Livre – Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel

23 décembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel, Olivier Weber, Plon, 2019, 1074 pages.
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Livre – Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel

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À l’occasion des quarante ans de la disparition de Joseph Kessel, Olivier Weber, écrivain et grand reporter, livre son Dictionnaire amoureux du « Lion », ce voyageur révolté au faciès de baroudeur et au regard tendre, un témoin parmi les hommes, l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Joseph Kessel mérite d’être connu pour trois raisons : l’exploration intérieure de l’humain, le voyage à travers l’Histoire et le mélange entre le reportage et le roman.

D’origine russe, né en Argentine d’un père médecin aimant les vastes horizons et originaire d’Orenbourg, qui avait quitté la Russie des pogroms, Kessel est devenu français dans les années 20. Jeune journaliste, il a une passion pour l’écriture et pour la France … et il disait ‘Je n’ai pas une goutte de sang qui coule dans mes veines, mais c’est toute la France qui coule dans mon corps ». Romancier, reporter, correspondant de guerre, aviateur combattant, résistant, académicien … Quel roman que ses vies, certes ! Loin de la mythomanie inventive de Malraux ou de la dramaturgie soignée de Hemingway, Kessel a plongé dans une mélancolie fertile pour se délivrer de ses drames et offrir une œuvre polyphonique sur l’interprétation du monde à la fois conteur et témoin, lui qui déclarait que « la vraie la profonde raison de vivre c’est l’amour de l’homme ». Plus que reporter au long cours, chantre de la grandeur humaine, il fut chroniqueur du monde, dans le fracas des guerres et le tourment des sentiments.

Conteur des steppes, « Jef » reste un témoin parmi les hommes, un marcheur dans le siècle traversé avec passion, un compagnon des aventures les plus improbables, un coureur d’horizons qui en aurait trop vu, un chantre de la souffrance et du bonheur des êtres, quels qu’ils soient. Pour l’auteur du chant des partisans, la vie n’aura été qu’un perpétuel mouvement de balancier. Des steppes argentines où il est né en 1898 aux ors de l’Académie française, des maquis improbables aux salons littéraires. Dans ses livres et reportages d’une étonnante modernité, ce chroniqueur du monde décrit la misère, les bas-fonds, mais aussi l’espérance de Vladivostok aux bidonvilles d’Afrique, des faubourgs de Berlin sous la coupe des nazis aux mines de rubis en Haute-Birmanie sous la tutelle des fabricants, chantre de la grandeur humaine dans le fracas des guerres et le tourment des passions éternelles, soif de l’ailleurs et de l’autre qui ne fut étanchée que dans le désir d’écrire, non moins éternel.

Kessel demeure avant tout un homme de légende qui aura traversé deux conflits mondiaux, la révolution russe, maintes guerres civiles. Le monde était sa demeure, envahie par un vent entêtant, celui de l’appel au voyage. Il n’aura cessé de défier son siècle. Il le traverse comme un migrant, tels ces errants de la littérature moderne qui ont su la renouveler, Joyce, Beckett, Ionesco, Nabokov Gary ou Soljenitsyne. De l’Irlande en révolution dans les années 1920 à l’Afghanistan en proie aux appétits des empires, de l’Éthiopie esclavagiste à la Terre promise, puis Israël année 0, Kessel aura été un témoin parmi les hommes et un acteur engagé dans le siècle. Au plus près des hommes, il donne ses lettres de noblesse à la correspondance de guerre, à l’instar de Dos Passos, Hemingway, Malaparte et, avant eux, « le Loup » Jack London, que « le Lion » Kessel aurait aimé. Il brise les frontières entre le roman et le reportage, entre la fiction et « les choses vues » à la Victor Hugo. Sa vie de légende, à la vitesse des tragédies et des amours, compose une symphonie de la condition humaine qui est aussi une traversée du siècle de la littérature et du grand reportage. Au soir de sa vie, infatigable révolté, romancier dostoïevskien, il prononça ces mots :  » ce que je n’aime pas, c’est l’injustice.  » Superbe épitaphe pour les générations futures, reporters, écrivains et voyageurs.

Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel, Plon, Olivier Weber

 

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À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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