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Au Tanganyika, dans le sud-est de la RDC, les miliciens locaux ont troqué arcs et flèches contre des armes de guerre.
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À la faveur du conflit entre Kinshasa et le M23, ces « wazalendo » font la loi autour des mines d’or — et rançonnent les habitants.
Par Camille Laffont, Kalemie (RD Congo)
Ils sont une poignée de jeunes hommes, kalachnikov en main, postés autour d’une mine d’or : au Tanganyika, province du sud-est de la RDC, nombre de miliciens locaux ont troqué arcs et flèches contre des armes de guerre, qui prolifèrent, à la faveur du conflit voisin entre Kinshasa et le M23.
En décembre, le groupe antigouvernemental M23 soutenu par Kigali a mené, en pleine signature d’un accord de paix entre Kinshasa et le Rwanda sous médiation américaine, une offensive contre la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, entraînant une débandade des forces congolaises vers la province du Tanganyika.
Armes et combattants ont alors déferlé vers cette province minière, à peine sortie d’un violent conflit communautaire.
Depuis lors, à Mwala, petit village minier du Tanganyika, une centaine de miliciens lourdement armés, pour la plupart originaires du Sud-Kivu, font la loi.
Ces miliciens, certains très jeunes, disent être payés entre 100 et 150 dollars (entre 88 et 133 euros) par mois pour assurer la « sécurité » de la mine d’or artisanale de Mwala, exploitée par une société chinoise.
Ils se présentent comme des « wazalendo » (« patriotes » en swahili), surnom donné dans le pays aux miliciens locaux qui appuient les forces armées de la République démocratique du Congo (RDC) contre le M23.
« J’ai intégré la force d’autodéfense wazalendo dans l’objectif de défendre mon pays », assure Claude, chef du groupe de miliciens de Mwala, qui a été « au front plusieurs fois ».
Certains de ses hommes disent avoir combattu notamment à Minembwe, où se concentrent les plus violents combats entre les forces de Kinshasa et du M23 depuis plusieurs mois.
Mais à Mwala, les habitants, joints par téléphone, assurent surtout connaître ces miliciens pour leur propension à les rançonner en toute impunité.
« Nous avons faim »
La base des miliciens de Mwala se résume à une poignée de huttes en bois et feuillages, dressées sur un terrain jonché de sachets d’alcool vides, au milieu d’une immense savane desséchée, et quasiment vierge.
Les jeunes combattants y prennent des poses martiales, fusil d’assaut en main, face aux objectifs.
« Nous avons faim, nous dormons mal, nous achetons nous-mêmes les armes et munitions, tous ces efforts sont ignorés par nos autorités », plaide Claude.
Le Tanganyika se remet à peine d’un violent conflit communautaire entre populations pygmées et bantoues, qui a fait des milliers de morts entre 2013 et 2019.
La guerre contre le M23 est venue donner une nouvelle raison d’être aux milices locales.
Certaines ont été officiellement intégrées comme auxiliaires de l’armée congolaise et suivent une formation militaire. Mais la plupart, à l’instar du groupe de Claude, se sont autoproclamées « wazalendo ».
Après la prise d’Uvira par le M23, des colonnes de militaires en déroute ont abandonné armes, uniformes et munitions sur la route du Tanganyika. Certains ont été désarmés de force par des milices locales, qui se disaient prêtes à combattre à leur place.
Mitrailleuses soviétiques et lance-roquettes ont remplacé les arcs et les flèches qui équipaient l’essentiel de ces milices villageoises, selon plusieurs sources sécuritaires et locales.
« On a vraiment injecté beaucoup d’argent ici depuis 2015, pour mettre fin au conflit. Malheureusement, la guerre contre le M23 a éclaté », se désole Trésor Ngabo, représentant du programme national de désarmement et de réintégration au Tanganyika.
Malgré la fin des violences communautaires depuis 2019, « les conflits perdurent, mais cette fois, ces gens sont bien armés et, s’il y a de nouveaux affrontements, ce sera chaotique », s’inquiète-t-il.
Criminalité
La plupart de ces groupes armés contrôlent des carrés miniers souvent exploités par des sociétés chinoises et érigent des péages sur les routes.
La milice Bishambuke, originaire du Sud-Kivu, et à laquelle les miliciens de Mwala sont affiliés, est aussi réputée pour sa participation à des kidnappings de ressortissants chinois contre rançons. Et elle impose une taxe d’environ 1 500 dollars par mois aux sociétés qui transitent sur son territoire, selon un opérateur minier local.
La province mise aujourd’hui sur l’exportation du lithium via le lac Tanganyika, mais les opérateurs économiques locaux doutent que les entreprises étrangères se risquent à investir dans un contexte sécuritaire aussi volatile.
Loin d’être une localité isolée, Mwala ne se trouve qu’à une vingtaine de kilomètres de Kalemie, capitale de la province sise au bord du lac Tanganyika.
Mais l’armée congolaise, démunie, peine à neutraliser ces groupes censément alliés et désormais bien équipés, qui vont parfois jusqu’à affronter les militaires.
« Une bombe à retardement »
Les soubresauts du conflit n’ont pas épargné la capitale provinciale, où l’économie peine à se relever des conflits communautaires et qui accueille des dizaines de milliers de déplacés du Sud-Kivu.
À la nuit tombée, les balles crépitent dans les quartiers périphériques, quand des déserteurs lourdement armés viennent cambrioler les maisons et braquer leurs occupants.
Les autorités locales et la société civile s’accordent à constater une relative accalmie ces derniers mois, à la faveur d’opérations menées par les forces de l’ordre, mais l’insécurité demeure et la confiance des populations envers leurs forces armées « a disparu », assure Chirac Issa, représentant de la société civile locale.
Pour lui, la question des groupes armés dans la province est une « bombe à retardement ». Et de s’interroger sur l’avenir : même si la guerre des Grands Lacs venait à s’achever, le désarmement resterait hors de portée.










