Livres 29 mai

29 mai 2026

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Livres 29 mai

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Vietnam et pays baltes : aperçu des livres de la semaine

Vietnam

Benoît de Tréglodé, Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d’une nouvelle Asie, Tallandier, 2026, 20,90 €

Le Viêt Nam est-il encore communiste ? Est-il un futur géant économique ? Les terres rares sont-elles l’avenir du pays ? Qu’est-ce que la « diplomatie du bambou » ? La Chine est-elle en train d’acheter le Viêt Nam ? C’est à ces questions, aussi concrètes que stratégiques, que s’attelle Benoît de Tréglodé dans ce volume qui vient s’inscrire dans la collection « En 100 questions » de Tallandier, un format désormais bien rodé pour traiter de géopolitique et donner accès à un large public cultivé. L’auteur est l’une des voix françaises les plus autorisées sur le Viêt Nam a effectué un séjour doctoral de quatre ans à Hanoi, à l’antenne de l’École française d’Extrême-Orient, avant d’occuper un poste d’attaché d’ambassade à Tokyo. Une double formation, universitaire et institutionnelle, qui confère à son travail une solidité analytique rare, nourrie d’une longue fréquentation des sources vietnamiennes.

Carrefour économique et culturel entre les sphères asiatique et occidentale, le Viêt Nam, avec 105 millions d’habitants, est devenu le seizième pays le plus peuplé au monde et la nouvelle destination prisée du tourisme français. En moins de trente ans, il s’est émancipé de son histoire guerrière et a quitté la pauvreté. Sa croissance annuelle de 6 à 7 % défie ses dynamiques voisins, tels Singapour, la Corée du Sud ou Taïwan. Ce récit de la modernisation accélérée constitue l’ossature du livre, mais Tréglodé se garde bien d’en faire un tableau idyllique.  À l’image du modèle chinois, le Viêt Nam de Tô Lâm exerce un autoritarisme politique conjugué à un libéralisme économique, où l’enrichissement individuel prime sur les libertés individuelles. Ce paradoxe, que l’auteur dissèque avec précision, est au cœur du portrait géopolitique du pays : une nation qui s’ouvre économiquement tout en maintenant un contrôle politique sévère, qui multiplie les partenariats commerciaux tout en jouant habilement sur sa souveraineté.

Très ancré dans sa région depuis vingt ans, émancipé de ses alliés et ennemis d’hier — la France, la Russie ou les États-Unis —, dépendant de ses grands voisins et perméable aux idéologies occidentales, le Viêt Nam poursuit sa recherche de l’équilibre entre la Chine et l’Occident pour mieux préserver ses intérêts nationaux. Cette « diplomatie du bambou » ; une diplomatie flexible, enracinée, résiliente, présentée non comme un opportunisme cynique, mais comme une stratégie de survie forgée dans l’histoire longue.

En 100 questions clés, l’auteur décrypte les transformations d’un pays devenu un acteur de poids dans la région, ainsi que ses défis économiques, écologiques, géopolitiques, sécuritaires et sociétaux. Comprendre l’ensemble de ces enjeux est essentiel si la France, dont la relation bilatérale est devenue de plus en plus asymétrique, souhaite jouer un rôle d’influence nouvelle en Asie. Ce dernier point, la place de la France dans l’équation indo-pacifique, donne au livre une pertinence directement politique, au moment où Paris cherche à se repositionner dans la région.

Pays baltes

Céline Bayou, Les Pays baltes en 100 questions. Face à la menace russe, Tallandier, mars 2026, 19,90 €

L’une des meilleures expertes françaises sur l’espace baltique signe ici un ouvrage qui tombe à point nommé, alors que Tallinn, Riga et Vilnius sont revenues au centre du débat stratégique européen. Le format « 100 questions » de Tallandier se prête particulièrement bien à un sujet où les angles d’approche sont multiples — historique, sécuritaire, identitaire, géopolitique — et où les idées reçues restent tenaces.

Le cœur du livre est une interrogation sur ce qui rend ces trois États si singuliers dans le paysage européen : petits territoires de quelques millions d’habitants, frontaliers du géant russe, les pays baltes gardent une mémoire vive de leur incorporation forcée à l’Union soviétique de 1940 à 1991, des déportations et des exécutions, mais aussi de l’immigration russophone massive organisée après la guerre. C’est précisément cette mémoire qui explique pourquoi ils n’ont jamais envisagé la neutralité comme option viable. L’approche estonienne de l’Union européenne est fondée sur les leçons de l’histoire : la première période d’indépendance voit le pays annexé par l’Union soviétique, malgré sa politique de neutralité. Pour Tallinn comme pour Riga et Vilnius, la neutralité finlandaise n’était pas un modèle exportable : elle relevait d’une géographie et d’une histoire différentes, la Finlande avait su résister militairement à l’URSS et négocier sa survie, là où les Baltes avaient été purement et simplement effacés de la carte. Contrairement aux douze autres républiques ex-soviétiques, les pays baltes ont pu depuis 1991 quitter la sphère d’influence russe et opter pour une politique euro-atlantique, ce qui se traduit par le refus d’intégrer la CEI et par une candidature à l’OTAN malgré les protestations de Moscou.

Bayou ne se contente pas de reconstituer cette trajectoire. Elle en ausculte les tensions actuelles avec rigueur. La guerre en Ukraine a profondément transformé la situation stratégique régionale : elle a poussé la Lituanie à limiter les transports vers Kaliningrad, a entraîné une montée des tensions en mer Baltique et a contraint les Baltes à repenser leur modèle de défense, largement fondé sur l’OTAN, dans un contexte de désengagement américain. Le soutien sans réserve apporté à Kiev depuis 2022 (budgets de défense en forte hausse, livraisons d’armements, accueil de réfugiés) est analysé non pas comme un simple geste de solidarité, mais comme une posture existentielle : ce qui se joue en Ukraine, c’est aussi la survie du principe même de souveraineté pour des États qui en ont été privés pendant un demi-siècle.

La relation avec la Chine, souvent sous-estimée, occupe également une place importante. Les pays baltes ont établi un parallèle entre les propos de Pékin remettant en question la souveraineté des États postsoviétiques et les narratifs des propagandistes russes contestent l’intégrité territoriale de l’Ukraine — voyant dans la Chine un allié de Moscou, sinon militairement, du moins politiquement. Au sein de l’UE, les pays baltes figurent parmi les États les plus hostiles à Pékin, une posture qui les distingue nettement des États membres plus accommodants et qui colore leur lecture de toute architecture de sécurité européenne.

Un ouvrage indispensable pour comprendre pourquoi ces trois nations, que l’on aurait pu croire en marge, se sont imposées comme les vigies les plus lucides du continent.

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À propos de l’auteur
Tigrane Yégavian

Tigrane Yégavian

Doctorant en géographie, professeur à la Schiller International University, et chercheur à l'Institut chrétiens d'Orient, Tigrane Yegavian est membre du comité de rédaction de Conflits. Après avoir étudié la question turkmène en Irak ;la question des minorités en Syrie et au Liban, il s'intéresse à la géopolitique des diasporas. Il a notamment publié "Arménie à l’ombre de la montagne sacrée", (Névicata, 2015), "Minorités d'Orient les oubliés de l'Histoire", (Le Rocher, 2019) , "Géopolitique de l'Arménie" (Bibliomonde, 2019), Escales arméniennes (Erick Bonnier 2025), Géopolitique des diasporas, (La Découverte, à paraître) .