<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le capital, c’est la santé

8 janvier 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : La fermeture de nombreuses petites enseignes, une des multiples causes du Covid-19. Paris, 2020 (c) Sipa 00998322_000001
Abonnement Conflits

Le capital, c’est la santé

par

 « Les Français ont envie de bosser. C’est une satisfaction. Mais moi, je suis obligé de leur dire : sécurité et protection sanitaires avant tout. »

Ces propos de Jean Castex extraits d’un entretien accordé le 14 novembre dernier au journal Le Monde appellent deux observations. À en croire les résultats concomitants d’un sondage Ifop-Fiducial, on fera tout d’abord remarquer que la soif de liberté des Français (en l’occurrence celle de travailler) apparaît somme toute mesurée, s’effaçant derrière leur soif de sécurité (et cette « extase sécuritaire[1] » dénoncée par François Sureau). C’est ainsi que moins d’un sondé sur trois y déclarait souhaiter un assouplissement du (re)confinement – étiage assez bas (31 %), et assez nettement inférieur à celui de nos concitoyens plaidant, au contraire, pour un renforcement du confinement en vigueur (42 %). On notera ensuite que, par son arbitrage, le Premier ministre s’est fait le parangon de ces dirigeants, actuels ou anciens, opposant la santé à l’économie. La veille, on entendit l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy approuver aussi « la priorité donnée à la santé ».

Magnanime, l’exécutif aurait, nous dit-on, fait le choix de « sauver des vies », sans qu’il fût alors nécessaire de consulter le Parlement – le pouvoir législatif se retrouvant, « pour la bonne cause », sur la touche. La décision de confiner puis de reconfiner traduit pourtant bien un compromis entre protection des vies humaines et poursuite de l’activité économique. La disparition d’innombrables commerces consécutive aux restrictions sanitaires, c’est-à-dire à l’interdiction ou à la limitation de produire certains biens et services, ne manquera pas de provoquer un afflux considérable de chômage et de pauvreté, lesquels provoqueront à leur tour un coût encore incalculable en vies humaines (addictions, maladies, suicides, etc.). Les politiques publiques visant à endiguer la propagation de l’épidémie de Covid-19 aboutissent autrement dit à sauver immédiatement « certaines vies » au détriment « d’autres vies » futures. Un coup d’œil aux statistiques de l’Insee suffit à mesurer une évidence que l’absence de débat politique et de délibération publique camoufle : la corrélation entre l’espérance de vie et le niveau de revenus, c’est-à-dire entre la santé d’un côté et l’économie de l’autre. Il s’ensuit le théorème suivant : « Sans croissance économique, point de salut sanitaire ! »

D’où vient cet antagonisme puéril et indigent entre santé et économie, que partagent à la fois gouvernés et gouvernants ? La tolérance des Français pour la tutelle sanitaire que leur impose l’État dans la gestion du virus au péril de l’économie peut, en l’espèce, s’expliquer par l’indemnisation substantielle du chômage partiel (34 milliards d’euros, soit près de trois fois le budget de la justice) et l’effet pareillement anesthésiant des autres mesures de soutien budgétaire (pour un coût total de près de 86 milliards d’euros). Le recul de 11 % de la richesse nationale en 2020 (trois fois plus fort qu’aux États-Unis, deux fois plus qu’en Allemagne), soit la pire récession depuis 1944 (- 15,5 % du PIB), est en somme rendu supportable par l’interventionnisme sous stéroïdes de la puissance publique (64,3 % de PIB de dépenses en 2020, ratio en hausse de plus de dix points en un an seulement !). Or, c’est l’un des aspects pernicieux de la collectivisation de l’économie que de rendre indolore un temps, mais un temps seulement, l’amplitude réelle du choc. La montagne de dettes accumulées (119,8 % du PIB en 2020, contre 98,1 % un an plus tôt) expose les plus jeunes, pourtant largement épargnés par le Covid-19, à de sombres perspectives économiques. Certes, une partie de la production perdue sera rattrapée. Mais ce rattrapage ne suffira pas à combler le retard ni à résorber l’endettement public. Alors serons-nous rattrapés par l’inextricable complémentarité entre économie et santé, ainsi mise en évidence par Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy : « On nous a dit qu’il fallait confiner pour sauver nos hôpitaux. En fait, pour sauver nos hôpitaux, il faut aussi et surtout relancer l’activité économique, qui finance, entre autres, le système hospitalier[2]. »

A lire aussi : La solidité de l’industrie agroalimentaire face à la crise de la Covid

[1] François Sureau, Sans la liberté, Gallimard, coll. « Tracts », 2019, p. 8.

[2] Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy, Quand la psychose fait dérailler le monde, Gallimard, coll. « Tracts », 2020, p. 26.

À propos de l’auteur
Victor Fouquet

Victor Fouquet

Doctorant en droit fiscal. Chargé d’enseignement à Paris I Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur la fiscalité et les politiques fiscales en France et en Europe.
La Lettre Conflits
3 fois par semaine

La newsletter de Conflits

Voir aussi

Pin It on Pinterest