<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Qui achètera l’Inde ?

12 avril 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Pont Kolkata, à Calcutta, Inde.
Abonnement Conflits

Qui achètera l’Inde ?

par

L’Inde attire de nombreux investisseurs, mais ce pays est-il sûr et peut-il avoir de grands intérêts pour les investissements ?

 

Article de Udith Sikand publié sur Gavekal

 

Mardi, l’indice du dollar américain a atteint son plus haut niveau depuis cinq mois et les rendements du Trésor ont poursuivi leur progression ininterrompue. Le même jour, la roupie indienne, devise la mieux valorisée des marchés émergents cette année, a plongé à son plus bas niveau en un mois. Le durcissement des conditions financières, couplée à l’aggravation de la situation sanitaire liée au Covid-19, a amené les investisseurs à reconsidérer leur idée, étonnante, selon laquelle l’Inde était la valeur refuge des marchés émergents. A juste raison, car les tendances macroéconomiques qui ont permis à la roupie de se surpasser ont diminué, menaçant le marché indien des actions, en surchauffe, que l’année dernière a vu doubler et même davantage (en dollars américains).

 

Ce sont sans doute les actions indiennes qui ont le plus tiré profit des injections de liquidités effectuées par les banques centrales des marchés développés. Après avoir fait face à des sorties de capitaux au début de la pandémie, les entrées de capitaux « non-résidents » dans les actions indiennes avaient dépassé le montant impressionnant de 23 milliards de dollars US fin 2020. Cette tendance s’est poursuivie en janvier et février, avec un afflux de 7,5 milliards de dollars vers les actions indiennes, contre 3 milliards de dollars pour l’ensemble des marchés émergents (hors Chine).

 

Un tel afflux d’argent traduit l’espoir d’un rebond rapide, vers des niveaux d’activité pré-pandémiques, d’une économie durement touchée par un confinement intraitable de mars à mai. Nombre de largesses fiscales étaient prévues pour soutenir cette reprise. En outre, à l’automne, l’Italie s’est distinguée de la tendance mondiale à de nouvelles vagues d’infections par le Covid-19 qui frappaient bien des pays. Cela a suscité des espoirs quelque peu fantaisistes d’un saut vers l’immunité collective naturelle. Toutefois, en tant que centre mondial de production de vaccins, l’Inde conserve clairement un avantage sur les autres pays émergents en ce qui concerne la vaccination des adultes.

A lire aussi : Chine, Inde, Japon : géants de la production et de l’importation

Fragilité sanitaire

 

Hélas, en réalité, la situation de la Covid en Inde n’a fait que s’aggraver. Après une brève accalmie cet hiver, les cas marquent à nouveau une forte hausse, à un rythme quotidien de près de 60 000, soit 42 par million d’habitants, non loin du pic de 67 par million observé en septembre. Si l’on ajoute à cela la possibilité que des variants « à double mutation », qui font la une des journaux, soient à l’origine de la dernière poussée d’infections, les actions indiennes ont de quoi sembler fragiles aux yeux des investisseurs étrangers qui retirent leurs capitaux, craignant pour la croissance.

 

Il est peu probable qu’un confinement national intégral du même ordre que celui observé l’année dernière ait lieu. En effet, le PIB a chuté de 24% au deuxième trimestre 2020. Toutefois, les gouvernements des États menacent de nouvelles restrictions. Le Maharashtra, région industrielle de premier plan comprenant notamment le centre des affaires de Mumbai, a restreint les activités et envisage même un confinement total.

 

Il est difficile de quantifier l’impact de ces restrictions localisées sur la rentabilité des entreprises. Lorsque les restrictions ont été levées en juin dernier, les bénéfices ont rebondi, car, au début de la pandémie, les entreprises avaient réduit leurs coûts de main-d’œuvre et de matières premières. Cette fois-ci, les possibilités de réduire les dépenses sont moindres, car les entreprises ont mis du temps à réembaucher et le prix des principales ressources, comme le carburant, a augmenté. Par conséquent, même si les ventes ne s’effondrent pas, les perspectives de bénéfices des entreprises indiennes sont loin d’être brillantes.

 

La question monétaire

 

Il y a toutefois une lueur d’espoir, car la Banque de réserve de l’Inde a augmenté ses réserves de change d’environ 100 milliards de dollars US par rapport à l’année passée, pour les porter à 580 milliards. Cet amortisseur, apparu lorsque la banque centrale a pris des mesures pour tempérer la hausse de la roupie, devrait empêcher toute sortie désordonnée des capitaux étrangers. En fait, une sortie ordonnée de l’argent investi pourrait recevoir un accueil favorable de la part des décideurs politiques. Ces derniers ont mis en garde contre les retombées tout en s’inquiétant du fait que les rendements des obligations d’Etat restaient excessivement élevées à cause des mesures de la banque centrale touchant au change.

 

Les détracteurs de la roupie, dont le nombre ne fait que croître, devraient garder à l’esprit que, en plus de disposer d’une certaine marge de manœuvre politique, l’Inde continue d’afficher un excédent de la balance courante. Il est donc peu probable que la faiblesse de la monnaie donne lieu à une déroute. Le plus grand souci des investisseurs est l’attractivité des évaluations. Le marché indien des actions fait l’objet de surinvestissements, aussi il n’y aura pas de nouveaux acheteurs sur celui-ci tant que celle-ci n’aura pas progressé, ou qu’elle ne reflètera pas plus fidèlement la réalité d’une reprise économique qui reste lente et inégale.

A lire aussi : La réémergence économique de l’Inde : causes et conséquences

Mots-clefs : , , ,

À propos de l’auteur
Gavekal

Gavekal

Gavekal est une entreprise qui propose des analyses économiques et financières sur l'Asie, la monnaie et les marchés financiers.
La Lettre Conflits
3 fois par semaine

La newsletter de Conflits

Voir aussi

Pin It on Pinterest