Martinique : le RPPRAC menace de « reprendre le combat » après le 19 octobre

29 septembre 2026

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Martinique : le RPPRAC menace de « reprendre le combat » après le 19 octobre

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  • Le 2 septembre 2026, le RPPRAC a donné aux autorités et aux acteurs économiques jusqu’au 19 octobre pour obtenir des « résultats concrets » sur les prix.

  • Faute d’avancées, le collectif martiniquais contre la vie chère menace de « reprendre le combat » — ravivant le spectre des violences de 2024.

Le 2 septembre 2026, le RPPRAC a adressé un ultimatum aux autorités françaises et aux acteurs économiques martiniquais. Le collectif à l’origine des manifestations contre la vie chère leur laisse jusqu’au 19 octobre pour obtenir « des résultats concrets » sur les prix en Martinique. Faute d’avancées, le collectif « reprendra le combat ». Ses dirigeants, Rodrigue Petitot et Gwladys Roger, ne détaillent pas les actions qu’ils envisagent, mais certaines de leurs déclarations font craindre un retour des violences.

Le 16 octobre 2026 marquera le deuxième anniversaire du « Protocole d’objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère » en Martinique. Signé par l’État, la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) et des acteurs économiques locaux, notamment des grands distributeurs, il a supprimé certaines taxes sur 6 000 produits de première nécessité, sans hausse des marges, afin d’en faire baisser les prix.

Un ultimatum pour le deuxième anniversaire du protocole

Ce protocole constitue l’une des principales réponses des pouvoirs publics aux manifestations contre la vie chère de l’automne 2024 en Martinique. Elles ont été organisées à l’initiative du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes (RPPRAC), un collectif créé par Rodrigue Petitot. Avant son arrivée en Martinique, ce dernier avait été condamné à dix ans de prison dans une affaire de trafic de stupéfiants.

Le 2 septembre 2026, à l’approche de cet anniversaire, le RPPRAC a publié un communiqué sous forme d’ultimatum. Son président Rodrigue Petitot et sa vice-présidente Gwladys Roger y reconnaissent plusieurs avancées : « baisse de certaines taxes, dispositifs sur plusieurs milliers de références, contrôles renforcés, nouveaux rapports, travaux parlementaires, projet de loi sur la vie chère ». Le communiqué ne mentionne toutefois pas la baisse moyenne de 11,3 % enregistrée sur les prix des produits « CTM-État » concernés par le protocole. Les deux signataires réclament en revanche d’autres « mesures essentielles », parmi lesquelles une « réduction effective des frais d’approche », la mise en place d’un « tarif export », le « développement des approvisionnements régionaux » et même une « réforme structurelle » du modèle économique martiniquais.

Le RPPRAC exige que les acteurs institutionnels et économiques « respectent leurs engagements ». Le collectif leur donne jusqu’au 19 octobre 2026 pour obtenir « des résultats concrets, vérifiables et visibles dans les prix payés par la population ». À défaut, Rodrigue Petitot et Gwladys Roger préviennent que « le combat reprendra ».

Le précédent des violences de 2024-2025

Cet ultimatum fait ressurgir le spectre des violences urbaines de l’automne 2024. Les manifestations contre la vie chère avaient alors régulièrement dégénéré en émeutes, qui se poursuivaient jusque dans la nuit. Ces échauffourées avaient à plusieurs reprises paralysé l’activité sur l’île et causé plusieurs millions d’euros de dégâts. Un an plus tard, en septembre 2025, plusieurs émeutes nocturnes ont également éclaté, systématiquement après des manifestations du RPPRAC.

Si le collectif a toujours nié être à l’origine de ces violences, le préfet de Martinique, Étienne Desplanques, a évoqué un « lien » probable entre les émeutiers et le RPPRAC. La députée PS Béatrice Bellay a elle aussi établi ce rapprochement, affirmant qu’après « chaque mobilisation » du collectif, des « exactions » visaient les mêmes quartiers de Fort-de-France, notamment Sainte-Thérèse, où réside Rodrigue Petitot.

La justice a également mis en cause le président du RPPRAC pour des faits commis au cours de cette période. En novembre 2024, le « R » — un surnom hérité de ses années en prison — s’est introduit illégalement dans la résidence du préfet de Martinique, dans le but de l’intimider. Le même mois, il a menacé plusieurs maires martiniquais de violences dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Pour ces deux infractions, Rodrigue Petitot a été condamné à des peines de douze et six mois de détention à domicile sous surveillance électronique.

« Une surprise pour ceux qui verront le mouvement arriver à leur porte »

Interrogée sur la forme que pourrait prendre le « combat » du RPPRAC à l’expiration de l’ultimatum, Gwladys Roger a refusé d’entrer dans les détails : « Nous ne dévoilons jamais nos intentions à l’avance. Ce sera une surprise pour ceux qui verront le mouvement arriver à leur porte. Nous irons sur le terrain et nous emploierons les moyens nécessaires pour contraindre les décisionnaires à respecter le peuple martiniquais. »

« Nous ne dévoilons jamais nos intentions à l’avance. Ce sera une surprise pour ceux qui verront le mouvement arriver à leur porte. »
— Gwladys Roger, vice-présidente du RPPRAC

La menace sous-jacente de cette déclaration laisse craindre un retour de la violence. Plusieurs Martiniquais ont d’ailleurs confié à France-Antilles leur peur de nouveaux débordements. « Est-ce que ça va changer ? Avec tout ce qui s’est passé les dernières fois, des magasins qui ont disparu, des voitures qui ont brûlé… alors si ça doit se passer comme ça… Il y a des gens qui ont perdu leur emploi, leur commerce », témoigne une habitante de Fort-de-France.

« Des magasins qui ont disparu, des voitures qui ont brûlé… Il y a des gens qui ont perdu leur emploi, leur commerce. »
— une habitante de Fort-de-France

Au-delà de ces inquiétudes, la capacité de mobilisation du RPPRAC semble avoir reculé. À l’automne 2024, le collectif pouvait réunir des centaines, parfois des milliers de personnes. Le 24 septembre 2026, le RPPRAC a appelé à manifester devant le siège de la CTM pour contester la gestion financière de la collectivité : une trentaine de personnes étaient présentes. Déjà, en septembre 2025, ses appels n’avaient mobilisé que quelques dizaines de militants.

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À propos de l’auteur
Louis du Breil

Louis du Breil

Louis du Breil est journaliste et grand reporter. Il travaille sur les enjeux géoéconomiques et de sécurité internationale.