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43 % des résidences secondaires bretonnes sont détenues par des Bretons eux-mêmes selon l’INSEE. La pression foncière à Saint-Malo n’est pas le produit d’une colonisation parisienne, elle est largement endogène : ce sont des Rennais, des Bretons d’origine, des familles malouines en mobilité qui achètent.
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En 2021, la mairie adopte une régulation Airbnb pionnière : enregistrement obligatoire, un seul logement par propriétaire, quotas par quartier (12,5 % dans l’intra-muros), obligations de compensation. La loi Le Meur de novembre 2024 l’étendra à l’ensemble du territoire français.
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Quatre ans après, le bilan est paradoxal : la mesure pénalise les héritiers de la classe moyenne bretonne contraints de vendre, profite aux acquéreurs plus aisés et aux investisseurs sophistiqués qui contournent par SCI. Les Malouins de toujours sortent du marché. La sociologie de la ville change, mais pas dans le sens que la mairie prétendait défendre.
Un chiffre, d’abord : 43 %. C’est la part des résidences secondaires bretonnes détenues par des Bretons eux-mêmes, selon l’enquête INSEE publiée en mai 2023. Un autre chiffre, plus précis encore : en Ille-et-Vilaine, 55 % des détenteurs de résidences secondaires y résident à titre principal. Autrement dit, plus d’un propriétaire sur deux est un habitant du département qui possède un bien à Saint-Malo, sur la Côte d’Émeraude ou ailleurs sur le littoral malouin. Les Franciliens, eux, ne représentent que 30 % des propriétaires bretons. Et encore, parmi ces Franciliens, une part substantielle sont des Bretons expatriés à Paris qui ont gardé ou acquis un pied au pays.
Ces chiffres détruisent un récit commode et tenace. Depuis dix ans, la presse locale, les élus, une partie de l’opinion bretonne dénoncent « les Parisiens » comme responsables de l’envolée des prix de l’immobilier sur le littoral. Cette accusation est démentie par les statistiques. La pression foncière à Saint-Malo n’est pas le produit d’une colonisation extérieure : elle est largement endogène. Ce sont des Rennais, des Bretons d’origine installés ailleurs, des familles malouines en mobilité géographique qui achètent les appartements et les maisons de la côte. Le marché breton est avant tout un marché de Bretons.
Cette précision change radicalement la nature politique du débat. Et elle change radicalement la lecture qu’il faut faire de la régulation municipale.
Le marché malouin : structure et trompe-l’œil
Avant d’analyser la mécanique politique, posons les chiffres du marché.
Saint-Malo affiche en 2024-2025 un prix moyen au mètre carré autour de 4 441 euros selon les données notariales DVF. L’intra-muros, périmètre patrimonial classé, dépasse 5 500 euros. Le quartier de Paramé oscille entre 4 000 et 4 800 euros. Saint-Servan se situe autour de 3 800 euros. Sur dix ans, la progression a été substantielle : entre 2014 et 2025, les prix ont augmenté d’environ 60 % en moyenne, avec des pointes à plus de 80 % pour les biens patrimoniaux. La ville accueille près de 2 millions de visiteurs par an, faisant de la cité corsaire l’un des sites les plus fréquentés de France hors Île-de-France et Côte d’Azur.
Cette valorisation, considérable en apparence, doit être ramenée à son coût d’opportunité. Un investisseur ayant placé 300 000 euros dans un appartement malouin en 2014 le revend en 2025 autour de 480 000 euros. Le même capital placé en ETF MSCI World sur la même période aurait atteint près de 850 000 euros, brut de fiscalité, soit environ 720 000 euros nets de flat tax après revente. L’écart est de 240 000 euros, sans compter les frais de portage immobiliers (taxe foncière, charges, entretien, gestion locative) qui représentent typiquement 1,5 à 2 % de la valeur du bien par an, soit environ 60 000 à 80 000 euros cumulés sur la période. Le différentiel net entre les deux stratégies dépasse 300 000 euros.
