La Chine affirme son indépendance économique face aux États-Unis

20 février 2026

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Photo : (AP Photo/Mark Schiefelbein)

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La Chine affirme son indépendance économique face aux États-Unis

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L’année 2025 est une année charnière pour la Chine vis-à-vis des Etats-Unis. Après près d’une décennie de tensions commerciales, technologiques et militaires, la Chine ne se contente plus de résister à la pression américaine : elle démontre qu’elle peut absorber les chocs, contourner les restrictions et redéfinir les règles du jeu. Loin d’être contrainte, elle devient un acteur que les États-Unis cherchent désormais à équilibrer plutôt qu’à contenir.

La guerre commerciale tourne aux avantages de la Chine

La guerre commerciale initiée sous l’administration de Donald Trump avait pour objectif de ralentir l’ascension chinoise par l’imposition massive de droits de douane. Les secteurs visés – acier, aluminium, électronique, biens de consommation – représentaient le cœur de la capacité exportatrice chinoise. Pourtant, près de sept ans après les premières vagues tarifaires, la Chine n’a ni plié ni reculé structurellement[1].

Les surtaxes américaines ont incité la Chine à accélérer la diversification de ses débouchés commerciaux. L’Asie du Sud-Est, l’Afrique, l’Amérique latine et le Moyen-Orient ont vu croître leur part dans les exportations chinoises. La Chine a renforcé les accords régionaux et approfondi ses partenariats énergétiques et industriels.

En parallèle, la Chine a développé des chaînes d’approvisionnement alternatives, parfois via des pays intermédiaires. Le commerce triangulaire, la relocalisation partielle d’unités d’assemblage hors de Chine continentale et l’intégration accrue dans les réseaux asiatiques ont amorti l’impact des droits de douane.

Le soja américain fut l’une des principales cibles des représailles chinoises. La Chine, premier importateur mondial, a réduit ses achats auprès des agriculteurs américains pour se tourner vers le Brésil et d’autres producteurs. Ce réalignement a durablement modifié les flux agricoles mondiaux. L’agriculture américaine a subi des pertes importantes et dépend désormais d’un équilibre politique fragile pour maintenir ses exportations.

Les terres rares sont devenues l’arme silencieuse[2] : La Chine contrôle une part dominante de la production et du raffinage des terres rares, indispensables aux technologies avancées (batteries, éoliennes, électronique, armement). Face aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs, Pékin a laissé planer la menace de limitations sur ces exportations critiques.

Made in China 2025 : l’autosuffisance industrielle et technologique devient un fait

L’objectif principal est de réduire la dépendance de la Chine aux technologies étrangères, notamment dans les secteurs stratégiques. Le plan cible dix industries clés, parmi lesquelles la robotique, l’aéronautique, les véhicules électriques, les équipements médicaux avancés, les technologies de l’information de nouvelle génération et l’intelligence artificielle. À travers des subventions publiques, des investissements massifs en recherche et développement et le soutien aux entreprises nationales, l’État a réussi à atteindre la plupart des objectifs[3] sauf les semi-conducteurs de haut de gamme.

Le cœur de la confrontation sino-américaine réside dans la technologie des puces électroniques. Les États-Unis ont tenté de freiner l’accès chinois aux équipements avancés, notamment via des restrictions visant les machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV).

En 2025, les puces dites « matures » (nœuds supérieurs à 28 nm) représentent environ 35 % de l’approvisionnement de certains segments industriels américains. Automobiles, équipements industriels, électronique grand public : ces composants, moins avancés mais essentiels, restent massivement produits en Chine.

Cette réalité met en lumière un paradoxe : tandis que Washington restreint l’accès chinois aux puces les plus avancées, l’économie américaine demeure dépendante de la capacité manufacturière chinoise pour les semi-conducteurs standards.

L’interdiction d’accès aux technologies de pointe a agi comme catalyseur. Les efforts de recherche nationaux ont abouti à des prototypes de machines de lithographie avancée. Bien que ces équipements ne rivalisent pas encore pleinement avec ceux de ASML, ils symbolisent une rupture : la Chine ne dépend plus exclusivement de fournisseurs étrangers pour progresser. Cette capacité prototype en EUV, même imparfaite, modifie le rapport psychologique de dépendance. La trajectoire technologique chinoise n’est plus stoppée ; elle est redirigée vers l’autonomie.

En somme, Made in China 2025 représente un tournant majeur dans la politique chinoise. Plus qu’un simple plan industriel, il symbolise l’affirmation d’une ambition nationale : passer de « l’usine du monde » à un leader mondial de l’innovation et des hautes technologies. L’autosuffisance industriel et technologique est un fait.

La modernisation militaire est visible

Le 3 septembre 2025, à l’occasion d’une commémoration majeure de la victoire contre le Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, la Chine organise une démonstration militaire d’ampleur. L’événement dépasse la simple parade symbolique.

La modernisation est visible : Missiles hypersoniques (JL3..), ICBMs (DF-61, DF-5C..), drones autonomes, capacités navales accrues : la mise en scène vise à démontrer que la modernisation de l’Armée populaire de libération est achevée dans ses composantes clés. Cette démonstration s’adresse autant au public intérieur qu’aux observateurs étrangers.

Concernant la marine, la Chine a sauté l’étape des « catapultes à vapeur » pour passer directement à la technologie de pointe EMALS (ElectroMagnetic Aircraft Launch System)[4], jusque-là réservée au Ford américain qui a déjà l’abandonné. Pour la première fois, le chasseur J-15T, le chasseur furtif J-35 et l’avion de détection avancée KJ-600 ont été lancés et récupérés avec succès grâce aux catapultes électromagnétiques. Les experts parlent d’un « saut générationnel », preuve que la Chine maîtrise non seulement l’aviation embarquée, mais aussi les systèmes électriques intégrés qui ouvrent la voie aux technologies futures comme les canons électromagnétiques et les destroyers tout-électriques.

Le commerce extérieur évolue vers un quasi-équilibre structurel

En 2025, le volume combiné des importations et exportations chinoises atteint un niveau comparable à celui des États-Unis. Ce rapprochement statistique illustre un fait majeur : la Chine est devenue un pôle commercial autonome.

La structure des exportations évolue. Moins centrée sur les produits à faible valeur ajoutée, elle inclut davantage de véhicules électriques, d’équipements industriels, de technologies vertes et d’infrastructures numériques.

Parallèlement, la Chine développe son marché domestique pour amortir les chocs extérieurs. La consommation interne et les investissements technologiques soutiennent la croissance malgré les restrictions occidentales.

[1] Cf. Alex Wang, La guerre commerciale sino-américaine : la Chine prête au découplage total, Revue Conflits, le 6 mai 2025.

[2] Cf. Alex Wang, La Chine s’impose sur les terres rares, Revue Conflits, le 8 novembre 2025.

[3] Cf. Alex Wang, « 2025 Made in China » a atteint la plupart de ses objectifs, Revue Conflits, le 28 décembre 2024.

[4] Cf. Alex Wang, La Chine « catapulte » sa marine, Revue Conflits, le 3 octobre 2025.

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À propos de l’auteur
Alex Wang

Alex Wang

Titulaire de deux doctorats (philosophie et ingénierie) et familier des domaines clés de la NTIC, Alex Wang est ancien cadre dirigeant d’une entreprise high tech du CAC 40. Il est également un observateur attentif des évolutions géopolitiques et écologiques.