Le Pakistan, au cœur silencieux du nouvel ordre mondial

8 mai 2026

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Le Pakistan, au cœur silencieux du nouvel ordre mondial

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  • Le VIe Workshop on Leadership & Stability de l’Université nationale de défense du Pakistan révèle une réalité méconnue en Occident : le Pakistan a cessé d’être un acteur périphérique pour devenir un acteur de premier plan dans la lutte pour le nouvel ordre mondial, combinant soft power et capacités concrètes de puissance.

  • Islamabad gère simultanément des tensions avec l’Inde, l’Iran et l’Afghanistan tout en cherchant à s’imposer comme partenaire fiable de Washington — une équation complexe qu’illustre sa participation au Board of Peace de Trump sur Gaza, malgré ses frontières communes avec la Chine, l’Inde et l’Iran.

  • Le cas pakistanais démontre que dans le nouvel ordre mondial, l’influence ne dépend pas uniquement de la taille de l’économie : la géographie, la capacité de dialogue et l’intelligence stratégique peuvent rendre un acteur régional indispensable aux grandes puissances qui se disputent le pouvoir.

Bryan J. Mayer

Membre de l’Institut de sécurité internationale et d’affaires stratégiques du Conseil argentin pour les relations internationales. Ancien conseiller du ministre de la Défense de la République argentine.

Le VIe Workshop on Leadership & Stability, organisé par l’Université nationale de défense du Pakistan, permet de prendre conscience d’une réalité qui passe souvent inaperçue en Occident : ce pays a cessé d’être un acteur périphérique pour devenir un acteur de premier plan dans la lutte pour le nouvel ordre mondial.

À Islamabad, cette vocation d’influence internationale transparaît tant dans le langage institutionnel que dans la manière dont le pays organise ses relations avec les délégations étrangères : le Pakistan cherche à combiner les outils du soft power avec des capacités concrètes de pouvoir. Cette combinaison se rapproche de la notion de « smart power » développée par Joseph Nye : la capacité à articuler l’attrait, les liens institutionnels et les ressources concrètes de pouvoir.

Le Pakistan cherche aujourd’hui à s’imposer comme un partenaire fiable pour les États-Unis. Cette proximité n’est pas nouvelle, mais elle a repris de l’importance avec le nouveau cycle politique de Trump. Dès 2020, le président américain de l’époque avait affirmé que « nous n’avons jamais eu de relation aussi étroite qu’aujourd’hui », en évoquant le lien bilatéral lors de sa rencontre avec Imran Khan à Davos. En politique internationale, ce genre de phrase n’est pas une simple courtoisie diplomatique : c’est un signal. Elle reflète le besoin de Washington de disposer d’un allié lui garantissant un accès direct à une région en proie à des conflits persistants et à des tensions croissantes, à un moment où la concurrence mondiale redéfinit les alliances, les priorités et les marges de manœuvre.

La décision du Pakistan de rejoindre le Board of Peace lancé par Trump pour le processus de Gaza, alors qu’il partage des frontières et des intérêts avec des puissances telles que la Chine, l’Inde ou l’Iran, illustre clairement l’équilibre délicat qu’il tente de maintenir. Elle exprime également un effort pour dépasser les interprétations historiques associées aux complexités de la région afgano-pakistanaise. Cependant, ce processus est graduel. Plus de deux décennies après les attentats du 11 septembre, l’instauration d’un climat de confiance international reste un défi qui ne se résout pas par de simples gestes, mais par un comportement constant dans le temps.

Parallèlement, le Pakistan gère de multiples fronts ouverts. Les tensions avec l’Inde sur des questions territoriales, les relations avec l’Iran en matière de stabilité régionale et les liens avec l’Afghanistan, marqués par la menace terroriste, obligent ses autorités à prendre des décisions d’une grande complexité. Dans ce contexte, le pays cherche à concilier deux objectifs centraux : améliorer les conditions de vie de sa population et maintenir sa capacité nucléaire comme outil de dissuasion et de négociation sur la scène internationale.

La dimension géopolitique s’exprime également dans sa position vis-à-vis du Moyen-Orient.

Le Pakistan ne reconnaît pas officiellement l’État d’Israël et maintient sa position historique en faveur de la Palestine

Il est toutefois conscient que les alliés d’Israël ont un poids déterminant dans le système international. Il en résulte une tension constante entre son identité, ses alliances traditionnelles et la nécessité de se projeter avec pragmatisme dans un contexte où la politique étrangère exige flexibilité, vision stratégique et capacité d’adaptation.

Même dans ce contexte, les avancées pakistanaises sont significatives. Ce n’est pas un hasard si le président américain lui-même a fait l’éloge du chef de son armée, le qualifiant de « quarterback préféré ». Cette déclaration peut sembler anecdotique, mais elle révèle quelque chose de plus profond : Washington reconnaît au Pakistan un interlocuteur de premier plan, notamment en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

Cette appréciation reflète non seulement un changement notable dans l’attitude de ce pays asiatique, mais aussi son importance stratégique croissante. Dans un monde où les voies commerciales, énergétiques et militaires sont en constante révision, le Pakistan se positionne comme une zone de passage et d’articulation entre des intérêts contradictoires. C’est là que réside une grande partie de sa valeur dans les relations internationales : non pas dans l’absence de tensions, mais dans sa capacité à les gérer.

Cette dynamique nous livre également deux enseignements pertinents pour appréhender la politique internationale depuis des pays comme l’Argentine. La première est que, face à un débat public souvent réduit à la rivalité entre grandes puissances, il convient de rappeler que les acteurs régionaux ou de taille moyenne peuvent eux aussi avoir des effets concrets sur la réalité quotidienne, tant au niveau stratégique que tactique. Alors que tout semble tourner autour des superpuissances, il est nécessaire de souligner qu’aucune d’entre elles n’est autosuffisante sur tous les facteurs qui déterminent la réalité internationale.

Pour divers gouvernements, observer ces mouvements n’implique pas de modifier les alliances ni de changer les définitions stratégiques, mais de mieux comprendre comment le pouvoir se redessine dans des régions qui auront une influence croissante sur la sécurité, l’énergie et le commerce mondial. Anticiper ces changements est également un moyen de mieux défendre ses propres intérêts.

Le cas pakistanais démontre que, dans le nouvel ordre mondial, l’influence ne dépend pas uniquement de la taille de l’économie ni de l’ampleur de la voix publique

Elle dépend également de la géographie, de la capacité de dialogue et de l’intelligence nécessaire pour s’asseoir à la bonne table au moment opportun.

Sur la nouvelle scène internationale, savoir où se positionner peut être aussi important que savoir quoi dire. Le Pakistan semble avoir compris que, bien souvent, le pouvoir ne consiste pas à occuper le devant de la scène, mais à devenir indispensable à ceux qui se le disputent. Dans ce jeu, influencer ceux qui détiennent le pouvoir peut également être un moyen efficace d’y prendre part.

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