Cette comparaison, qui est le fil rouge de la série, place le sujet à sa juste mesure. Même dans une ville aussi recherchée que Saint-Malo, l’investissement immobilier de villégiature sous-performe massivement l’investissement boursier diversifié sur dix ans. La seule raison pour laquelle l’opération reste défendable, c’est la valeur d’usage du bien : les week-ends en famille, les vacances d’été, la transmission patrimoniale future ; plus la rentabilité locative saisonnière qui permet d’amortir le coût de portage. Autrement dit, sans cette rentabilité locative saisonnière, l’investissement immobilier perd son intérêt financier.
Or, c’est ce deuxième pilier, la rentabilité locative saisonnière, que la mairie a cherché à supprimer en 2021.
Premier facteur : la régulation municipale la plus stricte de France
Le premier mouvement est politique et juridique. En 2020, Gilles Lurton est élu maire de Saint-Malo sur un programme intégrant explicitement l’encadrement des meublés de tourisme. La promesse est tenue dès l’année suivante. Le 17 juin 2021, le conseil municipal adopte un règlement particulièrement contraignant qui repose sur quatre piliers.
D’abord, l’enregistrement obligatoire de tout meublé de tourisme, avec attribution d’un numéro unique opposable. Ensuite, la limitation à un seul logement par propriétaire, mesure qui empêche la constitution de portefeuilles d’investissement, mais qui frappe aussi les héritiers et les couples bretons disposant historiquement de deux biens familiaux. Puis les quotas par quartier : dans le célèbre périmètre des remparts, seuls 12,5 % des logements peuvent être convertis en meublés touristiques. Au-delà de ce seuil, toute nouvelle demande est automatiquement refusée. Enfin, l’obligation de compensation : dans certaines zones, créer un meublé touristique implique de remettre simultanément un autre logement sur le marché locatif permanent.
Ce dispositif a été attaqué en justice par des propriétaires. Le 17 octobre 2024, le tribunal administratif de Rennes valide intégralement le règlement malouin. Quelques semaines plus tard, l’Assemblée nationale adopte la loi Le Meur du 19 novembre 2024, qui étend à l’ensemble du territoire français les outils pionniers expérimentés par Saint-Malo. La cité corsaire a non seulement gagné sa bataille locale mais elle a contribué à redéfinir le droit national.
Du point de vue de la communication municipale, l’opération est un succès complet. Le maire est célébré comme un visionnaire ayant protégé sa ville contre la financiarisation. La presse nationale loue la combativité bretonne. Le modèle est exporté.
Du point de vue des propriétaires bretons, l’opération est une catastrophe silencieuse.
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Deuxième facteur : le piège des héritiers
Le deuxième mouvement est patrimonial et il est rarement analysé. Pour comprendre la portée réelle de la régulation malouine, il faut entrer dans le calcul concret d’une famille bretonne propriétaire.
Prenons un cas type, parfaitement représentatif des données INSEE.
Un couple de retraités malouins a hérité dans les années 1990 d’une maison familiale à Paramé. Le bien vaut aujourd’hui environ 400 000 euros. Les charges annuelles — taxe foncière (autour de 2 500 euros), taxe d’habitation majorée sur résidence secondaire (depuis que le bien n’est plus occupé à titre principal, environ 1 800 euros), assurance, entretien régulier, ravalement périodique — s’élèvent à environ 8 000 euros par an. Tant que les retraités y vivent ou y séjournent régulièrement, ces coûts sont absorbés par leur budget.
Au décès des parents, le bien passe aux enfants. Disons trois héritiers, eux-mêmes installés à Rennes, Nantes ou Paris, avec leurs propres charges familiales. Trois options s’offrent à eux.
Option A — Conserver et utiliser en famille. Chacun y séjourne quelques semaines par an, on garde la maison « du grand-père ». Coût : 8 000 euros annuels à répartir, soit environ 2 700 euros par héritier. Pour un cadre rennais, c’est supportable. Pour un enseignant ou un employé, c’est lourd. La cohabitation à trois familles sur un seul bien crée par ailleurs rapidement des tensions classiques (calendrier d’occupation, travaux, désaccords). À terme, cette option est rarement tenable.
