Demain, la victoire militaire par la guerre « techno-arma » ?

29 décembre 2021

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Demain, la victoire militaire par la guerre « techno-arma » ?

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Après avoir été l’épicentre de tout conflit jusqu’à l’excès, l’homme pourrait progressivement sortir de la guerre au gré d’une nouvelle mutation ; à tout le moins, il pourrait ne plus être, dans un premier temps du conflit, ni l’acteur principal ni l’objectif principal. Certains conflits de haute intensité pourraient se limiter à une phase de guerre « techno-arma » dont la particularité serait de vaincre un ennemi en lui causant uniquement des dommages matériels majeurs (volet arma), ceci, via l’utilisation de moyens purement techniques (volet techno).

 

L’homme a inventé la guerre qu’il a érigée en art ; un art surprenant, puisqu’il s’agit originellement pour l’être humain d’être dualement le moyen de l’action violente et d’être l’objectif principal de cette action violente. La victoire militaire est historiquement le résultat d’un rapport de force entre deux volontés au sens clausewitzien[1] aboutissant à l’élimination physique de l’ennemi, à la perte de sa liberté en devenant esclave et/ou à sa soumission en faisant allégeance via le paiement d’un tribut et la livraison d’otages. Pendant des millénaires, l’homme a ainsi été l’acteur, la cible primordiale en tant qu’ennemi, la victime en tant qu’agriculteur, éleveur ou laboratores…aujourd’hui « civil », et le penseur de la guerre, bref l’épicentre de la guerre.

Cette logique pourrait connaitre cependant une évolution surprenante : ainsi, après avoir été l’épicentre de tout conflit jusqu’à l’excès, l’homme pourrait progressivement sortir de la guerre au gré d’une nouvelle mutation[2] ; à tout le moins, il pourrait ne plus être, dans un premier temps du conflit, ni l’acteur principal ni l’objectif principal. Cette perspective pourrait trouver application en cas de guerre internationale conventionnelle, une guerre dite de haute intensité, qui opposerait des nations ayant les mêmes référentiels de valeur, connaissant un niveau de développement technique similaire et ne possédant pas l’arme nucléaire au moins pour celle qui subit l’engagement des hostilités.

En clair, certains conflits de haute intensité pourraient se limiter à une phase de guerre « techno-arma » dont la particularité serait de vaincre un ennemi en lui causant uniquement des dommages matériels majeurs (volet arma)[3], ceci, via l’utilisation de moyens purement techniques (volet techno)[4].

Le premier processus est la conjonction de trois phénomènes qui aboutissent à la guerre « arma » (I).

Le deuxième processus est la conséquence d’une évolution inéluctable vers la guerre « techno » (II).

À lire également  : Comment les Alpins articulent rusticité et technologie

Vers la guerre « arma » : une campagne décisive limitée à des objectifs « matériels » ?

Dans une réflexion publiée en juillet 2021 dans la revue Conflits du mois de juillet, nous évoquions l’idée de la « guerre avant la guerre : la recherche du chaos civil comme première phase d’une campagne militaire ? »  À travers cette réflexion, nous indiquions que finalement l’action de guerre via les moyens de cyberattaque et de guerre électroniques, moyens non létaux par essence, permettrait de paralyser l’organisation civile d’un État développé et à terme de semer le chaos en ciblant presque exclusivement des infrastructures civiles vitales et consubstantielles aujourd’hui à notre mode de vie. Cette logique résulte d’un constat qui veut que plus aucun pays développé ne fonctionne sans électronique et sans réseaux, on peut même dire que ces moyens constituent l’ossature de l’organisation des sociétés modernes.

Demain, aujourd’hui en réalité, des hubs informatiques quantiques dotés d’IA enfouis sur le territoire d’un pays ou encore projetés dans l’espace à bord d’un satellite ou d’une constellation de satellites, peuvent ou pourront se connecter à n’importe quel terminal et serveur, les neutraliser à distance et provoquer des dommages visibles ou non, intolérables, voire irrémédiables. Cette vulnérabilité explique clairement la doctrine « zéro confiance » adoptée par les États-Unis au printemps 2021 qui présuppose finalement une forme de défiance permanente quant à la fiabilité et à la sécurité de l’ensemble des systèmes informatiques et l’adoption d’une posture de « guerre » visant sans cesse à renforcer la cybersécurité des réseaux publics : cette stratégie de résilience révèle par elle-même l’idée qu’une guerre « arma » peut désormais mettre à genou une puissance connectée sans avoir nécessairement besoin d’un affrontement militaire physique.

