Les marins : les naufragés oubliés de la Covid-19

7 août 2020

Temps de lecture : 2 minutes
Photo : (c) Pixabay
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Les marins : les naufragés oubliés de la Covid-19

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Le transport maritime est un rouage essentiel de notre économie mondialisée, puisque 90% du commerce mondial passe par cette voie. Il a bien sûr été touché de plein fouet par la crise de la Covid-19, même si le trafic a relativement peu baissé. En revanche, les marins sont déjà largement victimes d’une catastrophe qui impacte leurs conditions de vie à tous les niveaux.

 

Le transport maritime se révèle en effet très dépendant des autres rouages de l’économie mondialisée. Dans le cas des marins, la fermeture des frontières, les restrictions au débarquement ainsi que la limitation des vols internationaux ont créé un véritable effet de ciseau : d’un côté les marins doivent rester à bord en permanence, et de l’autre, ils ne peuvent plus être relevés, alors qu’en temps normal, ils passent déjà plusieurs mois à bord. Aujourd’hui, il y aurait ainsi 300 000 marins qui sont coincés sur leur navire sans pouvoir être rapatriés, parmi lesquels certains ont déjà passé le cap des 12 mois d’embarquement. Des navires se retrouvent également en quarantaine, certains ports étant plus stricts que d’autres, ce qui rajoute alors une épreuve supplémentaire. Et l’accès aux soins est devenu plus compliqué, qu’il y ait ou non contamination par la Covid-19.

Par ailleurs, cette crise est aussi lourde de conséquences pour les marins qui se trouvaient à terre lors de sa survenue. La plupart d’entre eux ne sont payés que lorsqu’ils embarquent, et sont donc privés de revenu, faute de pouvoir travailler. En tout cas, qu’ils aient été bloqués à terre ou en mer, une partie des marins souhaitera opter pour une reconversion à terre, créant ainsi une pénurie de personnel qualifié qui constituerait un problème supplémentaire à gérer.

 

Peu d’amélioration de la situation

Malgré la réouverture progressive des frontières, la situation ne semble pas devoir s’arranger significativement dans l’immédiat, d’autant que fin juillet, Hong Kong et Singapour, deux places majeures du transport maritime, ont remis des restrictions, réservant la possibilité de relève aux navires en opérations commerciales pour la première et aux navires battant son pavillon pour la seconde.De plus, lorsque les relèves d’équipage sont possibles, elle ne se font pas toujours dans des conditions optimales pour les marins : ils doivent parfois subir des périodes de quarantaines dans des installations sommaires.

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Les compagnies maritimes étant déstabilisées sur le plan financier, un autre problème risque de s’accroître dans les temps à venir, celui des abandons. En effet, lorsqu’une compagnie maritime est en difficulté, ses navires peuvent se retrouver bloqués à quai, et leur équipage avec. Outre la recrudescence du phénomène, il est évident que si des marins soutenus par une compagnie bien portante ont toutes les difficultés du monde pour rentrer à la maison, cela ne sera pas plus facile pour ceux qui ne le sont pas. Dans une région comme le golfe Persique, où les abandons sont déjà un problème en temps normal, la situation risque d’être intenable, car elle est lourdement frappée par la Covid-19.

Cette crise est décrite par certains comme la pire qu’a connue le monde maritime depuis un demi-siècle. En dépit du fait qu’ils sont indispensables à la bonne marche de l’économie mondialisée, le sort des marins ne semble émouvoir qu’à la marge. Ce qui se passe en mer reste en mer.

 

 

À propos de l’auteur
Jean-Yves Bouffet

Jean-Yves Bouffet

Officier de la marine marchande. Doctorant en criminologie.
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