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En l’espace de deux semaines, le nouveau président béninois a visité huit pays de la sous-région.
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Une cadence inédite qui traduit une ambition politique claire : faire du Bénin un acteur central du réordonnancement régional.
Il n’a pas attendu que la poussière de la cérémonie d’investiture retombe. Moins de deux semaines après avoir prêté serment le 24 mai 2026, Romuald Wadagni avait déjà engagé une série de déplacements régionaux qui ont retenu l’attention des observateurs de la vie internationale en Afrique de l’Ouest. Nigeria, Niger, Burkina Faso, Togo, Côte d’Ivoire dans un premier temps, puis Sénégal, Mali et Guinée-Bissau le 9 juin : huit pays visités en quelques jours, dans le cadre de ce que la présidence béninoise décrit comme une diplomatie de voisinage.
Ce marathon protocolaire s’inscrit dans une logique précise, portée par un homme dont la trajectoire est elle-même une carte de visite. Après dix ans passés au ministère des Finances, où il a réformé en profondeur l’économie béninoise, Romuald Wadagni a été désigné à quatre reprises meilleur ministre africain des Finances par le journal Financial Afrik, avant d’être distingué en 2025 par The Banker comme « Ministre des Finances africain de l’année », le magazine soulignant que le Bénin avait affiché une croissance réelle supérieure à 6 % par an entre 2021 et 2023. C’est cet homme-là, formé à Deloitte, aguerri aux négociations avec le FMI et la Banque mondiale, qui entend désormais projeter cette expertise sur l’échiquier diplomatique sous-régional.
Un pont entre deux blocs
La séquence des 1er au 4 juin donne à voir toute l’ampleur de cette diplomatie offensive. En l’espace de quatre jours, pas moins de quatre pays ouest-africains ont été visités, dont deux capitales appartenant à l’Alliance des États du Sahel — Niamey et Ouagadougou — après leur retrait de la CEDEAO. Le signal politique est fort. Là où des alignements institutionnels contraignaient à une posture inconfortable face aux juntes sahéliennes, Wadagni choisit le dialogue direct, sans renier les engagements du Bénin au sein des instances régionales.
L’enjeu est double : consolider les relations avec les voisins immédiats, et contribuer au rapprochement entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel, dans un contexte régional marqué par de profondes recompositions politiques. Le Bénin occupe une position géographique qui confère à cette médiation une crédibilité singulière : pays côtier enclavant le Niger par le nord, il est naturellement désigné pour jouer ce rôle d’interface entre le littoral atlantique et le Sahel continental.
Des résultats déjà tangibles
Lors du premier périple régional, le président béninois a obtenu des avancées significatives avec le Niger, qui s’est engagé à rouvrir sa frontière avec le Bénin, fermée depuis 2023. Des progrès ont également été enregistrés avec le Burkina Faso sur les questions de transport et de commerce, tandis que les échanges avec le Nigeria et la Côte d’Ivoire ont permis de consolider les partenariats économiques et sécuritaires existants.
La réouverture de la frontière nigéro-béninoise conditionne une part substantielle du trafic de transit vers le port de Cotonou, poumon économique du pays et principale voie d’entrée des marchandises pour les États enclavés du Sahel. Sa fermeture depuis trois ans avait représenté un manque à gagner considérable pour les opérateurs béninois et pesé sur l’activité portuaire. Que Wadagni l’obtienne en quelques jours de visite illustre la valeur ajoutée d’un chef d’État disposant d’une légitimité économique que ses interlocuteurs sahéliens n’ignorent pas.
La dimension sécuritaire, pilier silencieux
La visite à Abuja occupe une place à part dans ce calendrier diplomatique. Entre le Nigeria et le Bénin, les relations bilatérales ont une densité particulière, économique, humaine, sécuritaire, que les deux pays partagent le long d’une frontière parmi les plus actives de la sous-région. Les discussions ont porté sur la coopération en matière de renseignement, le contrôle des flux transfrontaliers et la coordination face aux groupes armés qui progressent depuis le nord. Pour Wadagni, consolider ce partenariat avec la première puissance militaire d’Afrique de l’Ouest n’est pas une formalité protocolaire, c’est un investissement stratégique.
La Côte d’Ivoire comme horizon économique
La rencontre avec Alassane Ouattara à Abidjan a confirmé la volonté des deux pays de renforcer une coopération que leur poids conjugué dans l’espace UEMOA rend naturellement structurante. Bénin et Côte d’Ivoire forment deux des économies les plus dynamiques de la zone franc, l’une tournée vers le commerce de transit et la logistique portuaire, l’autre vers l’industrie et les services financiers, et leur complémentarité offre une base solide pour des partenariats à haute valeur ajoutée. Harmonisation fiscale, corridors commerciaux, marchés financiers régionaux sont autant de dossiers où l’expertise de Wadagni peut peser dans la négociation, à égalité de stature avec ses interlocuteurs ivoiriens.
Au-delà de la multiplication des visites, l’enjeu majeur reste la traduction concrète de cette activité diplomatique en résultats durables : coopération renforcée, projets économiques communs et consolidation de la stabilité régionale. Wadagni le sait mieux que quiconque. Pendant dix ans, il a appris que les annonces ne valent que par les chiffres qui les suivent.










