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Flávio Bolsonaro a devancé Lula au premier tour de la présidentielle brésilienne, avec 47 % des voix contre 45 %.
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La carte du vote oppose un Nordeste, fidèle à Lula, au reste du pays, surtout le Sud.
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La réserve de voix penche nettement à droite avant le second tour du 25 octobre.
Le dimanche 4 octobre, les Brésiliens ont voté pour élire leur président, mais aussi les gouverneurs des États, les députés fédéraux et ceux des assemblées des États, ainsi qu’une partie des sénateurs. C’est surtout le résultat de la présidentielle qui a surpris : les sondages annonçaient en tête le président sortant, Luiz Inácio « Lula » da Silva, mais le sénateur Flávio Nantes Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, l’a devancé avec 47 % des voix contre 45 %.
Le second tour aura lieu le 25 octobre. Le score est trop serré pour se risquer à des prévisions, mais on peut du moins observer la carte du premier tour, qu’il a été possible de construire grâce aux statistiques mises en ligne immédiatement et gratuitement par le Tribunal supérieur électoral (TSE), chargé d’organiser les élections et de veiller à leur régularité.
Ce qui saute aux yeux, c’est la très forte dimension régionale du vote : le Nordeste, resté fidèle à Lula, s’oppose à tout le reste du pays, qui semble avoir basculé dans le camp de Flávio Bolsonaro. Ses partisans l’ont emporté dans 14 des 26 États, ainsi que dans le District fédéral de Brasília, et progressent fortement à la Chambre des députés comme au Sénat.
Le Nordeste, socle de Lula
On comprend que le Nordeste continue de voter Lula. C’est là que vit la majeure partie des familles qui dépendent de l’aide publique, et Lula, qui en est lui-même originaire, a beaucoup fait pour cette région. Il a notamment développé la « bourse familiale », un système d’allocation qui constitue leur seule source de revenus. Le Nordeste est le socle électoral de Lula, mais ce n’est pas là que se fait la différence. Lors des élections précédentes (il brigue aujourd’hui un quatrième mandat), il n’a été élu que lorsqu’il a su gagner des voix ailleurs, dans les régions centrales ou dans d’autres régions pauvres, comme l’Amazonie ou le Centre-Ouest.
Le Bœuf, la Bible et la Balle
Or une partie de l’Amazonie, et plus encore le Centre-Ouest, sont désormais largement passés dans l’autre camp. Ce sont des régions pionnières, où avance le front de déboisement et où se développent l’élevage bovin et la production massive de soja, de maïs et de coton. Ceux qui viennent s’y installer dans l’espoir de faire fortune adhèrent pour la plupart aux « trois B » autour desquels se rallient les bolsonaristes : le Bœuf (symbole de l’essor de l’agrobusiness), la Bible (la plupart sont des fidèles des Églises dites « évangéliques », c’est-à-dire des protestants pentecôtistes) et la Balle (ils sont partisans d’un armement massif de la population).
Lula a donc perdu beaucoup de voix dans ces régions, et la carte montre bien la trace des fronts pionniers partant de Brasília (le cercle central), plein nord le long de la route Brasília-Belém et vers le nord-ouest par le Mato Grosso. Ce n’est toutefois pas là que se jouera le second tour : ces régions sont déjà solidement acquises à Flávio Bolsonaro et, surtout, relativement peu peuplées. Une fois encore, le sort de l’élection se décidera probablement dans le Sudeste, où se trouvent les grandes métropoles que sont São Paulo, Rio de Janeiro et Belo Horizonte.
L’inconnue de l’abstention
Même s’il paraît peu probable que le second tour renverse la tendance, une inconnue demeure : le comportement des électeurs qui se sont abstenus au premier tour. Ils ont été 21 %, le niveau le plus élevé depuis 1998. En principe, le vote est obligatoire, et cette obligation a longtemps été appliquée avec rigueur, mais elle s’est progressivement assouplie. Il n’en reste qu’une amende si faible que beaucoup de pauvres préfèrent la payer plutôt que de prendre le bus jusqu’au bureau de vote : cela leur coûte moins cher. S’y ajoutent 1,84 % de votes blancs et 2,93 % de votes nuls, les premiers plutôt dans le Sudeste et le Sud, les seconds plutôt dans le Nordeste, comme le montrent les deuxième et troisième petites cartes.
Il n’y a guère à attendre des votes nuls, qui sont en général le fait d’électeurs maîtrisant mal la procédure (le vote est électronique et très complexe). Difficile aussi de savoir comment se prononceront ceux qui ont voté blanc au premier tour, faute d’avoir trouvé un candidat à leur convenance. Les partisans de Lula veulent croire qu’ils parviendront à mobiliser suffisamment d’abstentionnistes du premier tour pour inverser la tendance. Ce n’est pas exclu, mais cela paraît peu vraisemblable, puisque l’abstention a justement été faible dans les régions où Lula a fait ses meilleurs scores et forte dans celles favorables à Bolsonaro. De plus, Lula a déjà rassemblé la quasi-totalité de son camp : les autres candidats, qui ont obtenu entre 0,10 % et 2,89 % des voix, sont presque tous de droite, et la réserve de voix se trouve donc bien plus du côté de Flávio Bolsonaro. Depuis 1989, le candidat arrivé en tête au premier tour a d’ailleurs toujours fini par l’emporter au second.
Prudence toutefois : la politique brésilienne, comme la boîte de chocolats de Forrest Gump, réserve toujours des surprises…








