<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Idée reçue – Le syndrome de Munich… ou la lâcheté des démocraties?

2 juillet 2020

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Chamberlain, Daladier, Hitler et Mussolini signent les accords de Munich © Wikimedia
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Idée reçue – Le syndrome de Munich… ou la lâcheté des démocraties?

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 « Tout le monde sait que » l’issue désastreuse de la conférence de Munich (29-30 septembre 1938) est due à la pusillanimité de la France et du Royaume-Uni face aux rodomontades hitlériennes. Certes, céder au Führer sur les Sudètes, minorité germanophone vivant dans l’ouest de la Tchécoslovaquie, revenait à trahir un des rares alliés fiables de l’Occident, et la dernière démocratie, dans cette Europe centrale dirigée depuis au moins une décennie par des dictatures nationalistes, souvent militaires. Mais si la décision en incombe à Édouard Daladier (1884-1970) et Neville Chamberlain (1869-1940), signataires avec Hitler et Mussolini, la faute n’est-elle pas plus largement partagée ? Et y avait-il une autre issue ?

La résistance de la France et du Royaume-Uni

Durant la marche à la guerre des années 1930, la France et le Royaume-Uni sont bien seuls à essayer de résister à l’Allemagne. La Pologne et la Belgique, alliées de la France depuis la Grande Guerre, ont pris leurs distances : la première a signé un pacte de non-agression avec Hitler dès 1934 et participera au dépeçage de la Tchécoslovaquie après Munich, comme la Hongrie ; la seconde a décidé en 1936 de revenir à sa neutralité d’avant 1914 (efficace, comme l’on sait…) et vient d’organiser des manœuvres militaires pour simuler une invasion… par le sud ! Quant aux États-Unis, le président Roosevelt a les mains liées par le Congrès qui renouvelle depuis 1935 des lois de neutralité empêchant toute aide économique ou militaire, par crainte d’un engrenage similaire à celui de 1917, et par rancune envers les Franco-Britanniques qui ne remboursent plus leurs dettes depuis l’annulation des réparations allemandes en 1932.

En septembre 1938, la France est prête à honorer ses engagements envers la Tchécoslovaquie, puisqu’elle enclenche sa mobilisation le 24. Pourtant, la situation n’est guère favorable ; malgré un effort de réarmement entamé en 1936 – deux bonnes années après l’Allemagne –, l’état de l’industrie française ne permet pas d’honorer toutes les commandes, en particulier pour l’aviation, et les renseignements fournis au gouvernement par les militaires dressent un tableau apocalyptique du futur conflit : des villes livrées aux bombardiers ennemis, une armée sans couverture aérienne au bout de quelques semaines, bref une défaite assurée. Menacée d’une attaque sur trois fronts depuis l’Anschluss[1], la Tchécoslovaquie aurait aussi peu de chances d’être sauvée que la Pologne en 1939.

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La volonté d’éviter la guerre

Au Royaume-Uni, le réarmement est aussi laborieux et contesté qu’en France : en septembre 1938, le chasseur Spitfire, qui sauvera l’Angleterre à l’été 1940, est à peine opérationnel ; il y en aura une centaine un an plus tard et plus du double en mai 1940. L’opinion, comme en France, adhère massivement à l’appeasement, politique fondée sur la conviction qu’on peut éviter la guerre – pas seulement la retarder. Chamberlain croit toucher au but à Munich puisque Hitler, ayant obtenu la cession de la zone des Sudètes, signe un engagement à ne plus présenter aucune revendication en Europe ; c’est ce document que le Premier ministre brandit fièrement à sa descente d’avion le 30, estimant avoir assuré « la paix pour notre temps ». Daladier, sceptique, mais circonvenu par les Anglais et son propre ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet, autre partisan de l’appeasement, aurait marmonné en voyant la foule également venue l’acclamer, mais au Bourget[2] : « Ah ! les cons, s’ils savaient… »

Selon la formule de Duff Cooper[3], Munich n’a sauvé ni la paix ni l’honneur. Mais sauver l’honneur en déclarant la guerre un an plus tôt aurait-il apporté le succès ? Ce n’est pas à Munich que les démocraties ont fait preuve de lâcheté, c’est pendant toutes les années 1930, quand le pacifisme absolu les poussa à désarmer et à réduire la durée du service militaire, alors que les classes creuses de la Grande Guerre arrivaient à l’âge de la conscription. Munich est l’exemple même du non-choix, de la solution impossible, faute d’une politique assez prévoyante à moyen et long terme.

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[1] Annexion de l’Autriche par l’Allemagne, en mars 1938.

[2] L’exclamation, peu protocolaire, est rapportée par Jean-Paul Sartre et par le propre fils de Daladier.

[3] Voir  Conflits n°7, p. 79

À propos de l’auteur
Pierre Royer

Pierre Royer

Agrégé d’histoire et diplômé de Sciences-Po Paris, Pierre Royer, 53 ans, enseigne au lycée Claude Monet et en classes préparatoires privées dans le groupe Ipesup-Prepasup à Paris. Ses centres d’intérêt sont l’histoire des conflits, en particulier au xxe siècle, et la géopolitique des océans. Dernier ouvrage paru : Dicoatlas de la Grande Guerre, Belin, 2013.
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