<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le Groënland deviendra-t-il le 51e État américain ?

1 février 2020

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Glacier de Prins au Groenland, Auteurs : imageBROKER.com/Sascha Selli-Grabowski/SIPA, Numéro de reportage : SIPAUSA30195325_000002.
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Le Groënland deviendra-t-il le 51e État américain ?

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La proposition de Donald Trump concernant le rachat du Groënland a fait couler beaucoup d’encre. Mais est-elle pour autant une surprise, dans un contexte où une littérature abondante a été consacrée aux enjeux de l’Arctique, aussi bien sur le plan stratégique qu’économique ? Même si Donald Trump a marqué les esprits en brisant un tabou, celui de l’achat d’un territoire comme au temps des colonies, il n’y a pas ici de causes sans conséquences.

D’un côté, il y a le Groënland, île-continent essentiellement recouverte de glace, et qui est un territoire autonome depuis 1979. Il est rattaché au Danemark, dépositaire de l’héritage des Vikings, qui y posèrent le pied pour la première fois un millénaire auparavant. De l’autre, il y a les États-Unis, qui se sont agrandis à plusieurs reprises grâce à des acquisitions. Pour citer les principales, on peut penser d’abord à la Louisiane en 1803, cédée par Napoléon Ier, à l’Alaska en 1867 acquis auprès des Russes, et enfin aux îles Vierges, achetées au Danemark en 1917. Quant au Groënland, il avait été question d’une acquisition en 1867 et en 1910. Mais la seule offre d’achat sérieuse est celle effectuée en 1946, lorsque le président Truman propose 100 millions de dollars au Danemark alors que la guerre froide se prépare. Cependant, elle n’aboutit pas.

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De la guerre froide à l’affrontement avec la Chine

Mais même s’il n’a pas eu le Groënland, l’Oncle Sam a obtenu ce dont il avait besoin. Avec la création de l’OTAN en 1949, dont le Danemark est un membre fondateur, ce territoire était ancré dans le camp occidental. Il a tenu pendant les décennies suivantes, avec la base de Thulé et les installations attenantes, un rôle de poste avancé face à l’URSS. Une fois la guerre froide finie, le Danemark, qui gère encore les politiques en matière d’affaires étrangères et de défense du Groënland, reste très proche des États-Unis sur le plan militaire, au point que sa position fut qualifiée de « super-atlantiste ».

Même si le Groënland n’est plus sur une ligne de front comme à l’époque de la guerre froide, les États-Unis se méfient toujours des ambitions russes, et surtout de celles des Chinois, qui se sont invités dans le jeu en cherchant à y effectuer des investissements. Leur appétit pour les aéroports, ainsi que pour une ancienne base navale américaine, a même conduit le Danemark à mettre son veto alors qu’il s’agissait normalement d’une compétence du territoire.

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Un territoire devenu stratégique

 Qui plus est, le Groënland est devenu stratégique pour ses ressources minières, d’autant que la fonte des glaces les rend plus accessibles. Il y a du pétrole et de l’uranium, mais il y a aussi et surtout des terres rares, qui permettraient à l’Oncle Sam de contrer la stratégie de l’Empire du milieu visant à contrôler ces ressources et, à travers elles, la fabrication de la plupart des composants des ordinateurs, téléphones et autres machines modernes. Au milieu de ce grand jeu, les indépendantistes groënlandais aimeraient bien chercher à tirer leur épingle du jeu pour arriver à leurs fins. Mais le pari est risqué. Surtout quand est pris en tenaille de la sorte, entre deux grandes puissances rivales.

Quoi qu’il en soit, cette annonce choc de Donald Trump est plus qu’un tweet impulsif, car l’intérêt pour le Groënland est partagé par d’autres dans les arcanes du pouvoir américain. Mais surtout, avant même sa prise de fonction, le mandat de Donald Trump était annoncé comme un retour, toutes proportions gardées, à la doctrine Monroe. Ainsi, la volonté de contrôler un morceau d’Amérique auquel les Chinois s’intéressent de trop près semble totalement cohérente avec cette orientation. « Ceux qui s’étonnent de l’offre de Trump sont des naïfs », résumait de façon sévère, mais juste, un connaisseur de cette région du monde [simple_tooltip content=’Propos de Damien Degeorges, consultant, repris par Le Canard Enchaîné du 28 août 2019.’](1)[/simple_tooltip].

À propos de l’auteur
Jean-Yves Bouffet

Jean-Yves Bouffet

Officier de la marine marchande. Doctorant en criminologie.
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