Conflit russo-ukrainien — État des lieux

19 juin 2026

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Conflit russo-ukrainien — État des lieux

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  • La coupure ciblée des terminaux Starlink russes par Kiev, début février 2026, désorganise le commandement et le renseignement des forces russes sur tout le front.
  • Privée de connectivité haut débit, l’armée russe revient aux radios et estafettes, déclenchant une fenêtre offensive ukrainienne de courte durée.
  • L’épisode confirme que la souveraineté spatiale et la résilience des réseaux deviennent des enjeux militaires aussi déterminants que le feu ou la mobilité.

Starlink : une dépendance devenue arme

Le conflit ukrainien a consacré le système Starlink de SpaceX comme un élément structurant de la guerre moderne.

Depuis la livraison des premiers terminaux en 2022, cette constellation (aujourd’hui forte de plus de dix mille satellites en orbite basse) est devenue bien plus qu’un service commercial : elle constitue l’architecture centrale du commandement ukrainien.

Les Forces Armées Ukrainiennes (FAU) l’ont intégré à deux niveaux critiques : la chaîne de commandement et de contrôle (C2), permettant une coordination décentralisée malgré les destructions d’infrastructures terrestres, et la fonction ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition and Reconnaissance), le débit en temps réel de Starlink assurant la transmission des flux vidéo de drones vers les postes de tir et les états-majors.

La supériorité de Starlink sur les communications géostationnaires russes a rapidement conduit les Forces Armées de la Fédération de Russie (FAFR) à s’en doter clandestinement, via des trafics par pays tiers interposés.

Cette utilisation, signalée dès 2024 par le renseignement militaire ukrainien, s’est intensifiée à l’automne 2025 au point de devenir un enjeu géopolitique.

Plusieurs gouvernements européens, dont la Pologne, ont interpellé publiquement SpaceX. C’est dans ce contexte que le ministre de la Défense ukrainien Mykhailo Fedorov a obtenu le verrouillage du réseau sur le territoire ukrainien.

L’opération a été conduite avec une préparation minutieuse. Le 2 février 2026, une campagne de vérification générale des terminaux actifs en Ukraine est lancée, adossée à un mécanisme de « liste blanche » permettant de discriminer les terminaux légitimes.

En parallèle, la 256e Division d’assaut cybernétique déclenche une opération en deux volets : diffusion de faux canaux Telegram proposant une activation payante pour figurer sur la liste, et campagne de phishing ciblant les terminaux russes, qui permet de collecter des données de géolocalisation sur environ 2 400 terminaux des FAFR, transmises au Service de Sécurité Ukrainien (SBU) à des fins de ciblage.

Le 4 février, la désactivation des terminaux non-ukrainiens est effective. Selon le ministre Fedorov, le nombre de flux vidéo au sein des forces russes est alors divisé par onze, et le trafic Starlink sur la zone de conflit chute d’environ 30 %.

Privées de leur principal outil de surveillance et de guidage, les forces russes se retrouvent largement aveugles.

Leur commandement, fortement centralisé et dépendant de liaisons numériques continues, est profondément désorganisé.

Elles doivent revenir aux communications radio traditionnelles, plus exposées au brouillage et aux interceptions, sur lesquelles les FAU concentrent immédiatement leurs actions de guerre électronique et leurs frappes sur les postes de commandement.

Entre le 5 et le 20 février 2026, les contre-offensives ukrainiennes dans une dizaine de secteurs permettent une reconquête d’environ 300 km², dont près de 200 km² lors de la seule première semaine (le gain territorial le plus important depuis juin 2023).

Une percée de 16 km en 24 heures est documentée le 12 février dans les secteurs de Pokrovsk et Houliaïpole.

Les gains restent toutefois limités au regard de la désorganisation des FAFR, l’absence de réserves ukrainiennes n’ayant pas permis d’exploiter pleinement la fenêtre ouverte par la coupure.

Les réponses russes et la dynamique du conflit

Face à cette rupture capacitaire, les FAFR ont déployé plusieurs palliatifs, aucun ne compensant Starlink à court terme.

