Plus de dix ans après le début du conflit, le Yémen demeure profondément fragmenté. À la fin décembre 2025 : le pays est divisé entre forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite, séparatistes du Sud appuyés par les Émirats arabes unis, et rebelles houthis alliés de l’Iran.
À l’ouest et au centre du pays, les rebelles houthis contrôlent la majeure partie des zones les plus densément peuplées, dont la capitale Sanaa. Cette emprise territoriale, qui s’étend jusqu’à la mer Rouge, constitue le cœur politique et militaire du mouvement, devenu l’acteur dominant dans le nord du Yémen malgré des années de frappes menées par la coalition dirigée par Riyad.
Face à eux, les forces du gouvernement yéménite reconnu internationalement ne conservent qu’un contrôle limité et morcelé, principalement dans certaines zones du nord-est et quelques poches au sud-ouest.
Dans le sud et l’est du pays, une vaste zone est contrôlée par le Conseil de transition du Sud (STC) et ses alliés. Ce territoire englobe notamment Aden, ancienne capitale du Yémen du Sud, ainsi que des régions stratégiques donnant sur le golfe d’Aden. Le tracé de l’ancienne frontière du Sud-Yémen, État indépendant entre 1967 et 1990, apparaît clairement sur la carte, rappelant l’objectif des séparatistes : la restauration d’un État sudiste indépendant.
Cette fragmentation territoriale s’inscrit dans une rivalité régionale plus large. Pour l’Arabie saoudite, le Yémen constitue avant tout un enjeu de sécurité nationale : la présence durable des houthis à sa frontière sud est perçue comme une menace directe, notamment en raison de leurs capacités militaires et de leurs liens avec Téhéran. Riyad redoute l’émergence d’un acteur hostile capable de déstabiliser son territoire et son environnement stratégique immédiat.
Du point de vue iranien, le soutien aux houthis relève d’une stratégie d’influence indirecte. Sans s’engager dans une confrontation militaire ouverte, Téhéran renforce sa capacité de pression sur ses rivaux du Golfe et sur les routes maritimes stratégiques, faisant du Yémen un maillon supplémentaire de son réseau régional.
Les Émirats arabes unis poursuivent, quant à eux, une approche distincte. Leur appui au STC vise à sécuriser les axes maritimes du golfe d’Aden et à consolider leur influence sur les ports et infrastructures côtières. Cette stratégie, parfois divergente de celle de Riyad, illustre la complexité des alliances au sein même du camp anti-houthi.
Au-delà des équilibres internes, le Yémen occupe une position stratégique majeure. Le détroit de Bab al-Mandeb, situé à l’extrême sud-ouest du pays, constitue un passage clé entre la mer Rouge et l’océan Indien, emprunté par une part significative du commerce mondial. La proximité de forces rivales autour de ce point névralgique renforce les inquiétudes quant à la sécurité maritime et à la stabilité régionale.
Le conflit yéménite ne se limite plus à une guerre civile, mais s’est transformé en un nœud de tensions régionales, aux lignes de front figées et aux intérêts antagonistes. Dans ce contexte, la division du pays apparaît durable, et toute perspective de règlement politique global reste, à ce stade, hautement incertaine.











