Au cœur de Beyrouth, immeubles en flammes et voitures calcinées

9 avril 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : A woman is assisted at the site of an Israeli airstrike that struck an apartment building in Beirut, Lebanon, Wednesday, April 8, 2026. (AP Photo/Bilal Hussein)/XEM133/26098440105291//2604081505

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Au cœur de Beyrouth, immeubles en flammes et voitures calcinées

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  • Une série de frappes israéliennes sans avertissement a frappé plusieurs quartiers du cœur de Beyrouth, faisant 112 morts et 837 blessés selon le ministère de la Santé.

  • Les attaques, les plus violentes depuis le début de la guerre début mars, ont semé la panique dans une capitale déjà saturée de déplacés du sud du pays.

  • Les hôpitaux sont submergés, les routes bloquées par les embouteillages, tandis qu’Israël revendique sa « plus grande frappe coordonnée » contre le Hezbollah.

Par Richard SALAME

Immeubles en flammes, voitures calcinées, ambulances toutes sirènes hurlantes : en un instant, une frappe israélienne a transformé l’une des artères les plus animées de Beyrouth en scène de désolation.

Vers 14h00 (11h00 GMT) mercredi, une série de frappes a visé, sans avertissement, plusieurs quartiers au cœur de la capitale, provoquant des scènes de panique.

« J’ai vu l’avion frapper, les gens commencer à courir dans tous les sens, et la fumée s’élever », dit Ali Younès, qui attendait sa femme près de la corniche Mazraa, un des secteurs visés.

Rescuers gather at the site of an Israeli airstrike in Beirut, Lebanon, Wednesday, April 8, 2026. (AP Photo/Hussein Malla)/LGK207/26098445864635//2604081425

Les frappes israéliennes de mercredi, les plus violentes depuis le début de la guerre début mars, ont fait « 112 tués et 837 blessés », selon le ministère de la Santé.

Une épaisse fumée noire s’élève, au milieu d’une forte odeur de poudre, de la corniche, où un immeuble a été entièrement soufflé, selon un journaliste de l’AFP. Des bulldozers tentent de dégager les décombres dans la rue, où s’alignent les commerces et les bureaux, sous les immeubles résidentiels.

« On était en train de travailler, on avait environ huit clients, et on a entendu quatre explosions l’une après l’autre », raconte à l’AFP Hassan al-Sayed, propriétaire d’un salon de coiffure. « La devanture de mon salon s’est brisée », ajoute-t-il. La rue est jonchée de débris de verre.

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Hôpitaux submergés

Des pompiers tentent d’éteindre les incendies dans les décombres encore fumants, tandis que des secouristes œuvrent à retirer des victimes des décombres.

Le ministère de la Santé a appelé les habitants à dégager « d’urgence » les routes devant les ambulances, car « les embouteillages causés par la vague de frappes sans précédent en nombre et en intensité » menées par Israël « entravent les opérations de secours ».

Lebanese army soldiers and first responders look up at an Israeli drone flying overhead at the site of an Israeli airstrike in Beirut, Lebanon, Wednesday, April 8, 2026. (AP Photo/Emilio Morenatti)/XEM175/26098508989244//2604081610

Les frappes sont intervenues à une heure de grande affluence dans la capitale où s’entassent des déplacés fuyant le sud du pays et la banlieue sud de Beyrouth, bastions du Hezbollah visés par des frappes israéliennes. L’une des frappes a atteint Basta, un quartier populaire au cœur de la capitale.

« J’ai vu une frappe, c’était très fort, des enfants ont été tués, d’autres ont eu les bras coupés », déclare à l’AFP Yasser Abdallah, qui travaille dans un magasin d’électroménager à proximité.

Des frappes ont également visé la banlieue sud, après un avertissement de l’armée israélienne, ainsi que plusieurs zones dans le sud et l’est du Liban.

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« On attend de savoir si les enfants sont vivants »

Devant l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth, l’un des principaux établissements de la capitale, une journaliste de l’AFP a vu les ambulances se succéder. Des proches de blessés sont rassemblés devant l’entrée des urgences, dans une atmosphère de tension, certains en pleurs.

« Ma belle-mère est morte, la femme de mon beau-frère aussi, ainsi que son fils », dit un homme qui ne veut pas dire son nom et explique qu’ils vivaient tous dans le même immeuble. « On attend de savoir si les enfants de mon beau-frère sont vivants », ajoute-t-il, précisant que leur frère, encore bébé, a survécu, mais pas sa mère.

Une source médicale qui ne veut pas être identifiée affirme à l’AFP que l’hôpital est submergé. L’hôpital a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il avait besoin de sang de tous les groupes. Un médecin a indiqué à l’AFP avoir lui-même donné du sang.

Âgé de 18 ans, Abdallah Hariri a fait un don de sang par « humanité », en attendant d’avoir des nouvelles de ses amis, dont le quartier a été visé et qu’il ne parvient pas à joindre, confie-t-il à l’AFP.

L’armée israélienne a dit avoir mené mercredi sa « plus grande frappe coordonnée » contre le Hezbollah pro-iranien depuis le début de la guerre le 2 mars, peu après l’annonce d’une trêve avec l’Iran. « Ils ont dit que le Liban n’était pas inclus dans l’accord de cessez-le-feu » avec l’Iran, dit Kinda Assaad, 20 ans : « ils frappent partout et affirment que ce sont des frappes ciblées ».

Lire aussi : Direct — La guerre en Iran

© Agence France-Presse

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