<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La puissance chinoise et son vivier démographique

20 juillet 2026

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Photo : China1982. Photo : H. Grobe

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La puissance chinoise et son vivier démographique

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Longtemps freinée par la domination étrangère et les convulsions internes, la Chine a fait de son vivier démographique un levier de puissance à partir de 1979.

Marché intérieur, main-d’œuvre bon marché, éducation de masse et diplomatie estudiantine ont constitué les piliers de cette stratégie démographique.

Depuis 2022, la population chinoise diminue, mais ses effets ne se feront pleinement sentir que dans la longue durée propre aux dynamiques démographiques.

Un article à retrouver dans le N°64. Chine : un défi pour l’Europe

Gérard-François Dumont est Professeur émérite à Sorbonne-Université et Président de la revue Population & Avenir.

Au fil de l’histoire contemporaine, la valorisation par la Chine de son poids démographique à des fins de puissance s’est d’abord trouvée limitée. Le pays a subi une longue période de domination par des pays étrangers bénéficiant d’un niveau de développement incomparablement plus élevé. Les décennies de guerre civile qui couvrent une grande partie de la première moitié du XXe siècle ne sont pas non plus favorables. Le maoïsme se sert du vivier démographique, par exemple lors de la guerre de Corée et, en 1971, pour obtenir la place du gouvernement de Taïpei à l’ONU. Mais il l’affaiblit par des politiques mortifères, notamment lors du « grand bond en avant » (1958-1962) et de la révolution culturelle (1966-1976).

Le changement intervient à compter de 1979, lorsque, à la place de l’idéologie marxiste, est mise en œuvre la fameuse formule de Deng Xiaoping :

« Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat. »

La Chine décide alors de faire de son vivier démographique un atout de puissance en prenant cinq orientations.

L’ouverture d’un marché sans équivalent

Ouvrir le marché chinois auparavant fermé, c’est présenter aux entreprises du monde entier un potentiel de consommateurs sans équivalent, d’autant que l’économie de l’Inde, dans les années 1980, n’a pas commencé son ouverture. Il est alors aisé d’attirer des investissements directs de l’étranger et de convaincre que l’immense marché chinois qui se développe justifie des transferts de technologie, d’autant que réaliser pour le marché chinois au moins une partie de la chaîne de production en Chine n’est pas illogique.

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Une main-d’œuvre abondante et bon marché

Le deuxième atout que valorise la Chine est son immense population active à la fois laborieuse et aux faibles niveaux de rémunérations par rapport aux marchés de l’emploi occidentaux. Que l’on soit ou non une entreprise chinoise, produire en Chine pour des marchés non chinois, c’est bénéficier de faibles coûts de revient. Certes, cet avantage compétitif se réduit avec la hausse des salaires en Chine, mais la Chine comporte tout un vivier de population active peu rémunérée grâce au maintien du passeport intérieur (le Hukou).

En effet, les Chinois qui travaillent en dehors des lieux pour lesquels ils bénéficient d’un permis de résidence sont en situation illégale. Leur travail est donc illégal, ce qui permet à leurs employeurs de les rémunérer faiblement et d’éviter toute charge sociale. Or, ces Chinois, qui forment ce qu’on appelle les « populations flottantes », sont estimés à 300 millions de personnes, soit un vivier démographique de travail au noir. En raison de ce système, le coût de revient de nombreux produits chinois est extrêmement compétitif, ce qui contribue à une balance très positive du commerce extérieur. Et ce phénomène perdure car, en dépit des annonces périodiques qui envisagent la suppression du Hukou, celui demeure, car il constitue un élément fondamental de la puissance économique chinoise.

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L’éducation, un investissement de puissance

En quatrième lieu, la Chine a retenu la leçon de l’essor des dragons asiatiques, comme la Corée du Sud, en développant l’éducation. Son vivier démographique lui a permis de multiplier les diplômes d’ingénieurs et, en conséquence, un nombre d’ingénieurs diplômés sans équivalent dans aucun pays au monde. Parallèlement, la Chine dispose des moyens démographiques permettant de fournir des enseignants de langues et civilisation chinoises dans tous les instituts Confucius implantés dans le monde.

En outre, la Chine a décidé de doubler son ouverture économique par une ouverture à la connaissance. La grande dimension de son vivier d’étudiants lui a permis et lui permet d’en envoyer dans toutes les universités occidentales pour qu’ils y apprennent toutes les différentes facettes des cursus universitaires variés. Et certains étudiants ont pu contribuer à des actions d’espionnage industriel, par exemple à l’occasion de stages en entreprise effectués au cours de leur cursus.

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Un vivier démographique désormais en repli

Désormais, depuis 2022, sous l’effet de différents facteurs, le vivier démographique de la Chine se réduit et sa population diminue. Ses effectifs demeurent toutefois considérables ; des effets de la baisse se déploient et surtout se déploieront, mais selon la logique de longue durée propre aux questions de population. Quoi qu’il en soit, la puissance de la Chine ne peut se comprendre sans considérer la façon dont ce pays a su et sait utiliser l’importance de son vivier démographique.

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Note : Dumont, Gérard-François, « La Chine et les sept raisons de son dépeuplement », Population & Avenir, n° 762, mars-avril 2023.

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