Sebastiao Salgado, le dessinateur de lumière

13 octobre 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Sebastiao Salgado, le dessinateur de lumière ©Renato Amoroso0020.2019
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Sebastiao Salgado, le dessinateur de lumière

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Le photographe Sebastiao Salgado expose à la Philharmonie de Paris ses prises de vues de l’Amazonie. Paysages et populations, une immersion dans la complexité amazonienne.

La Philharmonie de Paris présente jusqu’à fin octobre une exposition du photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado consacrée à l’Amazonie. Disposés sur les murs ou suspendus au plafond, les tirages éblouissants de ce spécialiste du noir et blanc dardent une lumière si puissante qu’on la croirait sortie d’un écran. Les paysages aériens somptueux d’une luxuriante nature tropicale se mêlent à des portraits d’autochtones d’une grande dignité. Les jeux d’ombres et de clarté signalent constamment le regard du photographe et semblent donner vie aux scènes qu’il dessine.

Archipel fluvial de Mariua Rio Negro, État d’Amazonie, Bresil © Sebastião SALGADO

Car il s’agit bien de dessin. Au début du documentaire Le Sel de la terre qui porte sur l’œuvre de Sebastiao Salgado, le réalisateur allemand Wim Wenders renvoie l’auditeur à l’étymologie du mot « photographie » qui veut dire « dessiner la lumière » (du grec photos, la lumière ou la clarté et graphein, dessiner ou peindre). La photographie est une image artistique qui surgit d’un regard et fixe le temps. C’est pour cette raison qu’au-delà du potentiel symbolique qu’il peut cacher, un tirage est réussi quand il exprime la vie telle qu’elle est, quand il manifeste avec densité ce qu’une posture, une expression de visage ou même un simple objet peut avoir de concret et d’unique. Le travail de Salgado en est un émouvant témoignage. Ses photos ne mentent pas. Ses portraits semblent dépouiller dans une force invraisemblable toute la vérité de l’existence humaine.

Famille Korubo, État d’Amazonas, Brésil, 2017 © Sebastiao Salgado

Chaman Yanomami en rituel avant la montée vers le Pico da Neblina – État d’Amazonie, Brésil, 2014
© Sebastião SALGADO

Pour en arriver à ce degré de représentation de la vie, Salgado s’appuie sur une longue expérience de photo-reporter. Que ce soient dans les mines d’or du Brésil, durant les famines en Éthiopie ou au Sahel, durant la guerre dans les Balkans ou le génocide du Rwanda, il a cherché pendant la première partie de son parcours à saisir la dignité de l’homme au milieu des plus grandes tragédies. À la suite du génocide rwandais, Sebastiao Salgado s’éloigna des phénomènes sociaux pour se consacrer à la beauté de la nature et des peuples primitifs. Cette exposition baptisée Amazônia en est le dernier fruit. Elle est accompagnée d’une création sonore composée à partir des bruits de la forêt tropicale qui aide l’observateur à mobiliser ses sens vers l’objet de son attention.

Les organisateurs et Salgado lui-même insistent sur les objectifs contemporains de ces photos à savoir la protection de l’environnement, celle des peuples primitifs de l’Amazonie et la lutte contre la déforestation. Toutefois, la beauté de ces photographies par leur simple pouvoir d’apparition impose à l’observateur une certaine distance dans laquelle s’évanouit l’objectif utile ou politique. D’ailleurs, dans les dernières lignes de son autobiographie, Sebastiao Salgado le dit très clairement : « Ma photographie, ce n’est pas un militantisme, ce n’est pas une profession. C’est ma vie[1] ».

Les Anavilhanas, îles boisées du Rio Negro, État d’Amazonie, Brésil,2009
© Sebastião SALGADO

Expo Salgado par Gil Lefauconnier

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[1] Sebastiao Salgado et Isabelle Francq, De ma terre à la terre, Pocket, 2013, p.150.

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À propos de l’auteur
Louis du Breil

Louis du Breil

Louis du Breil est journaliste.
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