La guerre « arma » s’inscrit dans cette logique de la guerre avant la guerre en se caractérisant par le fait que son objectif exclusif de tout autre est d’ordre matériel (et par voie d’incidence immatérielle) qu’il s’agisse de biens civils ou militaires : la victoire doit donc découler uniquement de la destruction ou neutralisation (corruption sous toutes ses formes) d’équipements meubles, immeubles et immatériels, sachant que l’ensemble des objectifs seraient considérés, opportunément ou non, comme un objectif militaire au sens du droit international humanitaire.

Pourquoi se limiter à une guerre « arma » ?

Trois phénomènes, qui s’articulent dans le temps comme les éléments d’une conscience collective, forment l’expression d’une forme aboutie de civilisation en occident qui revient au fait cultuel ab initio qui veut que blesser ou tuer son prochain est le mal :

  • le premier phénomène est relatif aux atrocités immémorielles de la guerre qu’il n’est pas inutile d’énumérer : génocide, hécatombe de soldats, déplacement de populations, esclavage, torture, viols, assassinats… ; or, ces atrocités sont désormais devenues inacceptables par l’opinion publique qui, informée ou désinformée (Timisoara….) de toute part, influe sur les décisions politiques en matière militaire : la guerre du Vietnam fut sans doute la première guerre médiatisée pour laquelle l’opinion publique américaine se divisa singulièrement au vu d’images montrant les brûlures causées par le napalm, mais aussi en raison d’affaires de viols et d’assassinats par des GI’S ; c’est d’ailleurs, notamment, cette perception de l’opinion publique qui a entrainé certains États à sous-traiter la torture auprès de certains États alliés ou à sous-traiter officieusement certaines actions militaires à des sociétés militaires privées, l’objectif étant bien d’externaliser l’inacceptable, mais aussi d’échapper à des poursuites judiciaires pénales, le deuxième phénomène ci-après ;
  • Le deuxième phénomène est la prégnance du droit international public et l’émergence d’un bloc de réglementations de la guerre (jus in bello), dit droit des conflits armés, suivi depuis la fin de la seconde guerre mondiale, par un processus de pénalisation de la guerre ; or, ce droit des conflits armés désormais irréversiblement pénalisé par les statuts de Rome oblige in fine graduellement les puissances à mener « la guerre en dentelle » pour reprendre l’expression d’Alain Juillet ([5]) ; or, cette guerre « en dentelle » consiste en des actions militaires cosmétiques ciblées qui interdisent objectivement toute forme de victoire au regard d’un ennemi autochtone irrégulier qui garde les chèvres le jour et pose des mines anti-personnel la nuit…Les 20 ans d’opérations militaires en Afghanistan illustrent parfaitement cette idée que l’on ne peut obtenir une victoire militaire sans faire la guerre totalement comme on le fit contre l’Allemagne, mais aussi contre le Japon durant la Seconde Guerre mondiale; plus globalement d’ailleurs, l’histoire contemporaine récente démontre que toute action d’occupation militaire, donc de guérilla, est désormais vouée à l’échec, car l’armée d’occupation d’une nation démocratique n’a finalement pas vocation ni à s’installer durablement dans un pays étranger, ni à assurer le maintien de l’ordre face à une « résistance » intérieure, ni à imposer un régime politique sans contrevenir aux règles fondamentales du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et au principe de souveraineté des États ;
  • Le troisième phénomène est la conséquence d’une hypervulnérabilité des États développés qui, par la force du progrès, se sont engouffrés dans une organisation technique de la société civile dépendante d’équipements et d’infrastructures vitaux pour fonctionner et assurer une vie normale à leurs citoyens ; or cette hypervulnérabilité inhérente à la dépendance technique permet de considérer que le combattant n’est plus un objectif prioritaire en soi dès lors qu’une action engagée contre des secteurs cibles d’importance vitale permet d’obtenir une désorganisation de l’État, une forme de chaos social, économique et financier qui aboutit à désorganiser les moyens de défense de cet État et plus encore à mettre en faillite l’État. On ajoutera que l’inclusion des économies nationales dans la mondialisation aboutit à ceci que les pays les plus développés sont dépendants pour leurs systèmes techniques civils de pays étrangers : en matière de semi-conducteur, c’est Taïwan qui produit 95 % des systèmes pour le monde ce qui explique largement les postures américaine et chinoise ; ainsi, un pays dépend, en cas de destruction massive de ses systèmes électroniques, de la réactivité du pays producteur et de la posture politique (neutralité) de ce pays producteur… . En matière d’internet, l’information circule essentiellement par les câbles sous-marins, leur destruction interdirait ainsi à la plupart des États développés (à l’exception des Russes et des Chinois qui ont développé des systèmes souverains) de fonctionner…En clair la Guerre « arma » pourrait aboutir à ce qu’un État soit incapable de rétablir son fonctionnement normal avant des mois, une telle situation entraînant alors clairement la faillite économique de ce pays, donc l’obligation pour lui d’admettre à brève échéance la défaite « militaire » sans avoir combattu.

