéliens est l’un des rares ouvrages qui explore de manière très précise le rôle et l’implication des femmes dans le service de renseignement. Michel Bar-Zohar et Nissim Mishal nous présentent une série d’histoires époustouflantes relatant les différentes missions que ces espionnes ont dû accomplir. Des figures marquantes sont mises en lumière telles que Sylvia, connue pour son rôle clé auprès du roi Hussein de Jordanie, puis pour sa traque des terroristes de Septembre noir. À travers ces récits historiques, nous découvrons des femmes, dont le courage et la détermination illustrent un travail essentiel et jusque-là peu connu.

Ghislain Benhessa, Nos vrais maîtres : Histoire secrète des hommes qui vendent la France à l’UE, L’Artilleur, 2026, 17,90 €

Ghislain Benhessa, avocat et docteur en droit, dénonce dans un livre engagé les mécanismes juridiques de l’Union européenne qui privent les États de leurs souverainetés démocratiques. Les politiques ne sont en réalité que des pions, obéissant à des règles et des normes établies par ce que Benhessa appelle « les hommes en noir ». Mais cette situation est le résultat d’une longue construction menée par des acteurs ayant œuvré à ce projet. En retraçant l’histoire et le rôle de certaines figures fondatrices de l’Union européenne, comme Walter Hallstein ou Maurice Lagrange, Ghislain Benhessa expose les raisons qui ont permis la primauté juridique européenne. La Cour de justice, contrôlée par les juges, semble être selon lui le véritable centre de décisions, instrumentalisant le droit pour leurs intérêts et non celui des États.

Yannick Barthe, L’affaire d’Uzbin : La mort combattante en procès, CNRS Éditions, 2025, 23€

Dans L’affaire d’Uzbin, Le sociologue Yannick Barthe analyse l’embuscade du 18 août 2008 en Afghanistan pour répondre à une question bien plus profonde sur la mort des soldats en mission. En effet, durant le tragique événement survenu dans la vallée d’Uzbin, dix soldats français perdent la vie et vingt-et-un autres sont blessés. Un an après, en 2009, plusieurs familles des disparus portent plainte contre X pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. C’est la première fois que cela arrive, transformant ainsi ce fait de guerre en fait juridique et moral. Yannick Barthe tente dans cet ouvrage non pas d’apporter des faits supplémentaires, mais de comprendre ce qui a rendu possible le procès de la mort combattante. Pour ce faire, il s’appuie sur le phénomène qu’il nomme le « blaming » consistant à attribuer un événement dommageable à un tiers plutôt qu’à un accident. La mort fait-elle partie du combat ou est-elle imputable à la responsabilité des supérieurs et de l’organisation militaire ?

Rémi Kauffer, Dictionnaire mondiale de l’espionnage, Perrin, 27 €

Quiconque s’est déjà penché sur l’histoire du renseignement sait à quel point cet univers suscite autant d’excitation que de frustration. Les cartons d’archives, une fois déclassifiés ou obtenus après moultes procédures dérogatoires, se révèlent généralement épurés et fragmentaires. D’ailleurs, l’essentiel ne figure jamais sur le papier, même frappé du sceau rouge du secret : cela serait encore bien trop compromettant. Les agents ne confient leurs souvenirs qu’à la tombe. Ainsi, notre connaissance de cet arrière-monde demeure superficielle et, la plupart du temps, nous ne faisons qu’effleurer la surface d’un iceberg aux ramifications aussi gigantesques qu’obscures.

Pourtant, Rémi Kauffer, dans son Dictionnaire mondial de l’espionnage, réalise le tour de force de renouveler le sujet. Le néophyte comme l’expert averti y trouveront de quoi rassasier leur curiosité. Surtout, comme le rappelle Kauffer en préambule, ce livre n’est pas une encyclopédie. Prétendre à l’omniscience sur un sujet aussi occulte serait bien présomptueux. Plus modestement, mais avec plus d’efficacité, l’auteur propose un précipité de l’espionnage à travers les âges.

De notice en notice, le lecteur voyage de Jules César à Byzance, en passant par les Vikings. Bien entendu, les grands maîtres espions sont autant de point de passages obligés : le comte Alexandre de Marenches, les Cinq de Cambridge, le Père Joseph du Tremblay, éminence grise de Richelieu et organisateur du premier service de renseignement français. Plus originales, d’autres figures plus inattendues apparaissent, comme Irving Brown, le grand argentier de la CIA dans les centrales syndicales européennes. Détesté par les communistes et sous surveillance constante du SDECE, il est en grande partie à l’origine de la fondation de Force Ouvrière en 1948.

L’ouvrage fait également la part belle au jargon des services : quel est le profil d’un agent dormant ? Comment organise-t-on un parcours de sécurité ? Qu’est-ce qu’une opération sous faux drapeau ? Les bippeurs et l’intelligence artificielle font à ce titre une entrée remarquée dans ce panthéon.

Enfin, ce dictionnaire a le mérite de sortir le renseignement d’un certain occidentalocentrisme, où la mythologie de la Guerre Froide l’avait en grande partie confiné. Dans un monde de plus en plus multipolaire, d’autres pôles de puissance émergent en quête de sécurité et d’avantages compétitifs. Ces services, qu’ils soient chinois, arabes, iraniens ou indiens, ont tous au moins un point commun : ils sont issus de vieilles civilisations et ont su combiner génie national et apport occidental. Longtemps cantonnés au contre-espionnage, ces services sont aujourd’hui de véritables acteurs globaux, capables d’opérer partout sur la planète. Encore une preuve de la désoccidentalisation du monde.

TJ

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