<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Game of drones

19 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Soldats ukrainiens postés devant des « Sea Baby Drones », drones navals dotés de mitrailleuses et lances roquettes multiples. Octobre 2025. (C) SIPA (AP Photo/Efrem Lukatsky)

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Game of drones

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Les drones bouleversent-ils les règles de la guerre navale ? Les images spectaculaires des engins télécommandés ukrainiens attaquant des navires russes en mer Noire ou des drones Houthis assaillants des cargos en mer Rouge ont renversé de nombreuses certitudes jusqu’à remettre en cause la pertinence des flottes de surface : les bâtiments de combat sont-ils condamnés ?

Un article à retrouver dans le N61. Outre-mer : La France des 13 fuseaux horaires. 

Le navire de guerre se trouve en quelque sorte dans la situation du chevalier du Moyen Âge : une joute face à un chevalier de même rang, par exemple face à la menace des missiles antinavires, ne lui pose pas de difficulté puisqu’il a été équipé et entraîné pour cela. Cependant, face aux drones, le navire de combat se trouve comme désarçonné de son destrier et assailli par la piétaille qui combat au sol : dans cette posture, il peut finir par succomber s’il est isolé et saturé par le nombre et la variété des axes d’attaque.

Cette situation défavorable ne constitue pourtant pas une fatalité : le roi Philippe Auguste fut désarçonné lors de la bataille de Bouvines (1214), mais protégé par ses chevaliers jusqu’à faire chuter à son tour l’empereur du Saint-Empire, reprenant ainsi l’ascendant et remportant la bataille.

Un chevalier désarçonné doit tout d’abord être entouré de ses gens pour lui assurer une défense périphérique, tout comme une frégate doit être connectée à des outils de reconnaissance dans la profondeur, à commencer par son hélicoptère et ses propres drones. Le chevalier mis à terre doit aussi adapter son équipement, préférant à son épée la masse d’armes plus efficace en combat rapproché, tout comme la frégate doit adapter son autodéfense en combinant des brouilleurs de communications et des moyens létaux offrant un pouvoir d’arrêt important à courte portée. Enfin, le chevalier peut retourner la tactique de l’ennemi contre lui en le désarçonnant à son tour : de même qu’il n’y a rien de mieux qu’un missile pour lutter contre un missile, il n’y a parfois rien de mieux qu’un drone pour lutter contre une munition téléopérée. Ce retournement de tactique a été compris par les Russes, qui ont développé des drones de surface copiés sur ceux des Ukrainiens pour frapper leur navire de renseignement Simferopol le 28 août dernier. Moscou utilisait pour la première fois à son profit une tactique jusqu’ici exclusivement ukrainienne.

Soldats ukrainiens postés devant des « Sea Baby Drones », drones navals dotés de mitrailleuses et lances roquettes multiples. Octobre 2025. (C) SIPA (AP Photo/Efrem Lukatsky)

L’histoire prouve qu’aucune arme n’est imparable et que nous surestimons souvent les capacités des plus novatrices, comme le montrent d’ailleurs les chiffres de la guerre en Ukraine : factuellement, l’arme la plus efficace en mer Noire n’est pas le drone, mais le missile antinavire, qui a coulé la moitié du tonnage russe. La part détruite par les drones de surface ukrainiens n’est que de 22%1 ; quant à celle qui revient aux drones aériens, pourtant devenus les maîtres du jeu incontestés sur le front terrestre, elle est tout simplement nulle : si un Unmanned Aerial Vehicule détruit un char, il endommage à peine une frégate, raison pour laquelle on n’assiste pas encore en mer au mouvement de « démécanisation » observé au sol en Ukraine. En mer Rouge, les chiffres sont encore plus éloquents, puisqu’à ce jour, aucun navire de combat occidental n’a été atteint par un drone.

Tout comme l’apparition de l’aéronavale n’a pas supprimé les navires de surface ou que l’invention de la mitrailleuse n’a pas éliminé l’infanterie, on peut supposer qu’à moyenne échéance les drones viendront moins remplacer que compléter les navires habités, qui resteront d’ailleurs utiles pour héberger des pilotes de drones ou des équipes de maintenance.

Pour autant, les navires de surface doivent impérativement s’adapter pour répondre à cette nouvelle menace. C’est ce que fit l’US Navy à la fin de la Seconde Guerre mondiale : traumatisée par les attaques des kamikazes durant la bataille d’Okinawa, elle lança en urgence le projet Bumblebee qui donna naissance quelques années plus tard à la famille révolutionnaire des missiles Talos, Terrier et Tartar. Ces engins, qui inspirent encore les systèmes antiaériens actuels, permirent la première victoire d’un navire contre un avion par missile, en 1968 au Vietnam, réhabilitant ainsi la capacité des bâtiments de surface à opérer sous menace aérienne.

La menace des drones est létale, mais pas fatale à condition de s’y adapter de façon rapide et continue.

1 17% du tonnage russe coulé est dû aux missiles balistiques et 15% aux missiles de croisière tirés par l’Ukraine.

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François-Olivier Corman

François-Olivier Corman

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