Livre – Winston Churchill

26 juin 2021

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Livre – Winston Churchill

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               En janvier 1950, Time Magazine avait désigné Winston Churchill « L’Homme du demi-siècle ». En juin 2000, Historia a jugé le « demi » superflu et l’a baptisé « Homme d’État du siècle ». François Kersaudy retrace l’épopée de ce monument historique.

 

Le général de Gaulle l’a décrit comme « le grand champion d’une grande entreprise, et le grand artiste d’une grande Histoire » et en ajoutant : « Dans ce grand drame ; il fut le plus grand ». Que dire de Boris Johnson qui en a rédigé une biographie admirative et qui a cherché à s’inscrire dans ses pas en réalisant le Brexit (Winston, Comment un seul homme a fait l’histoire, Stock, 2015). C’est dire l’intérêt de cette réédition de la classique biographie de Churchill par Kersaudy, qui en vingt-sept chapitres retrace l’épopée de ce titan en donnant à ceux-ci des titres très évocateurs : « un cancre brillant », « le casque et la plume », « gentleman funambule », « soliste », « chef d’orchestre », « second violon », « fausses notes », « retour à l’éternel ».

Le récit prend sa véritable dimension historique avec la description de la riche carrière d’officier de l’arrière-petit-fils du duc de Malborough, le vainqueur de la bataille de Blenheim (1704) qui a donné son nom au château familial. Le jeune cavalier du 4e Hussard a été avide d’aventure. Il s’est rendu en 1895 à Cuba pour relater les épisodes de la Révolution, il adorait les sports équestres, excellait au polo, montait à cheval de huit à neuf heures par jour. On le suit à Bangalore (1896), au Soudan, où il participe à la bataille d’Omdurman (1898) et prend part à la charge – qui a tout juste duré 120 secondes – contre les derviches, armé de son pistolet Mauser. On a dit qu’il s’est agi de la dernière charge équestre de l’Histoire militaire : « Comme c’est facile de tuer un homme ! » écrira-t-il plus tard. Puis le Morning Post lui offre un pont d’or pour couvrir la guerre des Boers (1899-1900). « Je cherchais la bagarre ». Fait prisonnier il s’évade spectaculairement. Un parcours qui se clôt en « poilu » (1915-1916), car nommé commandant de brigade, il ne circule jamais sans son « casque Adrian modèle 1915 », que le général Fayolle lui avait offert en décembre et qu’il gardera toute sa vie.

Son expérience de Poilu aura deux conséquences : l’une positive, le renforcement de sa conviction que seul le « tank » pouvait mettre fin à cette vaine boucherie ; l’autre négative, le renforcement de son admiration pour la ténacité du fantassin français qui le poussera à tort à trop faire confiance à l’armée française après 1933. Lors de sa visite mémorable au front le 30 mars 1918, guidé par Clemenceau, il écoute un résumé de la situation par Foch, auquel il voua ensuite une admiration sans borne. Ce qui lui fit dire six semaines après l’avènement d’Hitler : « Dieu merci, il y a l’armée française » ! Churchill fut l’invité d’honneur de la France, dans la tribune d’honneur lors du défilé du 14 juillet 1939 d’où il apprécie tout particulièrement les unités blindées.

Ayant accédé au pouvoir en mai 1940, « à soixante-cinq ans, Churchill entrera dans l’histoire ». Selon la formule de l’essayiste C. P. Snow : « Ce fut le dernier aristocrate à véritablement gouverner le pays, et pas seulement à participer à son gouvernement. Cette période du 10 mai 1940 au 26 juillet 1945 lorsqu’à l’issue du scrutin législatif les Conservateurs sont laminés obtenant 210 sièges contre 393 aux couleurs Travaillistes, ne couvre pas moins de 250 pages. Rappelons que c’est grâce à Churchill que notre pays a obtenu une zone d’occupation en Allemagne et un siège permanent au Conseil de sécurité.

Winston Spencer Churchill, WSC, comme il aimait se nommer, n’agissait pas par pur amour pour l’Hexagone mais en pur Realpolitiker, comme il s’en expliqua à Yalta le 6 février à Roosevelt : « Donner à la France une zone d’occupation n’était pas une fin en soi. L’Allemagne se redresserait sûrement, et si les Américains pouvaient toujours rentrer chez eux, les Français étaient forcés de l’avoir pour voisine. Une France forte était indispensable, non seulement pour l’Europe, mais pour la Grande-Bretagne. Elle seule pouvait interdire la construction de rampes de lancement de fusées sur ses côtes de la Manche et constituer une armée pour contenir les Allemands. » À la fin de sa vie en juillet 1962, lorsque Harold MacMillan posa la candidature de la Grande-Bretagne à la CEE, Churchill, hospitalisé, reçut la visite de Montgomery foncièrement hostile à cette candidature, qui fit savoir à la sortie que Churchill était bien sûr du même avis. La famille de Churchill publia un communiqué plus nuancé. L’ancien Premier ministre n’était pas contre l’adhésion, à condition que les intérêts du Commonwealth fussent entièrement préservés et que les Européens fissent les concessions nécessaires pour faciliter l’entrée de la Grande-Bretagne au sein des communautés européennes.

Lorsque l’Académie Suédoise de Littérature lui décerna le prix Nobel de littérature en 1953, Churchill ne fut guère enthousiasmé par les douces paroles prononcées à son égard : « Un César qui aurait en même temps les talents d’un Cicéron. » L’homme de guerre implacable eût tant préféré avoir reçu les lauriers du Nobel de la Paix. « Je pense que je mourrai rapidement après ma retraite. A quoi bon vivre quand il n’y a rien à faire », voilà ce que Churchill disait le 16 décembre 1954. Il siégera aux Communes jusqu’en 1964, juste derrière les bancs du gouvernement, sa seule présence imposant le respect et l’admiration, et décède en janvier 1965. Le jour de ses obsèques, le 30 janvier, parmi les trois mille personnalités, il y a six souverains, quinze chefs d’Etat, trente Premiers ministres. Ultime leçon de courage et de sagesse, Churchill ne craignait pas la mort. « Elle est si universelle que ce doit être une bonne chose. D’ailleurs nous nous en exagérons beaucoup l’importance. »

 

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À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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