<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Albi : une ville moyenne touchée par les trafics de drogue

18 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : c : Elena Popova

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Albi : une ville moyenne touchée par les trafics de drogue

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Un an après les premiers tirs d’armes de guerre à Albi, les quartiers concernés portent encore les stigmates du narcotrafic. À l’approche des élections municipales, colère et peur redessinent le paysage local.


Par Valentin GRAFF. Envoyé spécial à Albi, Tarn.


Des tirs d’armes de guerre ont retenti il y a près d’un an à Albi, pour la première fois lors d’un règlement de comptes lié au narcotrafic, et l’écho de ces coups de feu hante encore les quartiers les moins bien lotis de la ville à l’approche des élections municipales.

« Ça a été un épisode atroce pour tout le monde », confie à l’AFP Leslie Cervantès, mère de famille du quartier Lapanouse, où la fusillade a eu lieu, à deux kilomètres de la majestueuse cathédrale Sainte-Cécile.

« Ça a laissé quelques séquelles, les gens ont un peu peur et c’est normal. On a eu droit aux CRS, ce qui est super, mais ils sont anxiogènes », dit-elle, regrettant qu’aucune cellule psychologique n’ait été mise en place.

Lire aussi : La France au cœur des trafics de drogue : un regard géopolitique

Albi est surtout connue pour sa vieille ville et sa spectaculaire cité épiscopale, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais elle abrite aussi quelques-uns des quartiers les plus défavorisés de France : selon l’Insee, 57% des habitants de Lapanouse vivaient en 2021 sous le seuil de pauvreté, et surtout 69% au quartier Cantepau.

Or, « le trafic va avec la pauvreté », soupire Nathalie Lefranc-Ferrand, conseillère municipale d’opposition depuis six ans. La candidate (DVG) aux municipales fait partie de ceux qui dénoncent les disparités entre le centre, « ville musée », et les quartiers prioritaires.

La préfecture du Tarn, comme ailleurs en France, connaît une hausse du narcotrafic. Si les condamnations liées aux stups sont en hausse de 62% entre 2020 et 2024 à l’échelle nationale, elles progressent de 112% sur le ressort du tribunal judiciaire d’Albi. Des dossiers qui proviennent en majorité de la ville intramuros, selon la procureure Stéphanie Bazart.

Lire aussi : Trafics de drogue et criminalité urbaine. L’exemple de Toulouse

« Invivable »

Les habitants n’en peuvent plus de n’entendre parler de leurs quartiers qu’à propos du trafic, et ceux rencontrés par l’AFP dénoncent unanimement les inégalités et la stigmatisation qu’ils subissent. L’indignation pousse certains à envisager de voter pour la première fois en mars, et d’autres à s’engager sur une liste.

« Faut arrêter de donner une mauvaise image de Cantepau », lance une mère de famille de 47 ans, lasse de la couverture médiatique de son quartier, à des journalistes de l’AFP fermement éconduits par un dealer qu’ils avaient tenté d’aborder. S’ensuivra une longue discussion, à laquelle se joindront quatre jeunes.

« On ne se sent pas représentés », explique l’un d’eux, 27 ans.

« Hé attends, je suis sur la liste ! », réplique l’habitante, qui a requis l’anonymat tant pour elle que pour sa tête de liste.

« C’est la première fois qu’une personne du quartier se présente à la mairie, on va voter pour elle », lance un autre jeune homme de 23 ans.

Tous dénoncent une forme de harcèlement de la part des forces de l’ordre

Tous dénoncent une forme de harcèlement de la part des forces de l’ordre. « La police d’Albi se met à nous narguer, nous insulter. (…) Quand j’ai un problème, je n’appelle jamais la police. On a la boule au ventre quand on passe à côté d’eux », explique le premier.

Les élus sont perçus comme lointains et indifférents. « Elle ne vient jamais nous voir », ajoute un troisième jeune à propos de la maire (Horizons) Stéphanie Guiraud-Chaumeil, élue depuis 2014 et candidate à un troisième mandat.

« Je vais commencer à voter. Ça devient invivable », lâche un quatrième, aux yeux bleu vif sous son bonnet noir.

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« Bons souvenirs »

L’édile était venue à Lapanouse après la première fusillade, avec le préfet. Elle est revenue récemment pour l’inauguration d’une nouvelle aire de jeux. Contactée par l’AFP, elle rappelle par écrit que ses administrés « savent que la lutte contre le narcotrafic n’est pas du ressort de notre collectivité mais bien de l’État », mais dit toutefois « comprendre » leur inquiétude.

« Tu peux pas enfermer les gens dans ce qui s’est passé », estime Tarek Njah, 57 ans, à propos de la demi-douzaine de fusillades en 2025. « Lapanouse a une image de quartier sensible, c’est une connerie monumentale », ajoute l’oncle de Leslie Cervantès.

Mme Cervantès, mère célibataire de cinq enfants, se démène pour organiser à Lapanouse, avec son association, des activités chapeautées par des bénévoles : lutte libre ou danse pour les jeunes, gym avec solution de garde pour les mamans. Elle regrette que la mairie ne lui prête pas de local pour accueillir du public toute l’année.

« L’immense majorité des gens, quels que soient les quartiers, ont envie de vivre en paix. Et pour ça, il faut se donner collectivement les moyens », soutient la candidate Nathalie Lefranc-Ferrand, qui vient à Lapanouse une heure et demie tous les dimanches. Dans son programme, elle veut mettre un marché en plein milieu du quartier « pour recréer du lien ».

Et Leslie Cervantès de lancer à l’élue : « Ça me plairait bien de m’investir un peu avec vous ». « Ben, je vous prends sur la liste ! », sourit Nathalie Lefranc-Ferrand.

Lire aussi : Logistique du narcotrafic : les chemins de la drogue, des ports aux consommateurs

© Agence France-Presse

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Revue Conflits avec AFP

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