Option B — Conserver et louer en saisonnier pour amortir les charges. C’est le modèle qui a longtemps fonctionné. Une maison de Paramé louée six à huit semaines en été et quelques week-ends hors saison peut générer 15 000 à 25 000 euros de revenus locatifs annuels. De quoi couvrir intégralement les charges, financer l’entretien, et préserver le bien pour les générations suivantes. C’est cette option que la régulation malouine a rendue impossible depuis 2021. Les héritiers ne peuvent pas obtenir l’autorisation de changement d’usage — soit parce que les quotas du quartier sont atteints, soit parce que l’un d’eux possède déjà un bien loué en saisonnier ailleurs en ville. La maison ne pouvant plus être entretenue, le bien se dégrade et le patrimoine immobilier avec lui.
Option C — Vendre. C’est désormais l’unique option réaliste pour la plupart des héritiers. Mais ils découvrent qu’ils ne peuvent pas vendre dans de bonnes conditions. D’abord parce que la pression baissière sur le marché malouin s’accentue depuis 2023 : la remontée des taux, la régulation Airbnb qui rend l’investissement moins attractif, l’inflation des charges, ont réduit le nombre d’acquéreurs potentiels.
Ensuite parce que ce type de bien — grande maison familiale aux normes énergétiques anciennes, souvent classée E, F ou G au DPE — est précisément le segment le plus pénalisé du marché. La loi Climat et Résilience interdit progressivement la location des passoires thermiques ; les acquéreurs intègrent immédiatement le coût des travaux obligatoires dans leur prix d’achat, ce qui décote massivement le bien.
Résultat : les héritiers vendent en moins-value, ou bien ils conservent un bien qui leur coûte chaque mois sans pouvoir l’amortir. La mesure municipale, présentée comme une défense des Malouins, chasse en réalité les héritiers bretons de leur patrimoine familial.
« La régulation Airbnb à Saint-Malo n’a pas mis fin à la pression sur le foncier ; elle a simplement déplacé la propriété. Les biens vendus par les héritiers bretons sous contrainte financière sont rachetés à prix décoté par des acquéreurs plus aisés, souvent installés à demeure, ou par des investisseurs institutionnels qui contournent la régulation par des montages juridiques sophistiqués. Les Malouins de toujours sortent du marché. »
Troisième facteur : le marché noir et les contournements
Le troisième mouvement est moins visible parce qu’il est par définition opaque. La régulation municipale a fait disparaître une partie des annonces des plateformes officielles type Airbnb ou Booking. Elle n’a pas fait disparaître la demande touristique, qui continue d’affluer à Saint-Malo. Mécaniquement, un marché parallèle se reconstitue. Phénomène bien connu en économie : toute régulation crée du marché noir.
Ce marché noir prend plusieurs formes. La plus classique est la location de la main à la main, sans déclaration ni numéro d’enregistrement, gérée par bouche-à-oreille, par les réseaux familiaux, par les copropriétés, parfois par les agences immobilières locales en sous-main. Les sommes circulent en espèces ou par virement entre particuliers, sans facture, sans taxe de séjour, sans cotisation sociale, sans imposition. Le phénomène est documenté dans d’autres territoires où la régulation a été imposée brutalement. La Corse en est l’archétype français, avec des estimations d’un marché noir représentant 30 à 50 % du marché déclaré dans certaines micro-zones. Le mécanisme s’installe progressivement à Saint-Malo.
Une autre forme de contournement est la location longue durée fictive. Un bien est officiellement loué à un locataire « principal » sur un bail classique, mais ce locataire sous-loue en réalité le bien en courte durée pendant qu’il s’absente. Cette stratégie, illégale mais difficile à détecter, prospère dans les villes à forte régulation.
Enfin, certains propriétaires fortunés contournent la limitation à un seul logement par propriétaire en répartissant les biens entre membres d’une même famille, en créant des SCI distinctes, en utilisant des prête-noms. Ces montages, accessibles aux propriétaires informés et accompagnés juridiquement, ne le sont pas aux héritiers ordinaires qui n’ont ni le temps, ni les ressources, ni la sophistication juridique nécessaires.
« Le bilan est paradoxal : la régulation pénalise les propriétaires les moins armés et profite aux plus aisés. Les héritiers de la classe moyenne bretonne, qui auraient pu maintenir leur bien familial grâce à la location saisonnière déclarée, sont contraints de vendre. Les investisseurs professionnels et les fortunes patrimoniales contournent ou achètent les biens libérés. La sociologie de la propriété malouine bascule au détriment de ceux que la mesure prétendait protéger. »
Quatrième facteur : la défaillance économique de la mesure
Le quatrième mouvement est économique et il interroge frontalement l’efficacité de la régulation. Quatre ans après la mise en œuvre du dispositif, quel est le bilan ?