Ainsi, donc le choix de la guerre arma pourrait être la solution d’une guerre terriblement efficace, sans versement du sang, cyniquement « propre » permettant de mettre à genoux des pays en les ramenant en quelques jours à l’âge de pierre, comme ce fut le cas, d’une certaine manière, de l’Irak lors de la première guerre du Golfe : Ainsi, que le souligna Clausevitz, le but, désarmé l’ennemi, pourrait ainsi être atteint[6] ; en effet, une telle faillite étatique, aux effets bien plus dévastateurs que la déroute de 1940 en France, obligerait ses dirigeants à démissionner ou à fuir ou à accepter la défaite, ceci, sous la pression de la population civile incapable de survivre autrement qu’avec son mode de vie cossu et consumériste, carte bancaire, voiture et téléphone portable en poche.

Certes la guerre arma ne serait pas que la guerre avant la guerre puisqu’au-delà du secteur civil, les objectifs de cette guerre seraient nécessairement aussi à brève échéance des matériels et infrastructures physiques hybrides comme les réserves de carburants, les voies de déplacements (route, autoroutes, ponts, viaducs…lignes de chemin de fer, tarmacs des aéroports civils, satellites civils de communication et de géolocalisation…) ou à finalité militaire (pistes, hangars, armoires électriques des bases aériennes, infrastructures portuaires militaires, satellites militaires…): toutefois, ce volet de l’action arma nécessiterait évidemment d’autres moyens que le seul cyber ou les moyens de guerre électronique, notamment des destructions stratégiques via l’emploi de moyens « technos ».

Vers la guerre « techno » : une campagne militaire engagée uniquement avec des moyens matériels ?

Dans l’ouvrage intitulé « dronisation et robotisation intelligente des armées » (L’Harmattan 2018), nous dessinions une évolution des armées vers une technicisation aboutie, c’est-à-dire une autonomisation accélérée et approfondie grâce à l’intelligence artificielle, des matériels de guerre et des armements entrainant irrémédiablement, pour des raisons d’efficacité, la sortie de l’homme du théâtre d’opération et de l’action de guerre : au final, nous annoncions un cheminement vers une dynamique conflictuelle et opérationnelle machine IA -machine IA. La guerre « techno », c’est en fait une action de guerre menée avec des équipements militaires pour lesquels les hommes sont soit à distance des équipements qu’ils ont activés (drones et robots autonomes, missiles…) soit agissent à distance en exploitant les réseaux physiques ou hertziens de communication pour atteindre des objectifs militaires : par essence, la guerre « techno » implique donc l’absence de projection de moyens humains sur le pays ennemi.

Aux drones et robots clairement identifiés qui peuvent se limiter à être des vecteurs de projection de force, on ajoutera en le soulignant le rôle déterminant des missiles :

  • Les missiles dits complexes, c’est-à-dire des munitions qui ont cette caractéristique d’être dotées de systèmes électroniques (brouilleurs, centrale inertielle, leurres…) et de programme IA leur permettant de naviguer en toute autonomie, d’évoluer aléatoirement, et de trouver et éliminer leur cible avec des taux de réussite qu’il convient de mettre en opposition avec le largage de bombes inertes durant les grands conflits mondiaux ou lors de la guerre du Vietnam ;
  • Les missiles hybrides, dits rodeurs, qui démontrèrent leur efficacité dans le conflit du Haut-Karabagh et dont on releva qu’ils avaient la capacité de drones puisqu’évoluant durablement sur zone jusqu’à identifier leur cible, mais qu’ils étaient jetables par mission ; on notera aussi que ces missiles dronisés remplacèrent, in fine, les moyens aériens trop vulnérables aux défenses antiaériennes, mais aussi en raison du ratio coût-efficacité en faveur de ces missiles rôdeurs.

