<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Fordo : la botte secrète de l’Iran

18 juin 2025

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : (c) AFP

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Fordo : la botte secrète de l’Iran

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Le site nucléaire de Fordo est un pilier stratégique du programme iranien d’enrichissement d’uranium. Une place forte imprenable, qui résiste à l’armée israélienne.

Le site de Fordo, situé près de la ville de Qom au centre de l’Iran, est l’un des sites nucléaires les plus sensibles et stratégiques du pays. Construit en secret par les autorités iraniennes, Fordo a été révélé au grand public en 2009, déclenchant de vives inquiétudes sur les intentions nucléaires de Téhéran. Depuis, il est devenu un symbole des tensions entre l’Iran et la communauté internationale, en particulier dans le cadre du programme nucléaire iranien.

Une installation souterraine de haute sécurité

Fordo se distingue par son emplacement et sa conception. Installé à flanc de montagne, profondément enfoui dans le sol, le site est conçu pour résister à des attaques aériennes. Cette configuration renforce son statut d’installation hautement sécurisée et a souvent été perçue par les observateurs comme un signe de militarisation potentielle.

Une protection exceptionnelle

La protection du site de Fordo est l’une de ses caractéristiques les plus remarquables. L’installation est construite à environ 80 mètres sous terre, dans une zone montagneuse difficile d’accès, ce qui la rend extrêmement résistante aux frappes conventionnelles. En plus de son blindage naturel, le site est équipé de systèmes de surveillance sophistiqués, d’un réseau de tunnels souterrains, et est gardé par des unités des Gardiens de la Révolution.

Comment détruire Fordo ? 

En raison de sa profondeur et de sa structure renforcée, Fordo ne pourrait être sérieusement endommagé que par un arsenal très spécifique.

Les seules armes capables de viser efficacement ce type d’installation sont les bombes dites « bunker busters », comme les GBU-57 MOP (Massive Ordnance Penetrator) développées par les États-Unis.

Ces bombes de près de 14 tonnes sont conçues pour pénétrer profondément dans la roche et le béton armé avant d’exploser. Toutefois, une telle attaque nécessiterait une précision extrême, un accès aérien prolongé et l’usage des bombardiers B-2 américains.

Enrichissement d’uranium : quelles capacités ?

À l’origine, Fordo était destiné à enrichir de l’uranium à un taux modeste (3,5 à 5 %) pour une utilisation civile. Cependant, au fil des années, l’installation a été adaptée pour permettre un enrichissement à des niveaux plus élevés, jusqu’à 60 %, un seuil proche de celui nécessaire pour produire une arme nucléaire (environ 90 %). Selon les rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran a accru sa production d’uranium hautement enrichi à Fordo, en particulier après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) en 2018.

Un outil de pression

Le site de Fordo joue également un rôle central dans les négociations internationales. L’arrêt ou la limitation de ses activités a souvent été une exigence clé des puissances occidentales lors des discussions sur le nucléaire. Pour l’Iran, en revanche, Fordo représente un levier important dans sa stratégie de pression et de négociation.

Le JCPOA, signé en 2015, prévoyait notamment la conversion de Fordo en centre de recherche scientifique, avec interdiction d’y enrichir de l’uranium. Toutefois, à la suite du non suivi partiel de l’accord, l’Iran a repris et même intensifié ses activités d’enrichissement sur le site.

Enjeux et perspectives

La poursuite des activités d’enrichissement à Fordo continue d’alimenter les soupçons concernant une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien. Bien que Téhéran affirme que son programme est exclusivement pacifique, la communauté internationale reste vigilante. L’avenir de Fordo dépendra largement de la reprise (ou non) des négociations sur le nucléaire, du respect par l’Iran de ses engagements auprès de l’AIEA, et de l’évolution du climat géopolitique au Moyen-Orient.

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