À Kinshasa, panser les plaies des shégués, ces enfants des rues

5 avril 2026

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Photo : Congo (c) Conflits

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À Kinshasa, panser les plaies des shégués, ces enfants des rues

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  • À Kinshasa, des milliers d’enfants surnommés « shégués » survivent dans la rue, abandonnés par leurs familles ou victimes de la misère dans une mégapole de 17 millions d’habitants.

  • Violence, drogue, prostitution, accusations de sorcellerie : le quotidien de ces mineurs est marqué par une brutalité extrême que les ONG locales tentent, avec des moyens limités, de combattre.

  • Dans un pays où 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, les associations pallient les défaillances de l’État — mais s’inquiètent d’une réduction croissante de l’aide internationale.

Dans la cour d’un vieil entrepôt, des enfants des rues errent parmi les carcasses de voitures rouillées : à Kinshasa, des ONG tentent de rendre un avenir à ces jeunes surnommés « shégués », livrés à eux-mêmes dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Abandonnés par leurs parents ou fuyant la misère de leur foyer, les shégués sont plusieurs milliers à survivre, entre débrouille et mendicité, aux ronds-points et le long des artères de la mégapole de près de 17 millions d’habitants.

« L’hémorragie est profonde, nous rencontrons de nouveaux cas tous les jours », dit tristement Georges Kabongo, éducateur, qui organise des maraudes depuis plus de 11 ans pour l’ONG Œuvre de reclassement et de protection des enfants de la rue (ORPER). Chaque jour, ses équipes sillonnent les quartiers pauvres de la capitale congolaise pour soigner et aider les plus vulnérables.

« Lame de rasoir »

À l’arrière d’un 4×4, un infirmier de l’ONG désinfecte une longue entaille dans le bras d’un jeune garçon. Ses jambes aussi sont éraflées. « Les autres l’ont coupé avec une lame de rasoir. Ils font ça avec les nouveaux », explique Willie Masalé, en blouse blanche. À côté, une jeune fille comate à l’arrière d’un pick-up. Une autre, âgée de 13 ans, cache sa grossesse sous un gros sweater sale.

Dans ce quartier de Limete, commune populaire dans l’est de Kinshasa, la violence, la drogue et la prostitution font partie du quotidien des shégués. « Les filles sont victimes de viols aussi, nous les sensibilisons sur les risques d’infections et de contamination au VIH », souligne Georges Kabongo. Chaque année, l’équipe mobile dit aider plus de 800 mineurs dans les rues. Parmi eux, beaucoup sont accusés d’être des « enfants sorciers » par leurs familles, souvent démunies : « C’est un prétexte pour se débarrasser d’eux », déplore M. Kabongo.

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En RDC, près de 75 % de la population vit avec moins de trois dollars par jour, selon la Banque mondiale. Dans la capitale du vaste pays d’Afrique centrale, les églises évangéliques fleurissent et de faux pasteurs prétendent pouvoir « exorciser » les « enfants sorciers » contre rémunération. « Certains vont jusqu’à les séquestrer, les priver de nourriture et les soumettre à des pratiques insupportables », dénonce l’éducateur.

« C’est ma famille qui m’a versé de l’huile brûlante », raconte une fillette de 11 ans, pieds nus, le corps couvert de cicatrices, qui a préféré fuir il y a deux ans avec ses deux grandes sœurs.

L’équipe mobile tente de la convaincre de venir dormir dans un des foyers de l’ONG, où elle pourrait être logée et nourrie.

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« Utiles à la société »

Une autre association, l’Œuvre de suivi, d’éducation et de protection des enfants de la rue (OSEPER), mise sur la formation pour « redonner espoir » à ces enfants rejetés par la société. « À votre sortie, vous pourrez devenir des entrepreneurs », affirme le professeur de français aux élèves dans un centre de formation de l’OSEPER. L’association y offre des leçons d’alphabétisation pour les plus jeunes et propose des formations professionnelles. Une centaine de jeunes apprennent ainsi la menuiserie, la couture ou le métier de boulanger.

« À leur majorité, ils pourront travailler et être autonomes. L’objectif est que ces enfants se réinsèrent et deviennent utiles à la société », résume Christophe Moké, un éducateur de l’OSEPER.

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En cuisine, Daniel forme des pâtons. Avant d’être abandonné par sa mère, puis sa grand-mère, il rêvait de faire carrière comme chanteur d’église. Mais depuis qu’il a connu la violence de la rue, le jeune homme de 17 ans aspire à une « vie stable ».

« Là-bas, il faut être brutal comme eux. On te frappe tous les jours et tu dois voler pour manger. Je regrette beaucoup de choses que j’ai faites », confie l’adolescent, qui dit ne plus avoir de nouvelles de sa famille.

« Les ONG font le travail des parents et de l’État », dit Désirée Dila, un des encadrants du centre.

Faute de subventions, l’association dépend de dons privés et de partenaires extérieurs, dont la fondation française Apprentis d’Auteuil, pour fonctionner. Les équipes s’inquiètent d’une baisse des financements de leurs activités, dans un contexte de réduction globale de l’aide humanitaire.

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© Agence France-Presse

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Revue Conflits avec AFP

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