Ukraine : les leçons de la guerre après quatre ans de conflit

25 février 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Officers of the firearm licensing department of the Russian National Guard Troops inspect hunting guns for fighting with enemy drones before handing them over to combat units / Konstantin Mihalchevskiy//SIPA/2503210946

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Ukraine : les leçons de la guerre après quatre ans de conflit

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Quatre ans de guerre ont fait de l’Ukraine le révélateur brutal des illusions occidentales. Une étude du CBA montre que si les formations de l’OTAN sont solides sur le papier, elles peinent à préparer les soldats à une guerre saturée de drones, marquée par la transgression permanente des règles et l’incertitude constante. Entre doctrines dépassées et équipements vulnérables, c’est toute la préparation occidentale au combat de haute intensité qui se trouve mise à l’épreuve. L’Ukraine, aujourd’hui, n’apprend plus seulement de l’Occident : elle le met face à ses propres angles morts.

Le CBA (Comeback alive initiative) est une ONG qui publie régulièrement des études sur le secteur de la sécurité et de la défense ukrainien. Sa dernière production « What Ukrainian soldiers say about NATO training ? » étudie la résilience de l’Ukraine au conflit qu’elle subit depuis quatre ans. Bien que le soutien de l’OTAN y ait joué une place importante, l’étude révèle également des décalages profonds entre les programmes étrangers et la réalité du champ de bataille ukrainien. Grâce à une méthode d’ethnographie mobile, les chercheurs ont recueilli en temps réel les impressions de recrues formées en Ukraine et à l’étranger.

Une étude à retrouver en ligne

Une vision trop normative de la guerre

Les formations d’Europe occidentale reposent sur une conception « réglementée » de la guerre, supposant un respect mutuel du droit international. Or, l’expérience ukrainienne montre que la Russie viole régulièrement ces normes. Enseigner les Conventions de Genève sans insister sur le non-respect possible par l’adversaire peut créer un faux sentiment de sécurité. Pour les Ukrainiens, intégrer l’hypothèse permanente de la transgression ennemie est une nécessité vitale.

La centralité des drones

La guerre en Ukraine s’est particulièrement illustrée par son usage constant des drones. Arme du faible au fort par excellence, ils sont aujourd’hui responsables de la majeure partie des pertes humaines et matérielles. Là aussi, les soldats n’y étaient pas formés, étant donné que les conflits précédents n’avaient pas laissés assez de leçons pour se préparer à cette menace. Dans plusieurs pays de l’OTAN, cette dimension reste sous-estimée, faute de moyens, de compréhension ou en raison de contraintes réglementaires. Cette lacune reflète un retard d’adaptation aux transformations technologiques du conflit.

Équipements et doctrines dépassés

La guerre en Ukraine a profondément modifié l’usage des équipements lourds. Les chars, désormais vulnérables aux attaques aériennes rapides, sont rarement engagés en première ligne et servent surtout d’artillerie indirecte. Pourtant, certains entraînements occidentaux continuent d’enseigner des scénarios peu réalistes, comme les duels de chars. De plus, la diversité des armes fournies par différents alliés exige des soldats une polyvalence logistique et technique que les programmes standardisés intègrent encore insuffisamment.

Programmes inadaptés et corrections informelles

De nombreux contenus pédagogiques restent inspirés des opérations en Afghanistan ou en Irak, inadaptées à une guerre de haute intensité sur le territoire national sous surveillance permanente de drones. Les officiers ukrainiens encadrant les formations à l’étranger complètent souvent officieusement les enseignements, notamment sur la guerre électronique et les tactiques anti-drones.

Enfin, le langage neutre évoquant un « ennemi potentiel » est perçu comme déconnecté par des recrues qui savent qu’elles affronteront rapidement la Russie.

Redéfinition du soldat et gestion de l’incertitude

La guerre actuelle valorise moins la force physique que l’endurance mentale et l’adaptabilité. Le « soldat idéal » ukrainien est un civil ordinaire capable de résister à un stress prolongé et à l’incertitude constante. Si les formations occidentales offrent une planification structurée et rassurante, les officiers ukrainiens soulignent qu’une trop grande habitude de la prévisibilité peut devenir un handicap dans un conflit marqué par le chaos.

Résilience organisationnelle et contraintes réglementaires

L’armée ukrainienne, s’est aussi démarqué par son autonomie logistique vis-à-vis des contrats privés. À l’inverse, les états occidentaux y restent dépendants ce qui pourrait poser un problème dans une guerre menée sur le territoire national sous frappes continues. Par ailleurs, l’environnement réglementaire strict des formations occidentales limite parfois le réalisme des exercices, contrairement aux entraînements ukrainiens proches du front.

Conclusion

L’étude met en évidence la solidité organisationnelle des programmes de l’OTAN tout en soulignant leurs limites face à une guerre technologique, intense et incertaine. Les pays d’Europe orientale semblent avoir davantage adapté leurs formations à la menace russe. L’article conclut que l’Occident gagnerait à approfondir ses échanges avec l’Ukraine, aujourd’hui l’un des rares États disposant d’une expérience directe de la guerre contemporaine.

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Tadéo d'Orsay

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