Frappe israélienne à Damas : Netanyahou place la guerre à Gaza au niveau régional

2 avril 2024

Temps de lecture : 2 minutes

Photo : (c) Fabrice Balanche

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Frappe israélienne à Damas : Netanyahou place la guerre à Gaza au niveau régional

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Frappes israéliennes à Damas, analyse de Fabrice Balanche.

Texte original paru sur le site de Fabrice Balanche.

Lundi 1er avril, Israël a détruit l’annexe consulaire de l’ambassade d’Iran à Damas, dans le quartier de Mezzeh où se trouvent de nombreuses représentations diplomatiques. Le bâtiment a été entièrement rasé par six missiles tirés par des avions F35. Ces missiles explosent en dessous de l’immeuble et il ne reste ensuite plus qu’un tas de gravats. Les édifices voisins, même à quelques mètres de distance, ne souffrent ainsi pratiquement d’aucun dégât. Ainsi, l’immeuble principal de l’Ambassade d’Iran, reconnaissable à son architecture typiquement perse, situé à gauche de l’annexe consulaire est-il intact.

Avec cette frappe Israël indique sa détermination à éliminer les gardiens de la révolution où qu’ils soient, y compris dans un bâtiment diplomatique. Jusqu’à présent, elle avait visé des bases iraniennes dans la banlieue de Damas et des dépôts d’armes du Hezbollah. Cette attaque montre clairement qu’Israël hausse le ton à l’égard de l’Iran et du régime syrien, accusé de laisser toute impunité à Téhéran, comme s’il avait le choix…

On peut aussi imaginer que l’État hébreu cherche à rappeler au monde que la guerre à Gaza dépasse le seul cadre de l’affrontement avec le Hamas. Après la résolution du conseil de sécurité de l’ONU demandant un cessez-le-feu à Gaza, Israël doit rappeler à ses alliés le caractère régional du conflit. Par-delà, il remémore aux Occidentaux, de plus en plus tièdes à son égard, la nouvelle guerre froide qui les oppose à l’axe eurasiatique (Iran, Russie et Chine) : la Russie a immédiatement exigé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’Iran ne peut laisser cette humiliation impunie, mais il ne va pas agir à visage découvert. La principale menace est d’ailleurs venue du Hezbollah : « Ce crime ne passera pas sans que l’ennemi soit puni », indiquant une « vengeance » à venir. Le nord d’Israël risque donc de souffrir des attaques en provenance du Liban. Les milices chiites irakiennes devraient harceler davantage les troupes américaines stationnées en Irak et en Syrie. L’objectif iranien étant de les pousser au départ afin d’avoir l champ libre au Levant. Mais, la réaction de Téhéran devait dépasser ce cadre géographique. Il faut donc s’attendre également à un regain d’activité des Houtis en mer Rouge afin que l’ensemble des alliés d’Israël subissent la vengeance de Téhéran.

(c) Fabrice Balanche

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À propos de l’auteur
Fabrice Balanche

Fabrice Balanche

Docteur en géographie politique, HDR, spécialiste de la Syrie et du Liban.