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Deux ouvrages parus chez L’Harmattan interrogent les leviers du développement africain : le cadre juridique des échanges avec les BRICS+ et la méthode de l’intelligence économique territoriale.
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Pour atteindre le taux d’investissement qui a porté le décollage asiatique, les pays africains à faible revenu font face à un déficit de financement d’environ 120 milliards de dollars par an d’ici 2030.
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Plus encore qu’un cadre juridique Afrique-BRICS+, c’est peut-être à des dizaines de Dangote que l’Afrique devra son développement et sa sécurité.
L’Afrique dans le Sud global
Sous la direction de Mama Hamimida, Léonard Matala-Tala et Charlie Mballa, L’Afrique dans le Sud global, L’Harmattan, 2026, 172 pages.
Pour atteindre le taux d’investissement de 30 % du PIB qui a porté le décollage des économies asiatiques, les pays africains à faible revenu font face à un déficit de financement externe d’environ 120 milliards de dollars par an d’ici 2030, selon un rapport publié en juin par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international. Ce laboratoire d’idées français, axé sur les politiques de développement, évalue à 157 milliards de dollars par an le déficit de financement des 57 pays à faible revenu. Ce montant représente moins de 10 % des excédents d’épargne accumulés par la Chine (669 milliards de dollars en 2024) et l’Union européenne (909 milliards de dollars). Selon les économistes Édouard Mien et Bulbul Butail, auteurs du rapport avec le directeur général de la fondation, Bruno Cabrillac, une réallocation de 8,5 % du seul excédent européen suffirait à en couvrir la moitié.
Il semble donc communément admis que, pour se sortir de son piège de pur producteur de matières premières non élaborées, l’enjeu fondamental pour l’Afrique réside dans la construction d’un cadre juridique qui, tout en garantissant la sécurité nécessaire aux échanges économiques, préserve et renforce la souveraineté des États africains dans la définition de leurs trajectoires de développement. Telle est en tout cas la thèse de cet ouvrage, qui cherche à répondre à la question que nous venons de rappeler. Mais le fait-il de la bonne manière ? Selon les auteurs, l’essentiel proviendra du nouvel ordre économique mondial, marqué par la création, sous l’égide de la Chine, de points de rupture potentiels avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour un développement sans contrainte, par une dédollarisation probable du système monétaire international, ainsi que par la position et les réactions de l’Occident.
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Certes, il est de bon ton d’apprécier si la coopération du continent avec certains pays puissants du groupe des BRICS+, notamment la Chine, s’avère positive. Nul doute que l’élargissement de l’association renforcera son poids démographique et son contrôle de la production mondiale du pétrole. Le groupe vise à renforcer également son poids en matière énergétique et métallique à travers d’autres futures adhésions, en particulier celle du Nigeria et du Kazakhstan pour les énergies, et celle de l’Indonésie, de la République démocratique du Congo ou du Chili, pour augmenter davantage ses parts de marché des produits métalliques. Cette approche purement diplomatique sera-t-elle couronnée de succès ?
On sait bien, d’autre part, que la Chine vise à renforcer la coopération avec l’Afrique. Elle est devenue, en moins de deux décennies, son premier partenaire économique et s’est engagée à investir 1 000 milliards de dollars en infrastructures d’ici 2049. Plus de la moitié des investissements prévus par le pays dans le cadre de cette « nouvelle route de la soie » est destinée à l’Afrique. D’autres pays, comme l’Inde, le Japon, les pays émergents de l’Amérique latine et les pays pétroliers, sont attirés par le continent. Ce dernier doit faire valoir ses priorités, saisir les opportunités et rester vigilant pour éviter de reproduire le même schéma de rapports et de coopérations noués auparavant avec l’Occident, car force est de constater que la période post-crise n’a pas montré les signes d’une reprise des IDE sur le continent. Un faible niveau de projets nouveaux a été relevé, avec la baisse de toutes les composantes principales de l’IDE : capitaux réinvestis, projets de création d’infrastructures, fusions et acquisitions. Seuls les investissements dans les énergies renouvelables ont presque doublé entre 2010 et 2020, enregistrant un taux de croissance moyen exceptionnel de 96 % par an, contre 15 % en Asie-Océanie (hors Chine et Inde) et 7 % sur l’ensemble du monde (IRENA, 2022). Selon la même source, bien que les investissements en Afrique augmentent à un rythme plus élevé que dans les autres régions, sur ces deux décennies, la somme cumulée des investissements dans les énergies renouvelables ne représente que 2 % du total mondial.
Plus encore qu’un cadre juridique Afrique-BRICS+, c’est à des dizaines de Dangote que l’Afrique devra son développement et sa sécurité.