Sur le plan strictement quantitatif, la régulation a fait baisser le nombre d’annonces officielles sur les plateformes. C’est mécanique. Mais sur le plan qualitatif, les effets escomptés — libération de logements pour les actifs locaux, baisse des prix, retour des Malouins dans l’intra-muros — ne sont pas au rendez-vous. Les prix se sont maintenus à des niveaux élevés. La population permanente de l’intra-muros n’a pas progressé. Les actifs malouins continuent de peiner à se loger.
La raison est simple : la régulation Airbnb agit sur l’usage des biens, pas sur leur prix. Empêcher un propriétaire de louer en saisonnier ne fait pas baisser le prix d’achat. Cela réduit simplement la rentabilité du bien pour son propriétaire actuel, ce qui peut effectivement le pousser à vendre. Mais à un acquéreur qui paiera le prix du marché, déterminé par la rareté du foncier et la demande globale. Le bien change de mains, sans changer de prix.
Pour qu’une régulation produise une vraie baisse de prix, il faudrait soit une politique de construction massive (impossible dans l’intra-muros, contraint dans le reste de la ville par le PLU), soit une politique fiscale dissuasive plus radicale (taxation lourde de la résidence secondaire, qui se heurterait à des résistances juridiques et politiques majeures), soit un changement profond de la demande (que personne ne maîtrise). Aucun de ces leviers n’est actionné. La mesure produit donc essentiellement un effet d’affichage politique, sans transformation structurelle du marché.
L’enquête des journalistes locaux confirme ce diagnostic. Quatre ans après la mise en place du dispositif, les commerçants de l’intra-muros déplorent la baisse de fréquentation hors saison. Or les touristes en courte durée représentaient une clientèle régulière, désormais réduite. Les habitants permanents constatent que les prix ne baissent pas, que les logements libérés sont rachetés par des acquéreurs plus aisés, et que la sociologie du centre historique se modifie au profit de retraités fortunés et d’investisseurs patrimoniaux. Précisément le profil que la mesure prétendait combattre.
Cinquième facteur : l’asymétrie politique
Le cinquième mouvement est démocratique et il révèle un mécanisme politique récurrent. Pourquoi une mesure aussi inefficace dans ses effets réels est-elle aussi populaire dans ses effets perçus ?
La réponse tient à l’asymétrie des bénéficiaires. La régulation Airbnb satisfait une opinion publique majoritairement non propriétaire et non investisseur, qui voit dans la mesure un acte de justice sociale. Elle pénalise une minorité de propriétaires, souvent héritiers, souvent issus de la classe moyenne bretonne, qui n’ont pas le poids démographique ni la capacité de mobilisation pour s’y opposer publiquement. Politiquement, c’est une opération gagnante : on satisfait beaucoup d’électeurs en lésant peu d’électeurs. C’est le schéma classique de la théorie des choix publics.
Cette asymétrie est démultipliée par un mécanisme de visibilité. Les bénéficiaires supposés de la mesure, les actifs locaux qui pourraient se loger, sont nombreux mais invisibles : aucun d’entre eux ne témoigne, parce qu’ils ne se logent pas davantage. Les victimes réelles, les héritiers contraints de vendre, sont également invisibles, parce que le drame d’une vente sous contrainte ne fait pas la une des journaux. Seuls les opposants politiques explicites (propriétaires Airbnb professionnels, agences immobilières) prennent la parole et leur discours est facile à disqualifier comme défense d’intérêts privés.
Le résultat est une mesure qui produit l’inverse de ce qu’elle promet, et qui reste néanmoins populaire et exportable. Quatre ans après son adoption, le règlement malouin a inspiré la loi nationale. D’autres villes l’imitent, comme Rennes, Annecy, Bayonne et certains arrondissements parisiens. Le modèle se diffuse, sans que ses effets réels soient sérieusement évalués.
