- La dette publique est sans doute le sujet le plus présent dans les médias depuis que la prise de conscience de son ampleur et de ses conséquences semble enfin là.
- L’économiste Jean-Marc Daniel nous fait bénéficier de son expertise et de sa fine connaissance de l’histoire de la pensée économique et des expériences à l’étranger.
- Il met à mal une idée reçue qui veut que l’endettement résulte de la recherche d’une amélioration du sort des plus pauvres : c’est pourtant l’exact contraire, c’est à eux qu’il nuit en premier lieu lorsqu’il devient démesuré.

L’économiste Jean-Marc Daniel nous fait bénéficier de son expertise et de sa fine connaissance à la fois de l’histoire de la pensée économique et des expériences à l’étranger pour nous permettre de mieux en comprendre les enjeux.
Surtout, n’omettant pas pour autant de présenter les vertus que peut avoir le recours à l’endettement dans certaines situations, il met à mal une idée reçue qui veut que celui-ci soit la conséquence de la recherche d’une amélioration du sort des plus pauvres. C’est pourtant l’exact contraire : c’est à eux qu’il nuit en premier lieu lorsqu’il atteint des proportions démesurées et n’est plus sous contrôle.
La dette française atteint des sommes colossales. Fin septembre 2026, on l’estime à 3 595,5 milliards d’euros. Ce qui représente environ 119 % de notre PIB.
Surtout, nous savons que les intérêts de la dette s’élèveront à près de 80 milliards d’euros en 2026, désormais premier poste de dépenses du budget de l’État en France, à comparer avec le niveau bien timide des économies que les quelques gouvernements qui sont tombés récemment cherchaient péniblement à réaliser.
Ce qui permet de mesurer l’importance du problème qui se présente à notre économie à un moment où le niveau des taux d’intérêt qui s’imposent à nous sur les marchés s’envole et amplifie encore la spirale infernale que nous ne parvenons plus à stopper.
La situation est très grave, nous sommes au bord du gouffre, et il semble bien que cette fois, les marchés ne nous accordent plus la confiance exceptionnelle qu’ils voulaient bien encore tolérer de manière presque surprenante depuis tant d’années malgré la léthargie dans les décisions de nos politiques.
Sans réaction d’ampleur, nous risquons une crise absolument inouïe dont peu encore semblent imaginer l’intensité. Enfermée dans notre actualité du quotidien et les petites mesquineries politiques, notre myopie collective ne semble pas en mesure d’entrevoir la réalité des chocs qui nous attendent, ni même de comprendre les raisons de notre appauvrissement relatif, qui est bel et bien une réalité.
Pour autant, rien n’est perdu et l’intérêt de l’ouvrage de Jean-Marc Daniel est de montrer, après avoir présenté au préalable des analyses explicatives, qu’il existe des solutions.
Les politiques d’endettement en question
La première chose à avoir en tête lorsqu’on pense à la dette, c’est bien sûr la place démesurée qu’occupe l’État en France. Il est véritablement partout. Et c’est ce qui permet évidemment de comprendre pourquoi nous en sommes là.
Jean-Marc Daniel entend montrer à travers cet ouvrage qu’il est faux de présumer que diminuer les dépenses se ferait au détriment du bien-être collectif ou d’une partie de la population, de même que parler sans cesse d’austérité ne fait que susciter les peurs, laissant entrevoir un nécessaire appauvrissement, là où il est possible d’agir de manière bien plus subtile et mesurée, sans atteindre à la dignité des plus pauvres, bien au contraire.
C’est donc à un renversement de notre état d’esprit habituel qu’il s’agit de procéder.
Dans un premier chapitre, il commence par insister sur l’importance du vocabulaire, de la définition de la dette et de la compréhension du sujet dont on parle. Un point essentiel lorsqu’on sait que règne un certain nombre de confusions sur le sujet. C’est pourquoi il se livre à un certain nombre de précisions fondamentales pour bien comprendre le sujet, à la fois sur les composantes de la dette, ses mécanismes essentiels, ainsi que qui la finance. Un préalable nécessaire, même si à chaque fois que l’on commence à s’intéresser au fond du sujet, on éprouve immanquablement une sorte de tournis face au caractère infernal et relativement complexe des réalités décrites.
Puis il s’agit de tirer parti des enseignements de l’histoire de la pensée économique pour mieux comprendre ce qui a motivé les politiques budgétaires, monétaires et d’endettement, en confrontant les arguments des grands auteurs partisans de ces politiques, et ceux des détracteurs fondés sur des études et théories tendant à les invalider, tout en les confrontant aux faits économiques. À l’image des anticipations rationnelles, notamment, et du théorème de Ricardo-Barro ou « équivalence ricardienne », mais aussi — et nous retrouvons ici le titre de l’ouvrage — l’effet « Robin des Bois inversé ».
Un mécanisme anti-redistributif
Avec l’effet « Robin des Bois », nous comprenons mieux l’un des crédos de Jean-Marc Daniel à l’encontre de la rente. Car que se passe-t-il en réalité ? La dette est émise notamment sous forme d’obligations, auxquelles les plus aisés peuvent souscrire, et qui leur rapporteront sous forme d’intérêts qu’ils percevront en rémunération de leur placement. Tandis que les pauvres devront contribuer eux aussi au paiement des intérêts de la dette à travers les impôts (au premier rang desquels la TVA sur les produits qu’ils achètent), mais sans quant à eux, avoir les moyens d’acheter des obligations.
