CAN 2025 : quand le droit protège la crédibilité du football africain

18 mars 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : JRabat, Marocco. Ulrik Pedersen/CSM/Sipa USA (Credit Image: © Ulrik Pedersen/Cal Sport Media/Sipa USA)/66888179/ZEUS/2601182130

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CAN 2025 : quand le droit protège la crédibilité du football africain

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  • La CAF a attribué la CAN 2025 au Maroc après que le Sénégal a quitté la pelouse en finale, enfreignant le règlement — une décision historique qui fait primer le droit sur l’émotion sportive.
  • Cette sanction envoie un signal clair à tout le football africain : aucune infraction grave ne peut être effacée par la pression populaire ou la puissance des images, même après la remise du trophée.
  • La décision intervient dans un contexte historique pour le Maroc, dont la CAN 2025 devait consacrer l’excellence organisationnelle et le rayonnement continental croissant.

La décision de la CAF d’attribuer la CAN 2025 au Maroc n’est pas seulement sévère. Elle est juste. Elle peut surprendre, parce qu’elle corrige après coup ce que le terrain semblait avoir tranché. Mais le propre du droit est précisément d’intervenir lorsque l’instant sportif, emporté par la tension, n’a pas permis de faire respecter la règle. La VAR elle aussi avait d’abord été perçue comme une intrusion froide dans la passion du jeu. Elle est aujourd’hui largement acceptée, parce qu’elle rappelle une évidence : l’émotion ne peut pas effacer la règle. Ici, le droit l’a emporté sur l’image. Et il a eu raison.

Les faits sont connus. En finale, le Sénégal a quitté la pelouse pendant de longues minutes après une décision arbitrale contestée. Or les règlements existent pour être appliqués, y compris dans les moments de très forte tension. La CAF n’a pas inventé une sanction d’opportunité : elle a tiré les conséquences d’une infraction au règlement. Dire cela n’enlève rien à la qualité sportive du Sénégal ; cela rappelle seulement qu’aucune sélection, aussi forte soit-elle, n’est au-dessus des règles. Le Sénégal a enfreint les règles, il en paie le prix.

« L’émotion ne peut pas effacer la règle. Ici, le droit l’a emporté sur l’image. Et il a eu raison. »

Cette décision fera date. Car elle envoie un message clair à tous les acteurs du football africain : aucune infraction grave ne saurait être effacée par le tumulte du moment, la pression populaire ou la puissance des images. Désormais, chacun saura qu’un manquement peut être sanctionné a posteriori, même après la célébration, même après la remise du trophée. C’est une nécessité pour la crédibilité des compétitions. Le football africain ne grandira pas en protégeant les apparences ; il grandira en protégeant ses règles.

Une CAN à enjeux géopolitiques

Cette exigence est d’autant plus légitime que cette CAN s’inscrivait dans un contexte historique. L’édition 2025 devait consacrer l’excellence organisationnelle du Maroc, sa capacité à accueillir de grands événements et son attractivité croissante sur la scène mondiale. Infrastructures modernes, stades de très haut niveau, logistique éprouvée, visibilité internationale : tout concourait à faire de cette compétition un moment de démonstration continentale.

« Une CAN n’est jamais seulement un tournoi. Elle engage l’image d’un pays, la crédibilité d’une confédération et des équilibres géopolitiques sur tout le continent africain. »

Une CAN n’est jamais seulement un tournoi. Elle engage l’image d’un pays, la crédibilité d’une confédération et, à une plus grande échelle, des équilibres politiques et géopolitiques sur tout le continent africain. Elle est une vitrine de stabilité, de puissance, de rayonnement et d’influence. Pour le Maroc, dont la nouvelle doctrine diplomatique en Afrique produit ses effets, accueillir cette compétition dans les meilleures conditions possibles relevait d’un enjeu de souveraineté symbolique autant que sportive.

Le droit doit aussi savoir gagner à temps

C’est justement pour cela que le droit devait prévaloir. Plus l’événement est important, plus la règle doit être intangible. Plus la compétition est exposée, plus la décision juste doit l’emporter sur la décision commode. En ce sens, la CAF a agi conformément à ce qu’exige la crédibilité d’une institution sportive continentale aspirant à se hisser au niveau des grandes confédérations mondiales.

« Le football africain ne grandira pas en protégeant les apparences ; il grandira en protégeant ses règles. »

Reste une leçon institutionnelle. La CAF a sans doute bien jugé ; elle a jugé tard. La prochaine fois, les instances doivent être capables de trancher plus rapidement. Une décision plus rapide éviterait les polémiques, limiterait les tensions politiques, protégerait les équipes et préserverait ce que le sport a de plus précieux : la magie de l’instant sportif.

Le droit doit gagner, oui. Mais il doit aussi savoir gagner à temps. C’est à cette double condition — la fermeté de la règle et la rapidité de son application — que le football africain pourra prétendre à la reconnaissance qu’il mérite sur la scène mondiale.

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À propos de l’auteur
Martin Capistran

Martin Capistran

Avocat, docteur en droit.