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Le cas Saint-Malo révèle un mécanisme
Une fois ces cinq facteurs identifiés, la singularité de Saint-Malo apparaît dans sa pleine portée. La ville n’est pas seulement un cas d’immobilier littoral. Elle est l’archétype d’un dispositif politique qui se développe dans la France contemporaine : la mesure populaire qui produit l’inverse de ce qu’elle promet, parce qu’elle se trompe de cible et de mécanisme.
C’est ici que Saint-Malo révèle un mythe, à la fois différent et plus profond que ceux exposés dans les épisodes précédents. À Roquebrune-sur-Argens, le mythe était celui de la pierre qui ne ment pas. À Villers-sur-Mer, celui de l’attractivité comme bénédiction territoriale. À Saint-Malo, le mythe est plus politique : c’est celui de la régulation municipale comme protection des locaux. La mesure malouine illustre un cas particulièrement net où la régulation, présentée comme un acte de défense populaire, fonctionne en réalité comme un mécanisme de redistribution patrimoniale au détriment de la classe moyenne qu’elle prétendait servir.
Ce mécanisme n’est pas propre à Saint-Malo. Il se retrouve dans de nombreuses politiques publiques contemporaines : encadrement des loyers, normes énergétiques, régulations sectorielles, qui partagent une structure commune : un effet d’annonce massivement positif, des bénéficiaires supposés invisibles, des victimes réelles silencieuses, et des effets d’aubaine pour les acteurs les plus sophistiqués. Comprendre Saint-Malo, c’est apprendre à lire cette structure dans d’autres domaines.
Une leçon plus large
Le cas Saint-Malo contient trois enseignements transposables, qui s’inscrivent directement dans la grille analytique de la série.
D’abord, investir dans une résidence secondaire littorale est rarement un calcul gagnant face à l’investissement boursier, même dans les villes les plus recherchées. Le différentiel de performance sur dix ans entre un appartement malouin et un ETF mondial dépasse facilement plusieurs centaines de milliers d’euros. La seule raison qui peut justifier l’arbitrage en faveur de l’immobilier est la valeur d’usage du bien et la possibilité de l’amortir par la location saisonnière. Quand la municipalité supprime ce second levier, l’investissement devient économiquement absurde. Or s’il est facile de vendre des actions pour changer d’investissement, il est beaucoup plus difficile de vendre un bien immobilier. L’immobilier devient un actif piégé.
Ensuite, les politiques publiques municipales peuvent transformer un actif liquide en actif piégé. Un propriétaire n’achète jamais seulement un bien immobilier : il achète aussi un cadre réglementaire implicite, dont il suppose la stabilité. Quand ce cadre change unilatéralement, la valeur réelle du bien est modifiée, sans qu’aucune indemnisation soit prévue. C’est une expropriation partielle qui ne dit pas son nom. Pour quiconque envisage un investissement immobilier, le risque réglementaire est désormais aussi important que le risque économique.
Enfin, les régulations populaires peuvent produire l’inverse de leur but affiché. Le mécanisme observé à Saint-Malo, pénalisation des propriétaires les moins armés, contournements par les plus aisés, marché noir compensatoire, effet sociologique inversé, n’est pas un dysfonctionnement local : c’est une régularité observée dans de nombreuses régulations contemporaines. Apprendre à lire un dispositif politique à l’aune de ses effets réels et non de ses promesses est l’un des exercices les plus difficiles, et les plus nécessaires, de l’analyse économique appliquée.
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Vers une typologie qui s’enrichit
Les trois premiers épisodes de cette série dessinent progressivement une typologie des littoraux français. Roquebrune-sur-Argens illustre le littoral subi — un territoire dont la valeur s’érode silencieusement sous l’effet de dynamiques globales que personne n’avait anticipées. Villers-sur-Mer illustre le littoral capturé — un territoire dont l’attractivité demeure forte mais qui se vide de son tissu permanent, transformé en décor saisonnier. Saint-Malo illustre le littoral réglementé — un territoire où l’intervention publique modifie unilatéralement les conditions économiques de la propriété, transformant un investissement liquide en actif piégé pour les héritiers de la classe moyenne locale.
Les prochains épisodes permettront d’analyser d’autres exemples de géopolitique locale et de géoéconomie du mètre carré.









