Retour en Ukraine

28 juin 2014

Temps de lecture : 2 minutes

Photo : Le 3 mai 2014, un activiste pro-russe brûle un drapeau ukrainien à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, Auteurs : FRANCESCA VOLPI/SIPA, Numéro de reportage : 00682746_000004.

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La leçon des cartes est sans appel : les élections ukrainiennes n’ont pas apaisé les divisions, elles les révèlent au contraire

La géopolitique s’écrit avec des cartes. Je vous en propose deux en guise d’éditorial, d’autant plus intéressantes que vous ne les avez pas vues dans les grands médias français.

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La première présente les abstentions lors des élections présidentielles ukrainiennes de mai dernier. On vous a parlé d’une participation considérable, de foules qui se précipitaient pour voter… Au total, 18,5 millions de bulletins contre 24 lors du scrutin de 2010, 59,7 % de taux participation contre 65 %. Sans doute l’impossibilité d’organiser le vote dans les oblasts séparatistes de l’Est contribue-t-elle à ce résultat décevant, mais pas seulement. Dans le Sud et l’Ouest russophones, le taux de participation est partout inférieur à 50 ou 55 %.

Dans ces mêmes régions, la seconde carte en témoigne, Poroshenko obtient moins de 50 % des voix alors qu’il emporte 55 % des suffrages au niveau national avec des pointes de plus de 75 % autour de Lvov. On vous a parlé d’une élection triomphale ; c’est vrai dans l’Ouest du pays, beaucoup moins dans le Centre. Et dans l’Est, entre voter ce qui prouve que les séparatistes tiennent solidement cet oblast.

« Poutine a gagné la Crimée et perdu l’Ukraine » ont expliqué ensemble Dominique Moïsi dans Les Échos et Jeffrey Mankoff dans Foreign Affairs. Il a gagné la Crimée, sans doute, ou plutôt il a évité de perdre Sébastopol. Quant au reste de l’Ukraine, écrasée sous les dettes, en pleine récession, au bord de la guerre civile, faut-il se féliciter de l’avoir « gagnée » et d’être en charge de son redressement et de sa pacification ? La note s’élève déjà à 19 milliards de dollars, et ce n’est qu’un début.

La leçon des cartes est sans appel, c’est leur supériorité sur les mots qui peuvent toujours se retourner : les élections ukrainiennes n’ont pas apaisé les divisions du pays, elles les révèlent au contraire, les avivent peut-être ; elles autorisent Poroshenko à utiliser la manière forte pour reconquérir l’Est, elles l’y forcent même sous la pression des plus radicaux de ses soutiens, au risque de rendre la fracture du pays irréversible. Poutine n’a pas encore perdu.
Il attend.

Crédit photo : sugarmeloncom via Flickr (cc)

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À propos de l’auteur
Pascal Gauchon

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