La guerre techno, qui succèderait ou serait mise en œuvre quasi simultanément à la guerre avant la guerre, s’inscrirait dans la continuité de la guerre arma dans ses objectifs, même si l’on peut naturellement admettre que la définition d’objectifs strictement matériels et leur destruction n’implique pas l’absence de morts. La guerre techno pourrait être pour partie, d’une certaine manière, l’application offensive de la doctrine de « la maîtrise du ciel » développée par Douhet[7] : une différence de taille, cependant, les moyens employés afin de maîtriser le ciel du pays cible ne seront plus des aéronefs pilotés (bombardiers et autres) survolant son territoire à haute altitude, mais des missiles tirés à distance de sécurité via des drones navals de surface, des sous-marins dronisés, des drones aériens ou aérospatiaux. Naturellement, l’efficacité d’une telle stratégie présuppose d’exploiter à fond les progrès techniques en matière d’armement.

Une telle orientation technique des États oblige à constater que plus aucun pays n’est sanctuarisé :

  • ni les systèmes de défense antiaériens du territoire que Douhet appelait de ses vœux afin de maîtriser le ciel, pas plus que le bouclier antimissile qui est un mythe prométhéen de sanctuarisation, ne sont des réalités opérationnelles efficaces face aux missiles de croisière hypersoniques (comme le Zircon russe) couplés à des drones aérospatiaux (tels que le X 37 B américain…ou son équivalant chinois); les progrès en matière d’allonge font qu’un vecteur peut aujourd’hui parcourir des milliers de kilomètres  pour se prépositionner favorablement avant de tirer des missiles de croisière à une distance de sécurité importante. Historiquement, l’allongement du rayon d’action des vecteurs bombardiers est une constante : par exemple les B29 furent pensés au vu de la nécessité pour les Américains de disposer d’un appareil à long rayon d’action pour bombarder le Japon, cette logique reste pérenne avec le projet B21 en remplacement du B1 et du B52…
  • par ailleurs, les sous-marins, notamment ceux à propulsion nucléaire, sont toujours penser pour rester sous l’eau le plus longtemps possible, plus profondément, et pour aller le plus loin possible en toute autonomie énergétique auprès de l’ennemi… . A cette allonge, ajoutons la furtivité ou discrétion des sous-marins qui, une fois dronisés comme cela est en cours, par exemple, avec le démonstrateur de sous-marin océanique de Naval Group, mis en sommeil en profondeur, vont représenter une menace permanente quasi indétectable.

Mais plus encore, depuis le premier missile (V1), l’allonge des missiles dits de croisière est remarquable puisqu’aujourd’hui, un avion, un navire ou un sous-marin voire un silo peut parfaitement libérer un missile de croisière volant à basse altitude sur des centaines voire des milliers de kilomètres (jusqu’à 3 000 Km) pour atteindre un objectif, donc sans que cette distance ne constitue un handicap dès lors que ces missiles sont rapides, supersoniques, voire hypersoniques, et précis ; on ne réalise pas assez la portée de la vitesse hypersonique et il n’est pas inutile de rappeler qu’un missile hypersonique évolue au moins à Mach 5 et plus, et qu’un Mach représente une vitesse de 1230 km/h ; or, le missile aérobalistique air-sol Kinjal évolue entre Mach 10 et 12 pour une portée de 2000 km : cela signifie que tiré depuis sa plateforme, il mettrait moins de 10 minutes pour atteindre son objectif à 2000 km, un temps trop court pour permettre une réaction défensive efficace neutralisée par ailleurs par le caractère évasif de sa trajectoire… Les planeurs hypersoniques représentent un risque identique et même supérieur dès lors qu’ils évolueraient à des vitesses très supérieures aux missiles de croisière, Mach 20 a minima pour l’Avangard, soit plus de 24 600 km/h…

