Pathologies, de Zakhar Prilepine

22 octobre 2017

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Pathologies, de Zakhar Prilepine

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Zakhar Prilepine, Pathologies, Éditions des Syrtes 2017

Zakhar Prilepine, Pathologies, Éditions des Syrtes 2017

Entre La Chartreuse de Parme et Les Réprouvés. Jeté dans la première guerre de Tchétchénie, le narrateur se retrouve immergé au milieu d’événements qu’il subit sans les comprendre vraiment. Il revient alors à une vie primitive, au milieu de ses camarades speznats [1], ponctuée par de généreuses rasades de vodka et des repas répétitifs de corned-beef et de sardines à la sauce tomate. Dans la fumée des cigarettes les soldats passent l’essentiel de leur temps à attendre la balle d’un tireur ennemi ou une attaque nocturne. Parfois ils sortent de leur repaire pour mener une patrouille ou un raid, en général sans grand résultat. Ce rythme de vie et de mort explique la peur qui étreint les combattants-somnambules et génère diarrhées et vomissements. Il explique aussi les étonnantes conversations entre soldats sur la religion – nous sommes bien en Russie. Et les longs moments de rêveries pour se remémorer la vie d’avant.

Derrière le récit de cette guerre vue d’en bas percent toutes les insuffisances de l’armée russe : corruption, coordination inexistante, éparpillement des points d’appui mal reliés entre eux au sein d’une ville hostile, discipline en lambeau, affolement des jeunes conscrits qui forment l’essentiel des troupes, brutalité inefficace des soldats, logistique insuffisante et menacée par les embuscades des rebelles, les boïeviki. L’ouvrage se termine par l’assaut de ces derniers contre l’école où se sont installés les speznats : ces derniers s’enfuient dans la nuit en une course apocalyptique où beaucoup trouvent la mort. Les autres points d’appui russes tombent un à un et, en août 1996, les rebelles reprennent totalement la ville.

Qu’est-ce qui fait tenir les speznats ? L’alcool sans doute, mais aussi l’amitié entre des hommes qui s’appellent par leur surnoms, la confiance dans les officiers de valeur, il en existe tel le chef de section « Le Cou » ou le commandant du détachement, le colonel Semionytch. Il faut aussi tenir compte du patriotisme sur lequel l’auteur, pudique, n’insiste pas. Il sera pourtant volontaire lors de la seconde guerre de Tchétchénie et, plus tard, dans le Donbass.

« Je ne suis pas contre la guerre et je ne suis pas pour » avoue dans sa préface Prilepine. La guerre est un fait qui s’impose à celui qui la vit.

P.G.

[1] Groupes d’intervention dépendant de différents ministères. Il s’agit de troupes d’élite spécialisées dans les coups de poing.

[colored_box bgColor= »#DCEDC8″ textColor= »#222222″]Zakhar Prilepine, Pathologies, Éditions des Syrtes 2017, 290 pages 22 euros (première édition en français 2007).[/colored_box]

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