Cette carte illustre l’une des singularités majeures des Jeux olympiques d’hiver de Milan Cortina 2026 : une dispersion géographique inédite des sites de compétition, étalés sur près de 300 kilomètres à travers le nord de l’Italie alpine. Loin du modèle classique d’un pôle urbain adossé à une ou deux stations de montagne, l’événement repose sur un archipel de sites spécialisés, reliés par de longues distances et des infrastructures de transport sous forte contrainte.
Premier constat : la dissociation nette entre les sites urbains et les sites alpins. Milan accueille la cérémonie d’ouverture ainsi que les épreuves de glace (hockey, patinage artistique, patinage de vitesse, short-track), tandis que Vérone, à 140 kilomètres, est choisie pour la cérémonie de clôture. Ce choix symbolique affirme l’ancrage national de l’événement, mais il impose aussi une logistique lourde, tant pour les athlètes que pour les délégations et les médias.
En montagne, les sites sont spécialisés par discipline et largement dispersés. Cortina d’Ampezzo concentre le ski alpin féminin, le curling et les sports de glisse en piste (bobsleigh, luge, skeleton), Predazzo et Tesero accueillent les épreuves nordiques, Anterselva le biathlon, Bormio le ski alpin masculin et le ski alpinisme, tandis que Livigno est dédié au ski freestyle et au snowboard. Les distances, parfois supérieures à 250 kilomètres entre Milan et certains sites alpins, traduisent un éclatement territorial sans précédent à cette échelle pour des Jeux d’hiver.
Cette dispersion n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un choix stratégique assumé par les organisateurs. Elle vise à limiter la construction de nouvelles infrastructures lourdes en réutilisant des sites existants ou temporaires, dans un contexte de critiques croissantes sur l’impact environnemental et financier des grands événements sportifs. La carte rappelle ainsi que certaines installations seront temporaires ou partagées entre plusieurs lieux, signe d’un compromis entre ambition olympique et sobriété affichée.
Cependant, cette géographie éclatée soulève de nombreux défis opérationnels. Les temps de trajet, la coordination des transports, la sécurité et la gestion des flux humains deviennent des enjeux centraux. Dans un environnement alpin soumis aux aléas climatiques hivernaux, la fiabilité des liaisons routières et ferroviaires sera déterminante pour le bon déroulement des compétitions. La carte met en évidence des distances « à vol d’oiseau » qui masquent parfois des parcours bien plus longs et complexes en réalité.
Au-delà de la logistique, cette configuration interroge la nature même des Jeux olympiques. Milan Cortina 2026 s’inscrit dans un modèle post-mégaprojets, où les Jeux ne sont plus concentrés dans un seul territoire transformé pour l’événement, mais disséminés dans des espaces déjà aménagés. Ce choix réduit certains coûts et impacts, mais il dilue aussi l’expérience olympique, tant pour les spectateurs que pour les villes hôtes.
En donnant à voir l’étendue et la fragmentation des sites, la carte révèle ainsi un tournant dans l’histoire des Jeux d’hiver. Milan Cortina 2026 ne sera pas seulement une compétition sportive, mais un test grandeur nature d’un modèle olympique plus sobre, plus décentralisé, mais aussi plus complexe à orchestrer.