De telles vitesses contractent les distances et le temps, surtout le temps de réaction pour les systèmes de défense qui deviennent inefficaces et rendent impossible la maîtrise de l’air sur son territoire sauf à les automatiser…

L’allonge et la vitesse des missiles devraient amener les chercheurs à mettre au point des missiles « intelligents » sans plateforme : un missile de croisière sans plateforme, c’est un missile qui, après avoir été prépositionné dans un milieu libre de circulation comme l’océan ou l’espace en orbite basse se maintiendrait en position d’attente grâce à des motorisations annexes ou à des mini moteurs de poussée avant d’être activé. De tels missiles dotés d’IA seraient naturellement programmés, Mirvés ou non, « missionnés » au vu de cibles pré-désignées, c’est-à-dire programmés pour frapper des objectifs militaires précis. Ces missiles sans vecteurs permettraient par ailleurs des économies de défense non négligeables…

La guerre techno révèlerait ainsi un basculement important dans l’histoire de l’humanité de l’action puisque le militaire pourrait ne plus être ni une cible en soi, ni un combattant au contact, mais au mieux, un acteur à distance des zones cibles, au pire un spectateur des opérations qu’un CPCO doté d’IA serait chargé de mettre en œuvre selon différentes options envisagées et validées par l’homme. Si l’humain réapparait nécessairement quelque part dans ce schéma, c’est essentiellement au niveau politique afin de valider une campagne militaire ou de décider la guerre.

Pourtant, ne nous méprenons pas, trois types de guerres échapperont toujours à cette évolution complète :

  • la guerre civile qui, à l’instar de l’Irak (après la guerre de 2003), la Libye ou encore la Syrie, s’inscrivant comme une violence entre-soi, fera toujours appel aux instincts primaires de domination et d’élimination physique de l’ennemi, car les ennemis vivent sur un même territoire et que la Victoire ne se comprend que par la défaite d’un des deux belligérants avec ou sans partition territoriale au gré, par ailleurs des ingérences tous azimuts d’autres puissances ;
  • la guerre nucléaire qui, par ses effets endogènes, est une guerre sans discernement en capacité d’anéantir des peuples entiers sans distinguer entre combattants et non-combattants, entre biens matériels et les hommes…
  • la guerre de basse intensité dissymétrique qui à l’instar du Mali et des opérations menées contre les islamistes en zone sahélo-saharienne, implique nécessairement l’occupation du terrain par un engagement humain de la puissance alliée ou étrangère, occupation qui implique l’élimination ciblée, « en dentelle » des combattants autochtones ou non.

Ces trois hypothèses mises à part, la victoire militaire pourrait demain être le résultat d’une guerre caractérisée par le fait que l’homme ne serait plus ni un moyen militaire ni un objectif militaire, bref, l’Homme se retrouverait, directement, hors de la guerre même si des dommages collatéraux peuvent exister.

Reste qu’un tel scénario dépend dans sa réussite politique des effets radicaux sur l’économie et des effets psychologiques foudroyants sur l’opinion publique qu’auraient la guerre techno-arma : en soi la guerre techno-arma pourrait tout aussi bien s’inscrire à la suite ou dans une logique d’Opération noire visant à créer une situation révolutionnaire afin de renverser un pouvoir en place pour le remplacer par un pouvoir fantoche ou plus favorable au pays ayant mené cette guerre…La guerre techno-arma serait donc une guerre non létale volontairement limitée afin d’un scénario et d’un gain politique clairement attendus.

Toutefois, le brouillard de la guerre implique que rien ne soit jamais sûr.