« Et cet effet est d’autant plus marqué que les taux d’intérêt sont élevés. C’est pour cela qu’au XIXe siècle, les partis de gauche réclamaient l’équilibre budgétaire au nom de la nécessité de protéger les pauvres des générations futures. Paradoxalement, aujourd’hui, surtout en France, l’héritage keynésien fait de certains économistes qui se réclament de la gauche des défenseurs systématiques de la relance par la dépense publique et l’endettement alors qu’elle est à l’origine d’un effet pervers de creusement des inégalités… […] C’est ainsi que, depuis 1960, les administrations publiques ont versé près de 2 700 milliards d’euros à leurs créanciers au titre des intérêts dus. »
Il en va de même, ajoute-t-il, avec les subventions, par exemple aux spectacles et aux salles d’art lyrique, comme dans le cas bien connu de l’Opéra, qui bénéficie de l’apport des contribuables, mais profite en définitive plutôt à un petit nombre de privilégiés, ce qui est vrai aussi dans d’autres domaines comme les études supérieures, comme il le montre par ailleurs.
Les déficits budgétaires
À la source de l’endettement se trouvent les déficits budgétaires. Si certains de nos voisins et d’autres États dans le monde parviennent à dégager des excédents, c’est une situation qui n’est plus arrivée à nos finances publiques françaises depuis plus de quarante ans, comme nous le savons.
Ce qui ne va pas, en réalité, dans nos budgets, ce sont les déficits structurels, qui correspondent à « un écart durable entre le montant des impôts perçus et celui des dépenses publiques ». Ceux conjoncturels peuvent trouver une certaine justification, dans la mesure où, dans une économie cyclique, les excédents conjoncturels des phases d’expansion compensent les déficits conjoncturels des phases de récession.
« Étrangement, le gouvernement et les parlementaires qui votent le budget ignorent ostensiblement cet objectif de disparition du déficit structurel. Ils se calent sur la vision initiale du Pacte de stabilité et de croissance en affirmant vouloir atteindre un déficit inférieur à 3 % du PIB. Cependant, cet objectif de 3 % n’a pas de sens s’il ne s’inscrit pas dans la logique cyclique reprise par le TSCG (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance). »
Quelles solutions ?
Face à l’ampleur de la dette, dont la progression est devenue géométrique, il est plus qu’urgent d’agir et il existe bien sûr des solutions, bonnes ou mauvaises. Jean-Marc Daniel en présente cinq, à commencer par la banqueroute. Là encore, et comme il l’avait déjà évoqué dans des ouvrages précédents, il est utile de se référer à l’histoire économique si on ne veut pas sombrer dans les mêmes erreurs que dans le passé. Promouvoir l’annulation de tout ou partie du stock de dette est, en effet, très facile pour un politique qui espère se faire élire. Mais il y a un écart colossal entre les slogans électoraux et la réalité, et mieux vaut diffuser la connaissance que de risquer de confier le pouvoir à des politiques qui nous mèneraient droit en enfer s’ils venaient à tenir leurs promesses (ce dont on peut douter)…
Les autres solutions présentées sont sans réelle efficacité, comme là aussi l’expérience ou les évolutions économiques l’ont démontré : qu’il s’agisse de la vente d’une partie des actifs des administrations publiques, du recours à l’inflation (alors que c’est plutôt la déflation qui menace aujourd’hui), ou encore des augmentations d’impôts (pour lesquelles nous voyons bien que nous sommes allés si loin que nous ne disposons plus de marges de manœuvre, tout en sachant qu’elles ont des effets pervers que là aussi, les théories économiques et les faits ont bien mis en lumière). Restent les baisses de dépenses, seule véritable perspective sérieuse, surtout lorsque nous avons en tête cette très célèbre maxime de Frédéric Bastiat révélatrice du caractère pervers de la dépense, que l’on ne répétera jamais assez et qu’il cite à deux reprises : « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».
Surtout, il est souvent utile de s’inspirer de l’expérience des autres États, et de voir comment certains d’entre eux, à l’image de la Suède ou du Canada, dont il relate les actions engagées au cours des dernières années, ont su améliorer grandement leur situation à cet égard.
Grâce à des actions efficaces à base de diminutions des dépenses, sans augmentations d’impôts et de règles institutionnelles claires, la norme est désormais dans le cas suédois, par exemple, aux excédents budgétaires, tandis que la dette publique n’était plus que de 35 % du PIB fin 2025 ! (à comparer aux 115,7 % de la France à la même date).
S’inspirant en partie de ces expériences, Jean-Marc Daniel propose alors des pistes d’action très précises adaptées au cas français, qu’il s’agisse de refonte de l’État providence, de la nécessaire réduction de la fonction publique ou de remise à plat de notre système fiscal.
Une chose est certaine : ne pas réagir suffisamment vite et suffisamment fort à l’état cataclysmique de nos finances publiques nous expose à l’une des pires crises que nous ayons jamais connues. Cet ouvrage de Jean-Marc Daniel, à cette aune, n’est que l’une des pièces à un débat qui doit prendre de l’ampleur si nous ne voulons pas sombrer dans une crise d’une puissance dont trop peu de Français sont encore conscients et qu’il convient d’éviter à tout prix.








