À partir de 330, c’est une nouvelle Rome qui dirige l’empire : Constantinople. Cette seconde Rome tiendra ce rôle pendant plus de mille ans.
De Constantin à Justinien, puis d’Héraclius à la dynastie macédonienne, la ville connaît restaurations, crises et renaissances successives.
Prise et mise à sac par les croisés en 1204, elle tombe définitivement en 1453 sous les assauts de Mehmet II, laissant à Rome le temps de devenir la capitale d’un nouvel ordre : celui de l’Église.
Un article à retrouver dans le N°65. Rome : la permanence de l’Empire

Rome est considérée comme la capitale de l’empire qu’elle a fondé et auquel elle a donné son nom. Pourtant, à partir de 330, c’est une nouvelle Rome qui dirige l’empire : Constantinople. Cette seconde Rome tiendra ce rôle pendant plus de mille ans, laissant à sa prédécesseure le temps de se commuer en capitale d’un nouvel ordre, celui de l’Église (catholique et romaine1).
La fondation par Constantin
Au Ier siècle, l’empire s’était étendu au rivage de la mer Noire sous Claude, qui annexa définitivement la Thrace. Alors, le site de Byzance a peu d’intérêt. À la fin du IIIe siècle, face aux difficultés de défense d’un empire trop étendu et en butte à de multiples attaques, l’empereur Dioclétien instaure une tétrarchie avec plusieurs capitales. Rome avait perdu son rôle prédominant : trop éloignée des frontières de l’empire où se déroulaient les combats, trop distante aussi des riches provinces orientales.
Constantin, devenu seul empereur, choisit de n’avoir qu’une seule capitale. Il en établit les plans à partir de 324 pour placer un Capitole, un forum, un Sénat, un hippodrome, des aqueducs et des égouts, des sanctuaires païens et des temples chrétiens (Sainte-Irène). La Nova Roma acquerra un prestige durable : Basileuousa (Reine des Villes) ou Mégalopolis (la Grande Ville) voire simplement LA ville (ἡ Πόλις). Elle est établie à l’endroit où le Bosphore se resserre le plus, avec sept collines (Byzance étant la première d’entre elles, dominant la Corne d’or) qui permettent un bon aménagement défensif. Inaugurée en 330 et malgré les ménagements syncrétiques, la ville devient très vite un centre chrétien qui rivalisera longtemps avec la Rome des papes à qui elle cédera difficilement la préséance. Elle grandit vite (80 000 habitants déjà sous le règne de Constantin). Très solidement fortifiée, elle devint virtuellement imprenable.
Capitale de l’empire, Constantinople est de ce fait un centre religieux important. L’empereur n’hésite pas à intervenir dans les affaires de l’Église, d’autant que sa conversion personnelle a une signification politique évidente. Il intervient ainsi dans les travaux du concile de Nicée (325). L’importance religieuse de la ville est confirmée par le concile de Constantinople (381), puis par celui de Chalcédoine (451), qui confirme à la ville le titre de « nouvelle Rome » : son évêque devient le patriarche de Constantinople et, à ce titre, le deuxième personnage de l’Église. Notons que ce patriarcat demeure aujourd’hui le dernier vestige de l’ordre impérial et byzantin, près de 1600 ans après sa création de jure.
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En 395, Théodose divisa l’empire en deux parties, la partie occidentale étant dirigée depuis Milan puis Ravenne. Au Ve siècle, les invasions déferlèrent, surtout à l’ouest : Vandales en Afrique dès 442, Wisigoths en Ibérie, Francs en Gaule. Les empereurs d’Orient affectèrent de considérer ces nouveaux chefs comme des fédérés. Ils payèrent un tribut aux Huns pour détourner leurs flots des Balkans, mais durent supporter les Goths et les Alains qui avaient envahi la Thrace. Malgré tout, l’empire s’établit sur une structure romaine, une culture grecque et une foi chrétienne.
De la restauration de Justinien à l’Empire byzantin
Justinien (527-565) conduisit une restauration impériale. Après avoir effacé la révolte Nika, malgré la pression des Sassanides à l’est et des Avars et Bulgares au nord, il entreprit une série d’expéditions pour reprendre l’Illyrie, l’Ifriqiya (533), l’ensemble de la péninsule italienne (535-552) jusqu’à la Bétique au sud de l’Ibérie. Pour la dernière fois dans l’histoire, les deux Rome obéissaient au même pouvoir. Les noms de son épouse Théodora et de son principal général Bélisaire sont restés dans l’histoire. Justinien fit bâtir trente églises à Constantinople, dont la fameuse Sainte-Sophie, consacrée en 537.