Il est probable que la « Grande stratégie »[8], celle qui implique de combiner tous les instruments du pouvoir en vue d’atteindre les objectifs qu’il assigne, selon la définition de Pierre Marie Gallois ait encore de l’avenir. Ainsi, parce que la guerre techno-arma serait une guerre éclaire aux effets militaires volontairement limités et pariant sur l’effondrement économique et le chaos social, le maintien incident de certaines capacités militaires et le fait même que les populations civiles n’auraient pas subi directement les conséquences physiques d’une campagne militaire pourrait entrainer de la part de l’ennemi des réactions d’orgueil et de gloire obligeant à revenir à la doctrine de l’air-land-Battle retenue par l’OTAN en 1982 dans son manuel officiel de l’armée (U.S. Army Field Manual 100-5) ; or, cette doctrine se caractérisait par une logique offensive précoce et une attaque en profondeur via la mise en œuvre en deux temps successifs de moyens aériens de bombardement puis de troupes au sol (cavalerie, infanterie, artillerie, génie) ce que l’on nomme aujourd’hui une guerre de haute intensité même si le regard sur une telle guerre peut être très différent selon que l’on en est à l’initiative ou non. Après la guerre en ex-Yougoslavie, la guerre en Irak (2003) démontra l’efficacité de l’Air-Land-Battle ; mais ce que l’on a moins dit c’est qu’au-delà du bombardement aérien par des avions pilotés, notamment via l’utilisation de bombardier furtif B1 (Irak), et au-delà ensuite de l’engagement massif des forces terrestres de la coalition qui ne firent pas une « guerre en dentelle »…, des satellites d’observation furent mise en œuvre (KH11 et 12…) et des drones (notamment des Predator) furent employés en nombre afin d’observer les forces irakiennes, mais aussi, quant aux drones, afin de brouiller leurs communications, ceci en lien avec des avions EC130 de guerre électronique ; enfin, les liaisons de communication entre troupes au sol et un Centcom installé au Qatar permettaient en temps réel de communiquer, de centraliser l’information et de la rediffuser à l’ensemble des forces engagées…Au final, la guerre techno-arma pourrait parfaitement être le deuxième volet d’une « grande stratégie » qui serait précédée d’un premier volet consistant en une ingérence politique et médiatique via l’infiltration des organisations politiques et associatives, via la désinformation et la manipulation ; selon les résultats de ces deux premiers volets, le pays qui aurait décidé d’ouvrir les hostilités pourraient soit s’arrêter là soit ouvrir un troisième volet, celui justement de l’Air-Land Battle afin d’obliger l’ennemi à la reddition et afin de prendre le contrôle du pays… Ce schéma est aussi celui du Général Burkhard, CEMA,  lorsqu’il dit « Au continuum paix/crise/guerre qui prévalait comme grille de lecture du monde depuis la fin de la guerre froide, il faut désormais substituer le triptyque compétition/ contestation/affrontement » (…) « l’enjeu central est de gagner « la guerre avant la guerre »[9] en agissant en tant que de besoin dans l’ensemble des champs et des milieux ».[10]

À lire également : La guerre technologique de Biden

[1] Cf Carl Von Clausevitz « De la guerre » : « la guerre est donc un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté », éd. de Minuit , 51.

[2] Sur « la mutation contemporaine de la guerre », cf. Hervé Couteau Bégarie, in  Traité de stratégie, éd. Economica p44 §12.

[3] « Arma », mot latin signifiant arme. Toutefois, le terme doit ici être entendu selon l’acception argotique employée en matière d’opération clandestine dit opération « arma » qui signifie une opération de destruction strictement matérielle

[4] « Techno », apocope du mot « technologie » qu’il faut entendre ici au sens de l’anglicisme comme le mot « technique ».

[5] https://www.youtube.com/watch?v=yq_ok3RHU9Q Thinkerview du 9 09 2021 « la fin de la guerre classique ?

[6] Cf Carl Von Clausevitz « De la guerre » : « Nous avons dit que le désarmement de l’ennemi est le but de guerre », éd. de Minuit , 53

[7] Cf Giulio Douhet, « La Maîtrise de l’air », in Anthologie mondiale de la stratégie, p. 1138, éd robert Laffont, coll. Bouquins.

[8] Cf. Pierre Marie Gallois, Postface, in Anthologie mondiale de la stratégie ; op. cit., p. 1455.

[9] « La guerre avant la guerre » expression tirée de l’article d’Eric POURCEL « La guerre avant la guerre : la recherche du chaos civil comme première phase d’une campagne militaire ? »  in Conflits, juillet 2021.

[10] Cf. le CEMA GA Thierry Burkhard, propos in « La France assume sa vocation de puissance d’équilibre », in DSI, Hors-série, 80, p. 6.

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À propos de l’auteur
Eric Pourcel

Eric Pourcel

Docteur en droit, Officier d’active, membre de l’ASAF
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