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Depuis la reprise de son « combat » contre la vie chère, le 19 octobre 2026, le RPPRAC concentre ses actions sur les magasins du groupe Bernard Hayot (GBH).
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Il en fait le principal responsable de la vie chère en Martinique — une analyse que les données économiques contredisent.
Depuis sa reprise du « combat » pour la vie chère, le 19 octobre 2026, le RPPRAC concentre ses actions sur les magasins du groupe Bernard Hayot (GBH), dont il cherche à perturber le fonctionnement. Ces opérations s’accompagnent de virulentes accusations contre le groupe, que le RPPRAC présente comme le principal responsable de la vie chère en Martinique, une analyse que les données économiques contredisent. Le niveau élevé des prix tient d’abord à des facteurs structurels, tandis que les difficultés des ménages s’expliquent aussi par la faiblesse des revenus.
Le 16 octobre 2026, deux ans après les manifestations contre la vie chère de l’automne 2024, le RPPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens), à l’origine de cette contestation, a annoncé vouloir « reprendre le combat » en Martinique. Devant une centaine de sympathisants, son dirigeant, Rodrigue Petitot, a appelé à une « mobilisation prolongée » à compter du 19 octobre et a promis une « guerre d’usure ».
La grande distribution, cible quasi exclusive du RPPRAC
Si le RPPRAC entend défendre le pouvoir d’achat des Martiniquais, son « combat » se concentre principalement sur un seul acteur, ou presque. À l’exception d’un barrage filtrant organisé le 26 octobre à Sainte-Thérèse, toutes les actions du mouvement ont visé des centres commerciaux du groupe Bernard Hayot.
La principale cible est l’hypermarché Carrefour de Dillon : le 19 octobre, une cinquantaine de manifestants s’y rassemblent pour interpeller les clients. Le déploiement de nombreux policiers et les rideaux métalliques abaissés à l’entrée laissent croire à une fermeture du centre commercial, qui continue pourtant d’accueillir des clients. Le 30 octobre, une dizaine de militants cherchent à bloquer le parking de l’hypermarché, mais sont dispersés puis verbalisés par la police. Le lendemain, le RPPRAC tente à nouveau d’interdire l’accès au magasin. Les forces de l’ordre repoussent les militants, notamment à l’aide de gaz lacrymogène.
D’autres centres commerciaux du groupe ont été visés. Le 20 octobre, malgré une interdiction de manifester prononcée par la préfecture, une trentaine de militants bloquent l’entrée des magasins Decathlon et Mr.Bricolage, dans la zone industrielle d’Acajou. Le 21 octobre, le RPPRAC investit l’hypermarché Océanis, au Robert. Les militants y organisent une occupation ponctuée de coups de corne de brume et de sifflets afin d’empêcher les clients d’accéder aux rayons. Face aux perturbations, plusieurs boutiques baissent leur rideau métallique. À l’issue de négociations avec la direction, les militants acceptent de quitter l’hypermarché, mais maintiennent le blocage de ses accès.
« Leur montrer qu’ils sont ciblés »
Le 19 octobre, devant le Carrefour de Dillon, Rodrigue Petitot résume sa stratégie. « Le but est de leur montrer qu’ils sont ciblés. Le groupe Bernard Hayot est en train de vampiriser le peuple. […] Il est temps d’atteindre leur porte-monnaie », déclare celui que les militants surnomment « le R ». Ce sobriquet remonte à son incarcération pour trafic de drogue. « Nous nous sommes introduits dans le magasin comme il s’est introduit dans notre vie. Nous nous sommes mis parmi les clients comme il s’est mis parmi nos postes de dépenses. Et puis, nous l’avons pénalisé comme il nous a pénalisés », ajoute-t-il le 21 octobre devant l’hypermarché Océanis.
Dès 2024, Rodrigue Petitot avait notamment fait de GBH, premier distributeur alimentaire et premier employeur privé de l’île, le symbole de sa lutte contre la vie chère. Si le groupe martiniquais se retrouve encore une fois au centre du débat, les ressorts de cette crise semblent aller au-delà du périmètre de la grande distribution, dans une Martinique dont l’économie reste très spécifique.
Les prix élevés tiennent d’abord aux « spécificités de l’économie martiniquaise »
Dans un rapport sur la vie chère en Martinique publié en février 2026, l’Autorité de la concurrence évalue à 27 % la part de GBH dans les surfaces de vente alimentaires. Si GBH demeure le premier acteur du secteur, sa position est loin d’être dominante : Fabre et Parfait détiennent respectivement 25 % et 19,6 % des surfaces de vente. Même en imputant à la grande distribution une responsabilité dans le niveau des prix, rien ne justifie de cibler exclusivement GBH, alors que plusieurs groupes se partagent le marché.
| Groupe | Part des surfaces de vente alimentaires |
|---|---|
| GBH (Bernard Hayot) | 27 % |
| Fabre | 25 % |
| Parfait | 19,6 % |
Source : Autorité de la concurrence, rapport de février 2026.
L’écart de prix avec la France métropolitaine, de 14 % en moyenne et de 40 % pour les produits alimentaires, s’explique toutefois d’abord par des facteurs structurels. Le rôle de la grande distribution est marginal. « Les spécificités de l’économie martiniquaise, parmi lesquelles figurent notamment l’étroitesse du marché, une balance commerciale déséquilibrée avec une forte dépendance vis-à-vis de l’Hexagone pour ses approvisionnements, le poids de la fiscalité locale (TVA et octroi de mer) ou encore l’existence de frais d’approche importants, expliquent pour une large part le niveau élevé des prix à la consommation sur le territoire », lit-on ainsi dans le rapport de l’Autorité de la concurrence.
Le rapport contredit également l’hypothèse de marges excessives nourrissant les prix élevés : celles de la grande distribution sont comparables en Martinique à celles observées dans l’Hexagone. La vie chère ne se résume toutefois pas au niveau des prix : elle pèse d’autant plus sur les ménages que les revenus sont faibles, dans une économie marquée par un chômage élevé et un taux de pauvreté important.
L’efficacité du dialogue social en question
En concentrant sa contestation sur la grande distribution et, au sein de celle-ci, sur un seul groupe, le RPPRAC choisit un symbole fort et lisible pour l’opinion, au détriment d’une lecture globale des mécanismes de la formation des prix.
Sur le terrain, le mouvement peine également à se traduire en mobilisation, à en juger par l’érosion de la participation aux rassemblements. En 2024, les manifestations organisées à l’appel du RPPRAC réunissaient plusieurs centaines de personnes, parfois des milliers. En 2026, le rassemblement de relance du mouvement, le 19 octobre, n’a réuni qu’une cinquantaine de militants. Le 30 octobre, ils n’étaient plus qu’une dizaine.








