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Fjord, de Cristian Mungiu, est le dernier lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes, la deuxième du réalisateur après 4 mois, 3 semaines et 2 jours en 2007.
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Une famille roumaine évangéliste, installée en Norvège, voit ses cinq enfants placés après des soupçons de maltraitance.
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Mungiu prétend ne pas prendre parti : il y a pourtant, selon l’auteur, deux films en un.

Des soupçons de maltraitance
On constate dès le début du film les prémices d’un antagonisme. La laïcité est semble-t-il stricte en Norvège, et les enfants nouvellement scolarisés ne doivent déployer aucun prosélytisme. Puis adviennent des soupçons de maltraitance familiale. On découvre à l’école des bleus sur le corps d’un des enfants ; interrogés, ces derniers déclarent qu’ils font l’objet de punitions corporelles, et semblent victimes d’une emprise religieuse et morale portant atteinte à leur libre arbitre et à leur progressisme naturel de mineurs. L’aide sociale à l’enfance est alors alertée. Les cinq enfants, dont un nourrisson, sont placés à titre préventif, et s’ensuivent des procédures civile et pénale à l’encontre du couple nouvellement arrivé. Telle est la trame de l’œuvre.
Un film verbeux, mais un récit habile
Sur le plan cinématographique, Fjord s’inscrit dans la veine des autres films de Mungiu : usage intensif voire excessif du plan fixe et du plan-séquence, absence de musique extradiégétique et recours massif aux dialogues. Il s’ensuit un film verbeux — et non point littéraire — pour demeurer point trop polémique. Le tout n’est guère esthétique (cadrage, plans, photographie) mais cela ne paraît pas l’obsession du cinéaste balkanique. Le récit fonctionne en revanche très bien. La tension est souvent au rendez-vous, et la narration habile. On ne sait que tardivement si les châtiments imputés aux parents sont réels ou imaginaires. Ces derniers sont à la fois christiques dans l’épreuve qu’ils subissent, et agaçants à feindre de ne pas comprendre ce qu’on leur reproche. Ils ne sont point dépourvus non plus de toute intention manipulatoire. Le film n’est pas manichéen, bien qu’il épouse incontestablement le parti des parents traditionnels contre le progressisme scandinave qui apparaît insane. C’est donc à une sorte d’« art d’écrire », au sens de Léo Strauss, auquel s’est livré le réalisateur, qui fustige avec talent l’inanité des raisonnements idéologiques et paranoïaques auxquels l’ethos avancé et réformiste peut conduire parfois.
Deux films en un
Mungiu prétend ne pas prendre parti. Il y a dès lors et selon nous deux films : un pour le public international et c’est donc celui-ci qui a reçu la Palme d’or, et un second pour ses compatriotes et sans doute pour lui-même. Notamment, au détour de l’intrigue, des soutiens et une télévision roumains viennent encourager le père de famille avant son procès. On y comprend alors l’angoisse d’un peuple demeuré traditionnel, ayant subi en un siècle deux férules (austro-hongroise et communiste) et sans doute terrorisé à l’idée de voir son ipséité dissoute dans la pseudo-identité européenne, bien que la Roumanie tire un indéniable profit de son adhésion à l’UE. Le film a pu être taxé de réactionnaire par la critique. Or Mungiu est un homme de gauche, comme sa dénonciation de l’interdiction de l’avortement lui ayant valu sa première Palme d’or le démontre. Il s’agit plutôt d’un film pamphlétaire, que le cinéaste a rééquilibré en introduisant un point de vue opposé et anticonservateur. À voir, ne serait-ce que pour se forger un avis.







