<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> JD Vance : « Pourquoi nous avons perdu »

4 novembre 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : Donald Trump et JD Vance le mercredi 6 novembre 2024, en Floride. (Photo AP/Evan Vucci)/FLEV431/24311280723208//241106085

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JD Vance : « Pourquoi nous avons perdu »

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  • Dans un message publié sur X, le vice-président américain JD Vance analyse sans concession les causes de la défaite des républicains.

  • Un message sans faux-semblant, que nous traduisons et annotons : les encadrés signés JBN éclairent les références proprement américaines du texte.

Par JD Vance, vice-président des États-Unis — traduction de Conflits, commentaire de Jean-Baptiste Noé

Lire le message original

L’une des questions qui obsédait les analystes de données de notre camp était celle de la « composition » : l’électorat ressemblait-il suffisamment à celui de 2024 pour permettre aux républicains de l’emporter ? Et malgré des sondages annonçant une victoire écrasante des démocrates, les données ne cessaient de nous confirmer la même chose : dans certains États, le taux de participation était simplement correct, dans d’autres, il était carrément impressionnant, et dans aucun État il n’était catastrophique. Il régnait un véritable sentiment d’optimisme au sein de notre équipe : nos partisans se mobilisaient.

Commentaire — JBN

La « composition » de l’électorat repose sur un fait institutionnel inconnu en France : dans une partie des États, dont la Floride, l’électeur déclare son parti en s’inscrivant sur les listes, et les fichiers de vote anticipé permettent de savoir jour par jour qui a voté et de quel bord. Quand Vance écrit que l’électorat floridien était « 9 points plus républicain que démocrate », il parle de cette composition partisane mesurée, pas d’un sondage.

J’ai donc demandé au spécialiste des données le plus brillant que je connaisse : « Est-ce que cela signifie que nous allons surprendre le monde entier ? » « Non », m’a-t-il répondu. « Nous ferons peut-être mieux que ne le laissent entendre les sondages. Mais les données nous indiquent que beaucoup d’électeurs de Trump/Vance 2024 sont furieux et prévoient de voter pour l’autre camp. Nos électeurs se mobilisent, mais ils ne voteront peut-être pas pour nous. »

Eh bien, cela semble aujourd’hui prophétique. Nos électeurs se sont bel et bien rendus aux urnes. En Floride, par exemple, l’électorat était 9 points plus républicain que démocrate, soit à peine quelques points de moins qu’en 2024. Il y a sans doute eu des endroits où nous aurions pu faire mieux en termes de participation. Mais le problème principal n’est pas la participation. Le problème principal, c’est que beaucoup de personnes qui avaient voté pour Trump/Vance en 2024 ont voté pour les démocrates en 2026.

Le problème principal, c’est que beaucoup de personnes qui avaient voté pour Trump/Vance en 2024 ont voté pour les démocrates en 2026.

Il y aura beaucoup de querelles internes et de débats sur ce qui s’est passé et les raisons de cet échec. L’un des sondeurs que je respecte beaucoup m’a dit que notre message économique n’avait pas été assez percutant dans la dernière ligne droite. Je suis sûr que c’est vrai. Mais la véritable raison de notre défaite est évidente pour presque tout le monde. Un autre sondeur – l’une des personnes les plus brillantes que je connaisse en politique – m’a dit hier que nous allions perdre le scrutin générique de 13 points. J’étais pessimiste à l’approche de mardi, mais même moi, j’ai été choqué par ce résultat. Dans ses sondages, il a constaté que de nombreux électeurs de Trump 2024 étaient en colère et prévoyaient de voter pour les démocrates. Il a demandé à ces électeurs qui nous avaient abandonnés ce qui les inciterait à revenir dans notre camp.

Commentaire — JBN

Vance annonce que « la véritable raison de notre défaite est évidente pour presque tout le monde », puis il parle d’autre chose pendant trois paragraphes, livre la liste des quatre griefs, et ne nomme la guerre qu’à la fin. Le lecteur a donc le temps de fournir lui-même la réponse avant qu’elle ne soit écrite. C’est un procédé d’orateur, qui indique que le texte a été soigneusement pensé et rédigé : ce n’est pas un texte jeté à la va-vite sur X.

Commentaire — JBN

Le « scrutin générique » est une autre notion typiquement américaine : c’est la question standard des sondages, « voteriez-vous pour le candidat républicain ou démocrate au Congrès ? », agrégée à l’échelle nationale. Perdre de treize points sur cet indicateur est une vague d’une ampleur comparable à celle de 1974, après le Watergate, bien au-delà des huit points et demi de 2018.

Les quatre griefs

Les quatre principales réponses, qui représentaient la quasi-totalité des réponses, étaient les suivantes :

1) Mettre fin à la guerre ;
2) Se concentrer sur le coût de la vie et l’inflation ;
3) Donner la priorité à l’Amérique ;
4) Changer notre relation avec Israël.

