La scène se déroule lors des vœux de la CPME. Devant un parterre de chefs de petites et moyennes entreprises, le ministre délégué aux PME, Serge Papin, a lâché ce mercredi 21 janvier une phrase qui a sidéré une partie de l’auditoire : il faudrait « casser la gueule aux Chinois », en référence à la concurrence incarnée par les plateformes de fast fashion venues de Chine, Shein en tête. Une formule brutale, abrasive, assumée comme un trait d’humour, mais dont la violence verbale ne laisse guère de place à l’ambiguïté.
Cette sortie contraste fortement avec la ligne défendue, presque simultanément, par Emmanuel Macron à Davos. Depuis la tribune du Forum économique mondial, le président de la République a au contraire tenu un discours d’ouverture, affirmant que la Chine était la bienvenue en France, notamment pour investir, créer de l’activité et participer au développement économique, sous réserve du respect des règles et d’une concurrence loyale.
D’un côté, donc, un discours visant à renforcer des canaux économiques déjà florissants. En 2025, les échanges commerciaux entre la France et la Chine ont atteint près de 69 milliards de dollars sur les dix premiers mois de l’année, confirmant le poids central de Pékin dans le commerce extérieur français. Les investissements croisés traduisent la même vitalité : environ 46 milliards d’euros d’actifs français en Chine, contre près de 12 milliards d’investissements chinois en France.
De l’autre, la déclaration du ministre des PME s’inscrit dans une approche plus conflictuelle, nourrie par les inquiétudes des acteurs du commerce et du textile face à la concurrence des plateformes asiatiques. Shein en constitue l’illustration la plus visible. Son implantation progressive en France — participation au sauvetage de Pimkie, partenariat avec le BHV, investissements logistiques — a déplacé le débat : la plateforme n’est plus seulement un acteur extérieur, mais un acteur à part entière du marché hexagonal. Comme lors de l’apparition des GAFAM, qu’avait bien illustré le duel entre les taxis et Uber, les groupes traditionnels s’opposent et résistent.
La contradiction flagrante entre le discours tenu par Emmanuel Macron à l’étranger et celui de Serge Papin en France témoigne de la schizophrénie dans laquelle la France se trouve, dépendante d’un commerce extérieur que son marché intérieur peine à assimiler du fait des contraintes fiscales et réglementaires qui pèsent sur lui. A défaut de donner des outils de compétitivité aux entreprises nationales, le jeu politique utilise la traditionnelle rhétorique de l’ennemi extérieur. Mais le monde avance à son rythme, et il ne se mettra pas au diapason français. Faut-il considérer la Chine comme un partenaire économique ou comme un concurrent systémique à contenir ? Faut-il privilégier la régulation, ou la confrontation, au risque de ruptures difficiles à assumer pour l’économie française ? Entre ces deux lectures du monde, la France semble avancer à l’aveugle. Il va falloir trancher.