L’œuvre justinienne dura peu. Dès 568, les Lombards envahirent l’Italie et, en 584, toute l’Espagne était perdue tandis que les Slaves pénétraient dans les Balkans. Le centre de gravité revint en Orient et Constantinople redevint principalement grecque. L’empire devait se transformer.
Au VIIe siècle, sous l’impulsion d’Héraclius, l’empire devint byzantin plutôt que romain. L’empereur se fit appeler basileus. Il réforma l’armée et prit appui sur l’Église. Il résista aux Perses, mais cette lutte affaiblit les deux parties (d’autant que les divisions religieuses autour du monophysisme avaient réduit la loyauté de nombreuses villes qui ouvrirent leurs portes aux envahisseurs) et permit aux Arabes de conquérir rapidement la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie et l’Égypte. L’empire était réduit à l’Anatolie, l’Arménie, l’Afrique du Nord et une partie de l’Italie, toutes régions menacées.
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Les empereurs durent lutter sur deux fronts. Constantinople résista au siège dressé par Muʿawiya de 674 à 678. En 717, l’empire tenait l’Anatolie, quelques rivages de mer Noire, un bout de Thrace et de Grèce, quelques terres le long de l’Adriatique et les îles de Sicile, Sardaigne et Corse. Le règne de Léon III fut marqué par le début de l’iconoclasme, querelle religieuse qui dura des siècles. Son fils Constantin V ne porta aucune attention à l’Italie et, en janvier 754, le pape Étienne II s’allia avec Pépin le Bref, faute d’un appui stratégique venu d’Orient. L’impératrice Irène rétablit le culte des images. Le pape avait couronné en 800 Charlemagne, alléguant qu’une femme ne pouvait être empereur. C’était la dernière occasion où les deux capitales de l’empire auraient pu se rejoindre. Désormais, les deux parties de l’Europe obéissaient à des trajectoires politiques différentes, encore réunies par la chrétienté.
De la renaissance byzantine au sac des croisés
À partir du milieu du IXe siècle, sous la dynastie macédonienne, Constantinople vécut une sorte de renaissance avec une prospérité assise sur le commerce entre l’Europe et l’Asie. En 862, le basileus Michel III envoya au prince de Moravie deux moines pour combattre l’influence des missionnaires francs : ils s’appelaient Cyrille et Méthode. Moravie et Bulgarie devinrent un terrain de compétition religieuse et politique entre l’Orient et l’Occident. Cinq ans plus tard, l’empire passait aux mains de Basile, réformateur et clairvoyant.
Il reprit pied en Dalmatie et en Italie, mais aussi dans les Balkans où il laissa les populations locales organiser leurs églises, ce qui favorisa le succès du christianisme grec. De ce point de vue, la conversion des Russes fut un grand succès. Ses successeurs poursuivirent son œuvre au point d’entamer, à la fin du Xe siècle, une reconquête de l’est de l’Anatolie, mais aussi de la Thrace et des Balkans, jusqu’à la côte dalmate. L’apogée de l’empire fut atteint sous Basile II (976-1025), grâce à la maîtrise des routes de la soie (et des relais vénitiens et génois).
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Le règne agité de l’impératrice Zoé, qui s’éteignit en 1050, précéda le grand schisme d’Orient, quand les deux Églises d’Orient et d’Occident se séparèrent. Après la division politique, la division religieuse marque la séparation définitive des deux Rome. De 1081 à 1185, la dynastie des Comnènes tente de rétablir l’empire sous la férule d’Alexis Ier, qui ne put empêcher la création des royaumes latins de Syrie et de Palestine à l’issue de la 1re croisade. À la fin du XIIe siècle, Byzance tenait encore toutes les côtes de l’Asie Mineure ainsi que les Balkans et quelques points d’appui en Crimée.
Lors de la 3e croisade, Frédéric Barberousse ravagea la Thrace et arriva devant Constantinople en 1190. Sa noyade prévint le siège. En 1204, à l’occasion de la 4e croisade, Vénitiens et croisés prenaient la ville et la mettaient à sac. L’empire se divisait en royaumes grecs. Malgré quelques sursauts au XIIIe siècle avec la dynastie des Paléologues qui permit la renaissance de l’Empire byzantin, sous la pression des Génois d’un côté et des Turcs de l’autre, la ville tomba définitivement en 1453 sous les assauts de Mehmet II. Devenue à nouveau capitale d’un empire, elle fut nommée Istanbul en 1930, 1 600 ans après sa création. Mais cela faisait cinq siècles qu’elle n’était plus Rome.
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Elle dirigea trois empires (romain, byzantin et ottoman), mais reste à jamais la deuxième Rome. Ignorée de beaucoup, elle reste la matrice grecque de notre civilisation européenne : gréco-romaine.
1 Cf. « Grande stratégie du Vatican » in Conflits.