Commentaire — JBN

Sur « la guerre ». La guerre en question n’est jamais nommée, mais n’importe quel électeur américain le comprend : il s’agit de la guerre en Iran, dans laquelle les États-Unis sont englués. « La guerre » se suffit à elle-même.

Commentaire — JBN

Sur « la priorité à l’Amérique ». C’est l’America First, véritable doctrine politique trumpienne.

Commentaire — JBN

Sur Israël. C’est l’information principale du texte. Le soutien inconditionnel à Israël était depuis quarante ans un invariant du parti républicain, porté par l’électorat évangélique et jamais discuté. Qu’il figure désormais, sous la plume du dauphin présumé pour 2028, parmi les causes d’une défaite manifeste une recomposition que les jeunes républicains et la droite américaine réclament depuis trois ans. En quelques mots, Vance redéfinit la politique étrangère des républicains – et donc, par ricochet, ce qui pourrait se produire au Proche-Orient. On mesure là le reflux des néoconservateurs.

Nos électeurs se sont mobilisés. Et ce sont ces quatre raisons qui ont poussé bon nombre d’entre eux à voter pour les démocrates. C’est ce qu’affirme un sondeur qui avait parfaitement prédit les résultats. Alors que beaucoup ont passé la journée de lundi à attaquer Rachel Campos Duffy pour avoir appelé à une résolution diplomatique du conflit, il s’avère que son conseil politique était judicieux. (C’est aussi une personne formidable.)

Commentaire — JBN

Rachel Campos Duffy est présentatrice de télévision sur Fox News et l’épouse du secrétaire aux Transports, Sean Duffy.

Ni amnistie, ni faux-semblant

Au cours des prochains mois, on va assister à de nombreuses manœuvres de manipulation mentale. Attendez-vous à entendre bon nombre de politiciens de l’establishment affirmer que la solution à nos maux réside dans l’amnistie.

Commentaire — JBN

Dans le vocabulaire politique américain, « amnesty » désigne la régularisation des étrangers en situation irrégulière : l’octroi d’un statut légal, et le plus souvent d’un chemin vers la citoyenneté, à des gens entrés ou maintenus illégalement sur le territoire. Le mot renvoie à un événement précis, l’Immigration Reform and Control Act de 1986, signé par Reagan, qui a légalisé près de trois millions de personnes en échange de sanctions contre les employeurs et d’un contrôle renforcé de la frontière. Les sanctions n’ont jamais été appliquées sérieusement, la frontière est restée poreuse, et les flux ont repris de plus belle. C’est le traumatisme fondateur de la droite restrictionniste américaine : elle estime avoir été flouée dans un marché où elle a payé comptant et reçu une promesse. Depuis, toute proposition de régularisation est lue à travers ce précédent, et « amnistie » fonctionne comme une accusation. L’expression « politiciens de l’establishment » ajoute une couche : Vance ne vise pas seulement les démocrates, il vise aussi et surtout l’aile patronale de son propre parti – celle de la Chambre de commerce, des Bush, de McCain, du Gang of Eight de Rubio en 2013 –, qui veut une main-d’œuvre abondante et bon marché et s’accommode fort bien d’une régularisation périodique. C’est une attaque interne autant qu’externe.

Je suis ouvert à l’idée que nous devrions modifier les mesures de contrôle — en nous concentrant davantage sur les entreprises qui emploient de la main-d’œuvre illégale, par exemple. Mais quiconque prône l’amnistie vous ment. La raison pour laquelle nous avons perdu, c’est la guerre. Le président lui-même l’a dit hier soir.

La raison pour laquelle nous avons perdu, c’est la guerre. Le président lui-même l’a dit hier soir.

Si vous souhaitez affirmer que cela en valait la peine, que perdre le Sénat pour les six prochaines années en valait la peine, alors faites-le. Affirmez que c’était un prix qui valait la peine d’être payé. Que vous soyez d’accord ou non, c’est au moins honnête. Mais tout le monde sait pourquoi nous avons perdu. Et toute discussion honnête sur la voie à suivre à partir de là doit commencer par là. Je garde espoir en notre pays.

Commentaire — JBN

La perte du Sénat « pour les six prochaines années » : les sénateurs sont élus pour six ans et renouvelés par tiers, si bien qu’une classe perdue est verrouillée jusqu’en 2032. Le Sénat n’est pas pour autant perdu pour six ans par les républicains ; la formule est un peu exagérée.

À ceux qui sont furieux et qui veulent dire « Je vous l’avais bien dit » : vous avez raison, vous nous l’aviez bien dit. Mettez cette énergie au service de l’élection de républicains qui partagent votre vision du monde. À ceux qui sont simplement furieux des résultats : vous avez raison de l’être. Prenons cette colère et remettons-nous au travail pour sauver notre pays.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Ircom. Rédacteur en chef de Conflits.