Nul ne doute que l’Afrique est au centre des métiers mondiaux de l’avenir et pourra devenir un acteur majeur dans des industries du futur. Pour cela, l’intensification des efforts visant à développer le secteur industriel et le capital humain est importante pour produire des biens à forte valeur ajoutée, s’imposer sur les marchés internationaux et bénéficier des effets positifs de la coopération internationale. Concernant les industries vertes, l’Afrique se positionne en fournisseur incontournable de métaux, étant donné la demande mondiale croissante et la volonté de certaines grandes puissances, notamment l’Union européenne, de se libérer de leur dépendance vis-à-vis de la Chine. L’hydrogène vert ajoute au potentiel de l’Afrique. Les industries automobile, pharmaceutique, de produits agricoles et de textiles biologiques, entre autres, sont autant de secteurs qui pourraient s’implanter ou qui existent déjà sur le continent et qui ont le vent dans les voiles. L’exemple de Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, qui a construit une raffinerie géante au Nigeria et qui a largement approvisionné le monde en produits pendant le blocus du détroit d’Ormuz, est édifiant, d’autant plus qu’il a décidé d’en construire une nouvelle au Kenya pour un montant de 17 milliards de dollars. Plus encore qu’un cadre juridique Afrique-BRICS+, c’est à des dizaines de Dangote que l’Afrique devra son développement et sa sécurité.
Intelligence économique territoriale en Afrique
Sous la direction d’Aimad El Hajri, Intelligence économique territoriale en Afrique. Stratégies de résilience, d’entrepreneuriat et de développement international, L’Harmattan, 2026, 507 pages.
En France, une approche nouvelle utilisant l’intelligence économique fut promue dans les années 1990 par le préfet Pautrat, qui s’en servit dans la rationalisation des zones urbaines, la création de pôles de compétences et l’accueil des populations migrantes. Au Maroc, le Haut-Commissariat au Plan employa cette méthode pour la politique de la ville, les grands ports et leur environnement, les zones de développement industriel, sans oublier les infrastructures et le transport. Pendant ce temps, en Afrique, les pionniers de l’intelligence économique commençaient à sensibiliser les étudiants et les décideurs à cette approche innovante. Avec bonheur, la francophonie a pu faciliter cette évolution par de multiples échanges, comme les forums de Dakhla entre les chercheurs et universitaires venus d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et de France. Aujourd’hui, grâce à ces précurseurs et à ceux qui les ont suivis, c’est devenu une méthode reconnue pour son efficacité, qui apporte dans les pays émergents les clés d’un développement plus équilibré et plus sûr.
Chacun des chapitres de ce livre décrit la mise en œuvre de l’intelligence économique sur une crise locale, nationale ou régionale. Il montre la capacité de trouver des solutions en recourant à la méthode et en collectant le maximum de renseignements utiles. Sont présentés d’autres domaines dans lesquels on peut obtenir des résultats significatifs, en particulier le cas de la gestion des risques et des crises — problématique majeure pour de nombreux pays et entreprises. Selon les statistiques du PNUD (2023), les conflits actuels en Afrique subsaharienne entraînent une baisse moyenne annuelle de 2 % du PIB dans les pays touchés, alors que les États en situation de paix relative présentent des croissances pouvant dépasser les 4 %. Ces écarts mettent en évidence un cercle vicieux où l’instabilité et la pauvreté s’auto-alimentent. À cet égard, les chapitres sur la résilience sont intéressants, car ils concernent des problèmes d’une grande complexité pour les humains qui y sont confrontés. L’intelligence économique n’a pas pour mission de réagir à des injustices, mais de gérer le plus efficacement possible des réfugiés dans des conditions difficiles, pour qu’ils puissent non seulement résister, mais rebondir.
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Les expériences de pays comme le Rwanda, qui a su imposer sa marque de pays « Visit Rwanda » malgré un environnement régional tendu, ou le Maroc, qui combine soft power et diplomatie économique pour accroître sa réputation internationale, démontrent qu’une stratégie visionnaire et méthodiquement déployée peut produire des résultats tangibles, même lorsque les ressources sont limitées et que le contexte n’est pas favorable. Ces modèles prouvent qu’avec une volonté politique affirmée, un plan d’action précis et un pilotage informationnel maîtrisé, l’Afrique peut non seulement améliorer son image, mais aussi renforcer sa souveraineté et attirer des investissements structurants.
Sous la direction de Mama Hamimida, Léonard Matala-Tala et Charlie Mballa, L’Afrique dans le Sud global, L’Harmattan, 2026, 172 pages.
Sous la direction d’Aimad El Hajri, Intelligence économique territoriale en Afrique. Stratégies de résilience, d’entrepreneuriat et de développement international, L’Harmattan, 2026, 507 pages.