Sur le terrain, les unités ont recouru aux communications physiques (estafettes motorisées) ainsi qu’aux satellites géostationnaires russes (constellations Yamal et Express), dont les performances en débit et en latence sont très inférieures à celles d’un réseau en orbite basse.

Dans la région de Kherson, certaines unités ont tenté d’acquérir des cartes SIM d’opérateurs mobiles ukrainiens.

Le 11 février, Moscou a par ailleurs bloqué Telegram et WhatsApp sur son territoire via Roskomnadzor, une décision contre-productive qui a aggravé les difficultés de communication tactique de ses propres troupes.

D’autres dispositifs ont été expérimentés : le ballon-drone Barazh-1, conçu comme relais 5G, et le drone stratosphérique Argus à propulsion solaire (autonomie annoncée de 40 jours à 25 km d’altitude), dont les performances opérationnelles restent à démontrer.

Le terminal portatif Spirit-30, déployé en nombre, constitue la réponse la plus concrète, bien que plusieurs exemplaires aient déjà été détruits par des drones ukrainiens peu après leur déploiement.

À moyen terme, la constellation en orbite basse Rassvet (16 satellites mis en orbite le 23 mars 2026) pourrait offrir une compensation partielle, bien qu’intermittente. L’objectif annoncé de 900 satellites d’ici 2035 semble difficile à tenir au vu des retards accumulés.

Sur le reste du front, l’objectif ukrainien s’est affirmé autour de la rupture des flux logistiques russes : plus de 200 camions-citernes ont été frappés selon des sources OSINT, en s’appuyant principalement sur le drone Hornet (portée de 150 à 200 km, environ 6 000 dollars l’unité), dont le guidage par corrélation visuelle par intelligence artificielle lui confère une résistance au brouillage électronique.

Les FAU visent par ailleurs le déploiement de plus de 25 000 robots terrestres d’ici à l’été 2026, couvrant la pose de mines, le transport logistique et l’appui au combat.

En matière d’attrition, l’objectif ukrainien est d’infliger 50 000 pertes mensuelles aux FAFR (le rythme actuel est estimé à 35 000, partiellement compensé par un recrutement russe d’environ 30 000 hommes par mois).

Une offensive russe estivale est évoquée, mais aucun signe précurseur n’est observé à ce stade.

Enjeux stratégiques : souveraineté et résilience

L’épisode de la coupure Starlink illustre une réalité que le conflit ukrainien a rendue incontournable : la connectivité haut débit est désormais une composante opérationnelle à part entière, au même titre que le feu ou la mobilité.

La dépendance à un acteur privé étranger constitue une vulnérabilité stratégique avérée.

La constellation européenne IRIS2, attendue à l’horizon 2028 dans le cadre du programme GOVSATCOM, vise précisément à réduire cette dépendance vis-à-vis des capacités américaines.

« L’intérêt de Starlink, c’est que vous avez une très forte décentralisation de l’information, puisque vous pouvez la récupérer avec des antennes partout sur le terrain. »

— Serge Plattard, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique

En attendant, la constellation OneWeb (seule constellation non-américaine opérationnelle, 640 satellites en orbite basse) représente une alternative partielle, bien qu’avec des performances inférieures et un nombre restreint de terminaux disponibles en Ukraine.

La résilience des communications passe également par l’hybridité des réseaux : combinaison de 4G/5G, de liaisons LiFi/WiFi, de communications filaires et d’estafettes, afin qu’aucune coupure unique ne paralyse l’ensemble du dispositif.

Sur le plan doctrinal, les unités russes ont montré une fragilité particulière face à la déconnexion, habituées qu’elles étaient à une centralisation forte et à la continuité des liaisons numériques.

Le commandement par l’intention, qui permet à une unité d’agir de façon autonome en cas de rupture du réseau, constitue un facteur de résilience dont l’absence a coûté cher aux FAFR en février 2026.

Cette séquence confirme qu’une disruption des communications, même majeure, n’ouvre qu’une fenêtre d’opportunité temporaire : elle doit être exploitée rapidement et avec les réserves nécessaires pour produire des effets durables.

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